Valencien

valencien
valencià
Pays Espagne
Région Valence, Murcie ( El Carxe)
Nombre de locuteurs 2,4 millions [1]
Typologie SVO
syllabique (controversé)
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle Communauté valencienne  Communauté valencienne
Régi par Acadèmia Valenciana de la Llengua
Codes de langue
ISO 639-1 ca [2]
ISO 639-2 cat [2]
ISO 639-3 cat [2]
IETF ca-valencia

Le valencien (en catalan : valencià), parfois dénommé catalan méridional [3], [4], est un dialecte catalan [5], [6], [7], [8], [9] traditionnellement parlé dans la plus grande partie du Pays valencien (actuelle Communauté valencienne), en Espagne, introduit par les colons de la principauté de Catalogne dans le Royaume de Valence nouvellement constitué après la reconquête des territoires musulmans par Jacques Jacques Ier d'Aragon dans la première moitié du e siècle.

Les auteurs valenciens donnèrent leurs lettres de noblesse au catalan littéraire et jouèrent un rôle de tout premier plan au cours de son Siècle d'or. À partir du XVIe siècle, avec l'union des Espagnes et la diffusion du castillan comme langue unique de la noblesse et des institutions, le catalan se trouve relégué au second plan de la monarchie hispanique mais reste la langue très majoritairement employée par le peuple, au Pays valencien comme dans le reste du domaine linguistique. Pendant la dictature franquiste (1939-1975), la langue reste à la marge des institutions, son usage public est généralement interdit et parfois réprimé, les publications en langue vernaculaire sont sévèrement contrôlées et la région connaît une importante immigration en provenance notamment d’Andalousie. Le valencien subit un important recul en termes de proportions de locuteurs, mais reste largement présent dans les provinces de Valence et Castellón, hors des grands centres urbains.

Aujourd'hui, le valencien rassemble près du tiers de l'ensemble des locuteurs de la langue catalane mais, reflétant les controverses politisées portant sur sa dénomination ou sa classification en tant que dialecte survenues depuis la Transition démocratique [10], il est toutefois considéré comme une langue distincte par une grande partie des Valenciens. À la suite de différentes sentences ou déclarations impliquant l' Académie valencienne de la langue (AVL), l' Institut d'Estudis Catalans, ainsi que le Tribunal constitutionnel espagnol, le conflit est toutefois réglé d'un point de vue légal, académique et institutionnel [11]. Depuis 2006, le terme de « valencien » est académiquement et institutionnellement reconnu comme glottonyme officiel pour faire référence à la langue dénommée « catalan » dans le reste du domaine linguistique.

Histoire

Origines

Linguistic map Southwestern Europe.gif

La langue catalane est implantée dans le royaume de Valence par les colons venus d'autres territoires de la couronne d'Aragon à la suite de la conquête du territoire menée par Jacques Jacques Ier.

Dans la plus grande partie du territoire, dominent les colons venus de différentes parties de la Catalogne. Cependant, la prépondérance de colons venus d' Aragon dans les zones intérieures du royaume, dichotomie renforcée lors du repeuplement ayant suivi l’expulsion des Morisques au début du e siècle explique que la langue traditionnelle de cette zone soit le castillano- aragonais, avec des accents murciens dans la partie méridionale de l'actuelle province d'Alicante.

Dans le territoire nouvellement conquis, les colons constitueront une minorité dirigeante, cohabitant avec une importante population morisque, jusqu'à leur expulsion au début du e siècle [12]. Les contacts prolongés avec la langue arabe sont à l'origine de la présence accrue d'emprunts lexicaux en catalan occidental. La toponymie valencienne est tout particulièrement fournie en arabismes.

Le Siècle d'or

Article détaillé : Siècle d'or valencien.
Statue d'Ausias March à Gandie.

Aux e et e siècles, le royaume de Valence vit une époque florissante et domine la couronne d'Aragon. Il donne à la langue catalane son siècle d'or avec les œuvres d'écrivains comme Ausiàs Marc, Joanot Martorell ou Jaume Roig. Marc marque une étape fondamentale dans la littérature catalane, en écrivant des vers clairement différenciés de la langue classique occitane, pratiquée par les troubadours et leur suiveurs et jusqu'alors omniprésente [3]. Au début du e siècle, galvanisés par l'essor économique, la nouvelle dénomination de « langue valencienne » fait son apparition chez les notables du royaume, employée peu distinctement en concurrence avec d'autres appellations ; à la fin du siècle elle est le glottonyme majoritairement employé par les locuteurs de la région, contribuant à asseoir la fragmentation dialectale de la langue catalane, encore très limitée cependant [13], [14], [15]. En 1395, Antoni Canals semble opposer catalan et valencien comme deux langues différentes dans un texte jusqu'à présent inexpliqué [3].

L'union des Espagnes et l'expulsion des Morisques

À la fin du e siècle, l'union des couronnes de Castille, rapidement suivie de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb pour le compte de la Castille et de la conquête du Nouveau Monde, la couronne d'Aragon et la langue catalane sont mis au second plan de la monarchie. Au début du e siècle, la régence de Germaine de Foix et la défaite des Germanies accompagnent une profonde castillanisation culturelle de la noblesse valencienne [16], [17], [18], [19]. Le castillan devient la langue dominante dans l'imprimerie, alors en plein essor. Le valencien est en contact étroit avec le castillan et l' aragonais, avec lesquels il interfère, en particulier dans la capitale et son Horta, où le dialecte dit apitxat, caractérisé par une forte castillanisation phonétique et lexicale, fait son apparition [20].

Au début du e siècle, l'expulsion des Morisques ruine l’économie valencienne et le royaume doit faire face à un immense vide humain [21], [22], [23]. Le repeuplement par des immigrés catalans, aragonais ou castillans établit grosso modo les frontières linguistiques actuelles du Pays valencien [24].

Au e siècle, Carles Ros ( 1703- 1773), notaire de profession, est l'auteur d'une abondante littérature romanesque écrite en valencien vulgaire ; il réédite certains textes anciens comme Espill de Jaume Roig, qui abonde en lexique valencien. À sa suite, Manuel Joaquim Sanelo (1760-1827) publie un remarquable Diccionario Valenciano-Castellano. À la même époque, le dominicain Lluís Galiana est un fervent défenseur de la langue des Valenciens [25].

La renaissance littéraire

Le e siècle voit l’apparition d'un mouvement de renaissance de la langue catalane, la Renaixença. À Valence, l'impulsion est donnée par le Majorquin Marià Aguiló [26]. La langue ancienne est de nouveau cultivée par des auteurs contemporains, les Jeux floraux sont restaurés. En Catalogne, le mouvement évolue vers la fin du siècle en un catalanisme politique nationaliste. À Valence au contraire, le mouvement restera fondamentalement apolitique et restreint à une petite élite conservatrice. Parallèlement à la Renaixença apparaît une presse écrite périodique satirique en langue vernaculaire (à Valence puis en Catalogne) comme El Mole ( 1837), El Cresol et La Donsanya ( 1844), El Tabalet et El Sueco (1847), etc. [27]

La chauve-souris, emblème de Lo Rat Penat.
Constantí Llombart.

En 1878, Constantí Llombart fonde Lo Rat Penat, qui restera l'une des principales entités valencianistes historiques. Contre le désir de son fondateur, Lo Rat Penat, et avec lui toute la Renaixença, resteront profondément influencés par la posture provincialiste et conservatrice de Teodor Llorente Olivares, contraire à la politisation des revendications liées à la langue [28].

La Renaixença fait place, au début du siècle suivant, à un important travail de normalisation et de modernisation de la langue mené de Catalogne par un groupe d'intellectuels regroupés dans la revue moderniste L'Avenç, puis dans l' Institut d'Estudis Catalans (IEC), avec de nombreux apports fondamentaux de Pompeu Fabra [29]. À Valence, quelques propositions grammaticales isolées, comme celles de Josep Nebot [30], basées sur le valencien oral, semble-t-il finalisées en 1896, les normes très personnelles du peintre Josep Maria Bayarri [31], [32] ou la grammaire de Lluís Fullana (1915) commandée par le Centre de Cultura Valenciana et globalement proche de celle de l'IEC malgré quelques divergences ponctuelles, révisée dans le Compendi de la Gramàtica Valenciana de 1921, restent sans écho significatif [33], [34].

Produit d'une nouvelle génération littéraire formée en opposition à la dictature de Primo de Rivera, en 1927 est fondée la Taula de Lletres Valencianes (« Table de lettres valenciennes »), revue qui marque le début du travail de récupération culturelle valencienne qui se poursuivra jusqu'au début de la guerre civile [35], [36].

En 1932, les Normes de Castellón, normes de l’IEC adaptées sur certains points aux variantes occidentales et valenciennes, sont ratifiées par les principales entités et personnalités culturelles valenciennes, dont Fullana et Lo Rat Penat. Elles font l'objet d'une rapide adoption par les milieux culturels valenciens [37]. Durant la République, le valencianisme est en ébullition et les publications dans la langue du pays se multiplient.

Le franquisme

Joan Fuster.

Pendant le franquisme, la langue souffre d'une marginalisation importante. À Valence, le régime se montre toutefois plus tolérant qu'en Catalogne. Il se montre favorable aux activités de l'association Lo Rat Penat ou à la littérature de fallas (revue Pensat i fet), considérées comme d'inoffensives initiatives folkloristes [38]. Au sein de Lo Rat Penat, d'autres intellectuels continuent à mener d'importants travaux de normalisation (grammaire de Carles Salvador en 1951) et de production littéraire. D'autres intellectuels contribuent également à la dignification et modernalisation du valencien littéraire à travers l' Editorial Torre, fondé à Valence en 1943 [39], [40]. Il publie toute une génération de jeunes auteurs dont certains seront des personnalités de premier plan des cercles valencianistes. Parmi ceux-ci, Joan Fuster publie en 1962 Nosaltres, els valencians, qui encense la catalanité des Valenciens et les exhorte à récupérer leur culture commune avec ceux-ci.

Si durant la République le valencien est la langue largement dominante dans la population, à l'issue de quarante ans de dictature et de marginalisation, période où la région connaît une très forte immigration venue notamment d'Andalousie, le valencien se trouve très nettement diminué en termes de locuteurs dans une grande partie du territoire, particulièrement dans les grandes villes. Toutefois, la fin du franquisme est marqué par une grande effervescence des milieux valencianistes et les représentants de la pensée de Fuster, actifs notamment dans les milieux universitaires (fondation du Partit Socialista Valencià en 1962, publication de la revue Gorg entre 1969 et 1972…). Avec le mouvement de la Nova Cançó, la nouvelle chanson catalane, qui aura comme représentants à Valence des groupes comme Al Tall et Els Quatre Z, ou des artistes comme Raimon, lui aussi proche du groupe Torre [41].

La transition et l'époque démocratique

Au cours de la transition démocratique, un mouvement anticatalaniste appelé blavérisme, fomenté par les secteurs conservateurs et réactionnaires, fait son apparition et influence décisivement le panorama politique valencien jusque dans les années 1990 et même au-delà. La période de la transition est marquée par la bataille de Valence, violent conflit identitaire dans lequel les blavéristes mènent des campagnes d'intimidation à l'encontre des autres secteurs valencianistes.

Le blavérisme est à l'origine d'une controverse politisée remettant en question l'inclusion du valencien dans le diasystème catalan, souvent accusée d'avoir provoqué une démobilisation des forces politiques valencianistes et d'une tiédeur dans l’application des politiques linguistiques [42]. Les secteurs blavéristes défendent des normes orthographiques alternatives pour le valencien, les Normes del Puig, élaborées par la Real Academia de Cultura Valenciana et publiées en 1981. Deux versions fortement amendées de ces normes, allant jusqu'à pratiquement supprimer les accents écrits, furent publiées au cours de la décennie. En dépit de quelques initiatives, comme une version du statut d'autonomie de 1982 publiée à l'initiative de la députation de Valence, où la diffusion de milliers de dictionnaires par Las Provincias, ces normes ne se sont pas étendues de manière significative au-delà des milieux les ayant élaborées et revendiquées (essentiellement la RACV et Lo Rat Penat) [43] mais le conflit perdure dans certains milieux (essentiellement les cercles de Lo Rat Penat et de la RACV), davantage alimenté par des motivations idéologiques et identitaires que philologiques [44]. Le , une sentence du Tribunal suprême espagnol interdit à la municipalité de Benifayó d'en faire usage dans sa communication interne, et établit une jurisprudence confirmant que les questions de normalisation linguistique sont du seul ressort de la Communauté autonome [45], [46].

En 1983 est promulguée la Loi d'usage et enseignement du valencien qui définit les modalités d'usage et d'enseignement de la langue et entame une politique de normalisation linguistique [47]. Le valencien est introduit comme langue véhiculaire dans une proportion significative des écoles primaires et secondaires (en 2007, environ un quart des élèves de la région bénéficiaient de cette modalité d'enseignement [48]). En 1995, le Parti populaire accède au gouvernement de la région avec le soutien du parti blavériste Unio Valenciana, et met en place un travail de censure afin d'évacuer des manuels scolaires de valencien des écoles primaires et secondaires tous les écrivains originaire des autres régions du domaine linguistique catalan, les dénominations de « catalan » ou « Pays valencien », et toutes les références aux Pays catalans [49].

Logo de l'Académie valencienne de la langue.

Les normes orthographiques utilisées « par défaut », aussi bien dans les textes institutionnels (à l'exception d'une version du Statut d'autonomie de la Communauté valencienne publiée par la députation de Valence au cours de la transition) que dans l'enseignement, ainsi que, très majoritairement, chez les éditeurs, sont restées conformes au standard de 1932. Jusqu'à la création de l'AVL, c'est l' Institut interuniversitaire de philologie valencienne qui avait servi de référent institutionnel à la Généralité [50].

En 1998, à la suite d'un pacte politique avec la droite nationaliste catalane [51], [52], est fondée l' Académie valencienne de la Langue (AVL), dans l'optique de mettre fin au conflit sur la langue [53]. Elle a depuis mis en place un corpus normatif, conforme aux Normes de Castellón, avec quelques adaptations mineures [54]. Depuis 1998, le nombre d'ouvrages publiés dans les Normes del Puig est en recul [43] mais le conflit perdure dans certains milieux, davantage alimenté par des motivations idéologiques et identitaires que philologiques [44].

Pour tenter de mettre fin au conflit, l'AVL, dans sa déclaration du [55], affirme la pertinence de l'emploi du terme « valencien », lorsqu'il s'applique à ladite région, tout en demandant de ne pas l'utiliser dans la seule intention de créer de vaines polémiques ou de se livrer à des manipulations de nature culturelle, sociale ou politique qui contribuent à « diviser les locuteurs, à rendre difficile sa promotion et à empêcher sa pleine normalisation ». Cette position a été confortée par plus de quinze sentences émises par le Tribunal suprême espagnol ou le Tribunal supérieur de la Communauté valencienne depuis 1997 [56].

L'emploi ou l'exclusion du terme « catalan » pour désigner la langue propre de la communauté valencienne est toutefois toujours l'objet d'une forte controverse et, selon une enquête du CIS réalisée en 2004, les deux tiers des Valenciens (64,4 %) considèrent que valencien et catalan sont deux langues différentes [57].

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