Vassili Grossman

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Vassili Grossman
Description de cette image, également commentée ci-après
Plaque commémorative en hommage à Vassili Grossman à Donetsk.
Nom de naissance Iossif Solomonovitch Grossman
Naissance 29 novembre 1905 ( dans le calendrier grégorien)
Berditchev
Drapeau de l'Empire russe  Empire russe
Décès (à 58 ans)
Moscou, RSFS de Russie
Drapeau de l'URSS  Union soviétique
Nationalité Drapeau de l'URSS soviétique
Pays de résidence Drapeau de l'URSS Union soviétique
Diplôme
ingénieur chimiste
Profession
ingénieur chimiste, reporter de guerre puis écrivain
Activité principale
journaliste à L'Étoile rouge puis écrivain
Ascendants
Semion Ossipovitch (Solomon Iossifovitch) et Ekaterina Savelievna (Malka Vitis)
Conjoint
Anna Petrovna Matsouk (Galia) puis Olga Mikhaïlovna Gouber (Lioussia)
Descendants
Ekaterina Vassilievna Korotkova-Grossman

Vassili Semionovitch Grossman (en russe : Василий Семёнович Гроссман) est un écrivain soviétique né le 29 novembre 1905 ( dans le calendrier grégorien) à Berditchev (actuelle Ukraine) et mort le à Moscou.

Biographie

Jeunesse

Il est issu d'une famille bourgeoise cultivée d'origine juive assimilée ayant abandonné toute pratique religieuse ainsi que le yiddish. Son père, Semion Ossipovitch Grossman, un bundiste, était ingénieur chimiste de profession et sa mère, Ekaterina, professeur de français.

Il naît le à Berditchev, dans l' Empire russe (actuellement en Ukraine). Ses parents s’étant séparés, il est élevé par sa mère et vit avec elle deux ans à Genève [1] de 1912 à 1914. Il étudie au lycée à Kiev, puis en 1923 commence à Moscou des études d’ingénieur chimiste.

Pourtant, dès 1927, sa passion pour la science faiblit et il s’intéresse de plus en plus à la littérature. Il commence à écrire ses premiers textes, et son essai « Berditchev, trêve de plaisanterie » est publié dans la revue Ogoniok en 1928. Il obtient son diplôme en 1929 et épouse cette même année sa fiancée Anna Petrovna Matsouk. Leur fille Ekaterina naît en 1930. Grossman commence à cette époque à s’intéresser de plus en plus à l’écriture.

En 1930, il obtient un travail d’ingénieur dans une mine à Stalino dans le bassin du Donbass, sa femme restant à Kiev. Durant cette période l'Ukraine est très durement frappée par la famine en raison de la politique de dékoulakisation du régime soviétique.

À la suite d'un diagnostic de tuberculose erroné, il parvient à quitter Stalino en 1932 et s'installe à Moscou, où il travaille dans une fabrique de crayons. Il divorce cette même année. Grossman est épargné par les premières purges, mais sa cousine Nadejda Almaz est arrêtée en 1933.

Premiers écrits

En février 1934, Grossman abandonne définitivement son travail d'ingénieur pour se consacrer à l'écriture. Sa première nouvelle, Dans la ville de Berditchev, publiée en 1934 et qui ose mettre en avant une famille juive misérable, reçoit les encouragements de Maxime Gorki, alors sacré père des lettres soviétiques, mais aussi de Isaac Babel et Mikhaïl Boulgakov. Il publie cette même année son premier roman, Glückauf, qui a pour cadre une mine de charbon.

Bien que ses romans soient dans la ligne du régime — il est en effet persuadé que seul le communisme soviétique peut faire barrière au fascisme et à l’antisémitisme —, Grossman ne se rallie cependant pas au réalisme socialiste.

Il se remarie en 1935 avec Olga Mikhaïlovna Gouber, qu'il rencontre via les membres du groupe Pereval qu'il fréquente. Ses premiers textes lui permettent de devenir en 1937 membre de l' Union des écrivains soviétiques, une marque officielle de reconnaissance qui le fait entrer dans la nomenklatura [2].

Son second roman, Stepan Koltchougin (publié entre 1937 et 1940), une ode aux usines métallurgiques, est proposé pour le prix Staline, mais est finalement rayé de la liste par Staline en personne du fait des soupçons de sympathie menchevik portés contre lui.

Grossman est rattrapé par les purges en 1938. Sa femme est arrêtée en pleine Ejovchtchina au motif que son précédent mari, Boris Gouber, a été condamné et exécuté en 1937. Grossman intervient alors en prenant le risque énorme d’écrire personnellement à Nikolaï Iejov et parvient à faire libérer sa femme. Il adopte également les deux fils de Gouber pour qu'ils ne soient pas envoyés dans un orphelinat pour enfants d’« ennemis du peuple », comme on faisait avec tous les enfants de condamnés politiques. Cette même année son oncle David Cherentsis est arrêté et fusillé à Berditchev.

Durant cette période, impuissant, Grossman est contraint de signer une pétition de soutien aux procès intentés contre les vieux bolcheviks accusés de trahison.

Correspondant de guerre

La débâcle

Lorsque, le 22 juin 1941, l’Allemagne envahit l’Union soviétique, Vassili Grossman se trouve à Moscou. Réformé du service militaire pour cause de tuberculose, il se porte volontaire pour le front comme journaliste à l'Étoile rouge (Krasnaïa Zvezda), le journal de l’ Armée rouge.

Le 5 août 1941, il part pour le front, où il est témoin de l’impréparation de l’Armée rouge avec laquelle il est bientôt entraîné dans la débâcle. Par deux fois il échappe in extremis à l’encerclement, lors de la bataille de Kiev en septembre, puis en octobre dans la poche de Briansk.

Au cours de l’hiver 1941, Grossman est envoyé couvrir les combats en Ukraine dans la région du Donbass qu’il connaît bien. En plus de ses chroniques, il commence à travailler sur son premier grand roman, Le peuple est immortel, qui est publié au début de 1942 en feuilleton dans l’Étoile rouge. L’ouvrage sera proposé pour le prix Staline en 1942, mais Staline refuse cette proposition. Ses récits sont néanmoins reconnus par les frontoviki comme les seuls récits retraçant fidèlement la réalité de la vie au front, et sa renommée s’étend à toute l’Union soviétique. Viktor Nekrassov, qui s'est battu à Stalingrad, rapporte : « Nous lisions et relisions sans fin les journaux qui contenaient ses correspondances, ainsi que celles d'Ehrenbourg, jusqu'à ce que les pages du journal tombent en lambeaux [3]. »

Stalingrad

En août 1942, il est envoyé à Stalingrad alors que la 6e armée allemande menace la ville. Il y retrouve le général Ieremenko, déjà rencontré près de Briansk, et fait la connaissance au milieu des combats du général Tchouïkov, commandant de la 62e armée, et du général Rodimtsev. La bataille de Stalingrad marque profondément Grossman qui y passe des mois terribles, demeurant en permanence sur le front. Il tirera de cette expérience la matière de ses deux grands romans, Pour une juste cause et Vie et destin. Dans les derniers jours de décembre, il se rend sur la tombe de son cousin mort héroïquement au combat, dont il ignorait la présence à Stalingrad.

Alors que l’ opération Uranus est un succès total, et que la 6e armée est encerclée, il reçoit en janvier 1943 l’ordre de quitter Stalingrad où il est remplacé par Constantin Simonov. Il vit cette décision comme une trahison, son départ de la ville est un déchirement. Il écrit dans une lettre à son père :

« Demain je fais mes adieux à Stalingrad et je prends la route pour Kotelnikovo et Elista. Je pars avec un tel sentiment de tristesse, c’est comme si je disais adieu à un être cher, tellement sont liés à cette ville de sentiments, de pensées, d’émotions douloureuses et importantes, exténuantes mais inoubliables. La ville est devenue pour moi une personne vivante… [4]. »

L’Ukraine et la découverte des massacres de masse

Grossman est alors envoyé sur un front secondaire, 300 km plus au sud, en Kalmoukie tout juste libérée. Il profite de ce séjour pour analyser les mécanismes de l’occupation allemande et le sujet tabou de la collaboration. Grossman participe en juillet et août 1943 à la bataille de Koursk — et notamment aux terribles combats de la gare de Ponyri et à la Prokhorovka —, et en octobre à la bataille du Dniepr.

Au cours de l’automne 1943, Ilya Ehrenbourg recrute Grossman au Comité antifasciste juif en vue de réunir les documents nécessaires à l’élaboration du Livre noir. C’est en effet dans l’Ukraine progressivement libérée que Grossman découvre l’ampleur des massacres commis contre les juifs.

Après la libération de Kiev, il se rend à Berditchev, sa ville natale, dans l’espoir de retrouver sa mère restée sur place au moment de l'invasion allemande. Il y apprend qu’elle a été assassinée avec les 35 000 juifs de la ville par les Einsatzgruppen [5]. Il ne se pardonnera jamais de ne pas avoir fait le nécessaire pour la faire venir chez lui à Moscou. Il est également affecté par la découverte du rôle qu’ont joué les Ukrainiens dans les massacres.

En avril 1944, il entre avec l’armée dans Odessa libérée. Au cours de l’été 1944, il est affecté plus au nord où il suit l'Armée rouge dans son offensive à travers la Biélorussie et la Pologne. En juillet, il entre dans Maidanek et dans Treblinka à peine libérés. Il est ainsi le premier homme à décrire les camps d'extermination. Son récit L'Enfer de Treblinka [6] rassemble des témoignages recueillis sur place. Il servira de témoignage lors du procès de Nuremberg. Nerveusement épuisé il retourne à Moscou en août.

« Cela n'a rien d'étonnant si Grossman eut du mal à endurer le choc. »

— Antony Beevor, dans Vassili Grossman, op. cit., p. 443.

La fin de l’Allemagne nazie

Début 1945, il est rattaché à la 8e armée de la garde (l’ancienne 62e armée de Stalingrad), où il retrouve le général Tchouïkov. Il suit avec elle l’ offensive Vistule-Oder en janvier et février, puis la bataille de Berlin en avril et mai. Au cours de ces derniers mois de conflit Grossman est le témoin dégoûté des exactions commises par certains soldats et officiers soviétiques contre les civils.

Il est le premier journaliste à entrer dans Berlin, assiste aux derniers coups de feu et à la capitulation de la ville. Il écrit dans son journal :

« 2 mai. Jour de la capitulation de Berlin. C’est difficile à décrire. La concentration des impressions est monstrueuse. Du feu, des incendies, de la fumée, de la fumée, de la fumée. Une foule gigantesque de prisonniers. Les visages ont une impression tragique […] : ce jour gris, froid et pluvieux est incontestablement celui de la perte de l’Allemagne. Dans la fumée au milieu des ruines, dans les flammes, au milieu de centaines de cadavres jonchant les rues [4]. »

— Vassili Grossman, op. cit., p. 486.

Entre 1941 et 1945, Vassili Grossman a passé plus de mille jours sur le front. Il termine la guerre avec le grade de lieutenant-colonel, décoré de l’ ordre du Drapeau rouge, de l’ ordre de l’Étoile rouge, des médailles « Pour la Défense de Stalingrad », « Pour la Victoire sur l'Allemagne », sans toutefois être membre du Parti communiste. En 1955, il est l'objet de pressions amicales du général Vorochilov, mais, devant sa réponse négative :

« Il est évident, répondit aimablement le général, que vous êtes un bolchevik sans parti. »

— Général Vorochilov, cité par Antony Beevor dans Vassili Grossman, op. cit., p. 499.

Le renouveau de l’antisémitisme

Juste après la guerre ses chroniques pour l’Étoile rouge sont regroupées et publiées en un petit volume, Années de guerre. Le peuple est immortel est également réédité, mais Grossman doit déchanter rapidement. Dès 1946, le régime prend un nouveau tournant en matière de littérature, afin de mettre fin à la période de relative liberté que la guerre avait permise. Grossman est alors une des victimes du jdanovisme, et sa pièce de théâtre Si l’on en croit les pythagoriciens est durement condamnée.

Rapidement toute évocation du destin spécifique des juifs durant la guerre est interdite. En 1947, la publication du Livre noir est arrêtée, et en 1948 le Comité antifasciste juif est dissous. L’antisémitisme d’État, d’abord insidieux, apparaît au grand jour en janvier 1949 lorsque la presse lance la campagne contre le «  cosmopolite sans racine ». L’espoir de Grossman d’une rédemption du régime soviétique après l’expérience de la guerre s’évanouit. C’est pour lui la démonstration du parallèle entre les régimes nazi et soviétique qui finalement se retrouvent dans l' antisémitisme.

En 1952, il publie Pour une juste cause, sous forme de feuilleton dans la revue Novy Mir. D'abord soutenu par une bonne critique et proposé pour le prix Staline, le roman est ensuite violemment attaqué par la Pravda quelques semaines après la « découverte » du complot des blouses blanches. Bien que défendu par le général Rodimtsev, Grossman est contraint d'écrire une lettre de repentance. À cette période il s'attend à être arrêté à tout instant. Il est probablement sauvé par sa notoriété mais surtout du fait de la mort de Staline en 1953.

Le mirage de la déstalinisation

Avec la mort de Staline, les choses s’améliorent pour Vassili Grossman. En 1954, Pour une juste cause est réédité en livre, alors qu’il continue de travailler sur Vie et Destin qu’il achèvera en 1960. En 1955, le maréchal Vorochilov tente de le convaincre d’entrer au parti, ce que Grossman, qui a progressivement pris ses distances avec le régime communiste, refuse. Entre 1955 et 1963, il écrit Tout passe, mettant en scène un homme à sa libération du goulag et en y mêlant les souvenirs de la grande famine en Ukraine. Trop optimiste sur l’évolution du régime, la tentative de Grossman de faire publier Vie et Destin en 1962 se solde par la saisie immédiate des copies du livre par le KGB. Profondément affecté, il est mis à l'écart du milieu littéraire officiel et doit vivre dans la gêne matérielle. Il termine cependant en 1963 La Paix soit avec vous, récit d’un voyage fait en Arménie deux ans auparavant. Il meurt en septembre 1964 d’un cancer du rein.

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