Truman Capote

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Truman Capote
Description de l'image Truman Capote by Jack Mitchell.jpg.
Nom de naissanceTruman Streckfus Persons
Naissance
La Nouvelle-Orléans, Louisiane, Drapeau des États-Unis États-Unis
Décès (à 59 ans)
Bel Air, Los Angeles, Californie, États-Unis
Activité principale
Distinctions
Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur scénario pour Les Innocents
Auteur
Langue d’écritureAnglais américain
MouvementSouthern Gothic
Genres

Œuvres principales

Petit déjeuner chez Tiffany (roman, 1958)
De sang-froid (non-fiction, 1966)
Signature de Truman Capote

Truman Capote, de son nom de naissance Truman Streckfus Persons, est un écrivain américain né le à La Nouvelle-Orléans et mort le à Los Angeles. Il est l'auteur de romans, nouvelles, reportages, portraits, récits de voyages, souvenirs d'enfance, ainsi que de deux adaptations théâtrales de ses écrits antérieurs et de deux scénarios de films.

Biographie

Les années de formation

Ses parents, Arch Persons et Lillie Mae, se marient précipitamment le , à Monroeville, en Alabama. Lilie ne tarde pas à être enceinte et met au monde son enfant le . Arch Persons baptise son fils Truman, puis Streckfus, du nom de famille de son employeur[1]. Alors qu'il vit avec ses parents, le petit Truman assiste, à l'âge de 4 ans, à des scènes si violentes qu'elles le font hurler. L'enfant est souvent seul le soir et la nuit, abandonné dans des chambres d'hôtel, enfermé à clé, terrorisé. Il dira avoir vécu sa petite enfance dans la crainte permanente de l'abandon[1].

Alors qu'il a cinq ans, sa jeune mère le confie à ceux-là mêmes qui l'avaient recueillie orpheline : il est élevé à Monroeville, en Alabama par ses trois cousines et leur frère, tous quatre célibataires. Son enfance est heureuse, mais il a toujours ressenti douloureusement cet abandon par ses parents. À Monroeville, il a pour amie d'enfance Harper Lee qui le décrira dans son roman To Kill a Mockingbird (Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur) comme un « Merlin l'enchanteur de poche », sous les traits du personnage de Dill. Très vite, dans le voisinage, on s'aperçoit qu'il est différent : petit, efféminé, maniéré et doté d'une voix haut perchée[2].

Les parents du petit Truman divorcent le . Plus tôt, dans la même année, sa mère, qui vit maintenant à New York, rencontre le Cubain Joe (Joseph) Capote[3]. Le , elle se remarie avec lui. En 1933, sur les instances de sa mère, Truman quitte Monroeville pour New York[4].

En 1934, Joe Capote l'adopte légalement[5] et Truman Persons devient Truman Capote.

À partir de 1933, il fait ses études à la Trinity School, puis, en 1936, à l'académie militaire St Johns à Ossining, dans l'État de New York, avant de revenir dans la première institution en 1937. Il fréquente un temps la Dwight School de New York, mais les Capote emménagent à Greenwich, une riche banlieue new-yorkaise.[6] Truman entre alors à la Greenwich High School, où son professeur d'anglais, Catherine Wood, reconnaît ses talents d'écriture, le guide, le critique, le fait travailler, plaide sa cause auprès des autres professeurs pour les inciter à l'indulgence dans les matières où il est très faible[6]. Les Capote regagnent New York en 1942[7].

Diplômé du collège privé du West Side, la Franklin School, il quitte définitivement à 17 ans le système scolaire et travaille de 1941 à 1945 comme pigiste au New Yorker. Sa première nouvelle, Les murs sont froids, est publiée[7] en 1943. L'année suivante paraissent les nouvelles Un vison à soi et Le Contour des choses. Entre-temps, Truman, qui s'est fait renvoyer du New Yorker (à la suite d'une lettre de dénonciation du poète Robert Frost pour manque de respect), est reparti dans le Sud pour se mettre à écrire La Traversée de l'été, un roman qui reste inachevé[8]. En 1945, il loue une chambre d'hôtel à La Nouvelle-Orléans et commence à écrire Les Domaines hantés, renouant avec la nature, les paysages et certains personnages de son enfance.

En juin 1945, à l'époque de la publication de Miriam dans le magazine Mademoiselle, il rencontre William S. Burroughs : Mademoiselle et Harper's Bazaar sont les deux magazines qui publient ses nouvelles, le New Yorker les juge trop audacieuses. Les directeurs littéraires de ces magazines (Mary Louise Aswell pour Harper's Bazaar et George Davis pour Mademoiselle), des personnages influents de l'époque, détectent avant tous les autres le talent exceptionnel du jeune homme et ce dernier retient aussitôt l'attention du milieu littéraire new-yorkais[8].

En 1946, le jeune homme trouve refuge à Yaddo, une résidence qui accueille écrivains, musiciens et artistes, dans l'État de New York. Il y rencontre Newton Arvin, un professeur de lettres de grande valeur. Pendant les deux ans que dure leur liaison, il passe chaque week-end auprès de celui qui lui donnera la formation qu'il n'a pas reçue à l'université. Il lui rend plus tard hommage en disant qu'Arvin a été « son » Harvard[9].

Par ailleurs, la vie de famille chez les Capote est orageuse. Fréquentes et violentes, les crises d'éthylisme de sa mère obligent Truman à quitter l'appartement de Park Avenue. Il loue pour quelques mois un deux-pièces à Brooklyn[10].

Les premiers succès

Portrait de Truman Capote par Carl van Vechten en 1948.

Durant toute sa vie d'écrivain, Truman Capote n'écrit qu'une quinzaine de nouvelles. Leur charme particulier doit beaucoup au caractère merveilleux ou fantastique de leurs histoires, à leur ironie légère souvent au bord de la préciosité[11] et, pour certaines d'entre elles, au don de leur auteur pour évoquer l'enfance. Leur style poétique foisonne d'images originales (« […] glissant quelques sucreries dans le vinaigre de sa voix… », « Miss Sook, sensible comme une capillaire… », « Tico Feo […] chantait une chanson aussi gaie que des sous que l'on remue »).

Ainsi, l'aspect « gothique » de son œuvre correspond à une conception du monde qui repose sur la peur. Le grotesque n'est jamais gratuit. Le précieux est le plus souvent intégré[11]. Ses personnages, mêmes ceux qui ont un rôle secondaire, restent dans la mémoire du lecteur : « L'homme qui avait parlé était petit, taillé en barrique, et d'un teint de brique ; il avança jusqu'au seuil du salon et s'arrêta en titubant. » (Oreilly dans Monsieur Maléfique). C'est grâce à ces nouvelles, et particulièrement à Miriam publié par Mademoiselle dans son numéro de juin 1945, que le milieu littéraire new-yorkais est le premier à reconnaître son talent.

Il est invité dans les cercles littéraires de Mary Louise Aswell et George Davis. Bennett Cerf, le directeur de Random House, accepte de publier son premier roman, Les Domaines hantés (1948), qui connaît d'emblée un vif succès dans lequel entre d'ailleurs une part de scandale et de sensationnel[12]. Il arrive rapidement en tête de la liste des meilleures ventes du New York Times, où il se maintient pendant neuf semaines[13]. La même année, il fait la connaissance de Jack Dunphy, lui-même écrivain, qui sera le compagnon de presque toute sa vie.

Les dix années suivantes les voient séjourner longuement en Europe. En 1951 paraît La Harpe d'herbes qui, tout en évoquant son enfance en Alabama auprès de ses cousines qui l'ont élevé, représente une douce révolte de la fantaisie et du cœur contre l'hypocrisie de la vie morale américaine : les protagonistes s'évadent du monde de la logique et de l'argent en allant s'asseoir dans les branches d'un arbre d'où viennent les déloger des personnages incarnant l'Église, le Commerce, la Force armée et la Loi[14]. Cette fantaisie n'est pas sans rappeler, dans une tonalité plus légère et moins tragique, l'isolement recherché par les héros de Carson McCullers.

Truman Capote écrit aussi des récits de voyages et des scénarios de films dans lesquels jouent les grands acteurs de l'époque (Humphrey Bogart, Gina Lollobrigida...), mais son travail pour les scènes new-yorkaises, une adaptation théâtrale de La Harpe d'herbes et une comédie musicale, tirée de sa nouvelle La Maison des fleurs, connaît un succès mitigé. De façon générale, ses tentatives théâtrales se révèlent peu convaincantes[12]. En 1956, il suit une tournée de Porgy and Bess en URSS et en tire un reportage conçu comme un roman comique, Les muses parlent (The Muses Are Heard). Les éloges sont presque unanimes[12]. Extrêmement polyvalent, Truman Capote ne se laisse pas enfermer dans un style ou une conception du monde : il passe du style onirique des Domaines hantés au style journalistique[11] de Les muses parlent sans difficulté apparente.

En 1958, Petit déjeuner chez Tiffany consacre la dernière étape de la pensée et du style de Capote[15]. Bref roman de cent-vingt pages, il connaît un grand succès et fait de son auteur un écrivain en vue chez ses pairs. Ce roman est le récit de la rencontre d'un écrivain débutant, le narrateur, avec sa voisine du dessous, une jeune femme déroutante et anticonformiste d'à peine dix-neuf ans et d'un charme fou. Tel un papillon de nuit attiré par les lumières d'une vie new-yorkaise futile et mondaine, Holly Golightly vit aux crochets de quelques riches amis et amants. Femme-enfant, fantasque et imprévisible, elle est rétive à toute morale qui restreint sa liberté. Le jeune narrateur tombe rapidement amoureux de cette femme seule, blessée par une enfance difficile. Cet amour n'est pas payé de retour et une mauvaise fréquentation (celle d'un chef mafieux emprisonné auquel Holly rendait service en transmettant à l'extérieur ses messages météorologiques) oblige la jeune femme à s'envoler précipitamment pour le Brésil. Elle disparaît mais pas dans le souvenir du narrateur à qui elle laisse un sentiment de manque et le regret du bonheur enfui. Le style léger et ironique de Truman Capote sert merveilleusement ce récit doux-amer où, à la fin, l'héroïne affronte la vie, sort dans le monde, voyage[15], ayant réussi à se libérer de ses incertitudes et de son angoisse.

De sang-froid (In Cold Blood)

Truman Capote en 1959.

Truman Capote découvre dans le New York Times du un fait divers qui, tout de suite, le passionne : un quadruple meurtre frappant une famille de fermiers du Kansas. Il pense qu'il pourra traiter ce fait divers sanglant sous une nouvelle forme littéraire et en faire un « roman de non-fiction » qui permet également à l'auteur d'analyser (ou de projeter sur les meurtriers) les mobiles d'un crime que le lecteur est invité à vivre par procuration[15]. Il obtient du New Yorker de partir enquêter sur les lieux du drame, à Holcomb. Son amie d'enfance Harper Lee, à qui il a demandé de l'accompagner, facilite beaucoup ses relations avec la population locale du Midwest et lui est d'une aide précieuse durant son travail de recherches.

L'écrivain passe plus de cinq ans[12] à interroger d'innombrables témoins, à étudier les rapports de police et, après l'arrestation des deux assassins, Perry Smith et Richard Hickock, à les rencontrer en prison grâce à la confiance d'Alvin Dewey, le policier chargé de l'enquête. Il gagne l'amitié des deux prisonniers au cours de ses visites. Il travaille sur ces crimes en restant au plus près des faits, il décrit méticuleusement le décor du drame. Il utilise l'énigme que représentent ces quatre meurtres sauvages et gratuits pour s'approcher du mystère de l'homme doué de raison et pourtant capable du pire. Le titre de l'ouvrage (De sang-froid) est ambigu. Il fait référence à la fois à l'attitude des deux assassins lors de cette nuit fatale, mais aussi à celle de la société qui les exécute. En avril 1965, Smith et Hickock sont exécutés. Le livre qui est son chef-d'œuvre peut enfin paraître.

Random House publie De sang-froid en janvier 1965. Le succès considérable de ce livre, qui se vend à des millions d'exemplaires, lui apporte tout ce qu'il souhaitait, la fortune, la célébrité et une vie mondaine éclatante. Il organise lui-même le 28 novembre 1966 un événement mondain légendaire, un bal masqué en noir et blanc à l'hôtel Plaza à New York où se pressent cinq cent quarante invités triés sur le volet.

Truman Capote est alors au sommet de sa gloire mais jamais plus il n'écrira un texte de cette ampleur. Son biographe, Gerald Clarke, le décrit transformé par ce travail épuisant d'enquêtes et d'écriture et ayant de la difficulté à renouer avec son métier d'écrivain et avec lui-même. Mais la raison principale de cette dépression, de sa chute dans l'alcoolisme et de son manque d'inspiration qui ne le quitteront plus, c'est sa rencontre avec Perry Smith, l'un des deux assassins, qui le touchera profondément. Capote voyait en lui l'homme qu'il aurait pu devenir s'il n'avait pas eu la littérature dans sa vie. Ils nouèrent pendant ces années de prison des liens très importants, en passant de longs moments à parler. Au début de 1965, Capote écrit à un de ses amis, lui confiant sa déprime et son épuisement ; d'un côté il ne veut pas que Perry soit exécuté, de l'autre il sait que tant que ce ne sera pas fait, il ne pourra pas terminer ce livre qui l'obsède.

En effet, dans les pages du journal The Observer, une querelle avait opposé Capote et le critique artistique britannique Kenneth Tynan qui écrivit, à propos du livre "De sang froid", que Capote voulait une exécution afin que le livre ait une fin efficace.

Le déclin

Truman Capote en 1968.
Plaque de Truman Capote au Westwood Village Memorial Park.
Stèle de Truman Capote et Jack Dunphy au Crooked Pond dans Long Pond Greenbelt à Southampton (New York).

Il vit pendant plus de trente ans avec Jack Dunphy, un acteur et écrivain qu'il a rencontré en 1948. La quarantaine passée, il mène une vie mondaine, mais s'abîme dans un alcoolisme incontrôlable, compliqué par l'abus de pilules et de cocaïne[12]. Il compte parmi ses amis Babe Paley, la grande amitié amoureuse de sa vie[16] qui se brise en octobre 1975, et Harper Lee, l'amie de toujours ; celle-ci est l'auteur en 1960 du best-seller To Kill a Mockingbird, en français Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, adapté au cinéma sous le titre Du silence et des ombres ; on y voit Capote enfant déjà grand narrateur d'histoires ; parmi ses amis figurent aussi, entre autres, Newton Arvin, son professeur de littérature, Carson McCullers, Tennessee Williams, Norman Mailer, Marilyn Monroe, Lee Radziwill, la sœur de Jacqueline Kennedy, Andy Warhol qui fut à l'origine du dernier livre qu'il publia de son vivant, Musique pour caméléons, et Cecil Beaton, le photographe officiel de la famille royale britannique (selon Gerald Clarke, « Beaton adorait Capote autant que Capote l'adorait »). Ses inimitiés sont également fameuses, celle pour Gore Vidal notamment.

Après la publication de De sang-froid en 1965, les années qui suivent sont une lente descente vers l'abîme, même s'il écrit encore quelques nouvelles. C'est paradoxalement cette réussite flamboyante, tant sur le plan littéraire que mondain, qui va marquer pour lui le début d'une douloureuse déchéance. Son dernier livre, Prières exaucées, en est le symbole. Car, pour reprendre la citation de Thérèse d'Avila qui a inspiré ce titre, « Il y a plus de larmes versées sur les prières exaucées que sur celles qui ne le sont pas[17] ». Son biographe américain le décrit déçu tant par sa carrière que par sa vie personnelle et de plus en plus dépendant de l'alcool et de la drogue, effectuant des cures de désintoxication sans succès.

La publication dans Esquire, en octobre 1975, d'un chapitre du roman auquel il travaille, précipite la catastrophe. La Côte basque, 1965, un des trois (brillants et outranciers) fragments qui subsisteront de l'œuvre annoncée, s'inspire de façon un peu trop évidente (et blessante) de la relation douloureuse entre deux de ses amis, William et Babe Paley (ce qui précipitera, aussi, le suicide d'Ann Woodward). Cela vaut au romancier d'être irrémédiablement ostracisé par la haute société new-yorkaise et fui par presque tous ses proches. Ce roman, Prières exaucées, qui devait être son chef-d'œuvre, restera inachevé et ne sera publié que de façon posthume en 1987, avec une préface explicative de son éditeur Joseph M. Fox.

Entre-temps, Truman Capote fait paraître, en 1977, un dernier livre de son vivant : Musique pour caméléons qui est un recueil d'articles et de nouvelles.

À la suite de deux mauvaises chutes consécutives, Truman est soigné pour une phlébite[18]. Il meurt à Bel Air, un beau quartier de Los Angeles, en 1984, d'une surdose médicamenteuse associée à un cancer du foie et à un affaiblissement général de sa santé depuis sa phlébite. Il est inhumé au Westwood Village Memorial Park Cemetery (Los Angeles).

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