Théocratie

Une théocratie est un gouvernement où le titulaire de la souveraineté est divin. Le terme « théocratie »— θεοκρατία (theokratía) — est formé sur les mots grecs « Θεός (Theós) » pour «  Dieu » et « κράτος (krátos) » pour «  pouvoir ».

Le terme théocratie est inventé par Flavius Josèphe, désignant dans son acceptation première l'idée que Dieu gouverne, afin de justifier un désintérêt des croyants pour la politique [1]. En ce sens, l'idée de théocratie implique que « l'agir humain, dans toute son ampleur, reçoit sa norme du divin [2] », mais ne correspond à aucune forme de gouvernement humain.

Au contraire, depuis le e siècle, le terme théocratie est le plus souvent employé pour désigner des régimes politiques fondés sur des principes religieux ou gouvernés par des religieux. Dans ce cas, certains auteurs préfèrent parler de « hiérocratie », terme proposé par Max Weber et qui désigne spécifiquement le gouvernement des religieux [3]. Cependant, l'usage le plus répandu est de parler de théocratie dès qu'il y a confusion entre politique et religion.

Introduction

Évolution du sens du terme théocratie au cours de l'histoire

alternative de l'image à compléter
Moïse recevant la loi et la donnant au peuple, Daniele da Volterra

Chez Flavius Josèphe (env.37-100) la théocratie est pensée à partir du don de la Loi ( Thora) par Dieu [4]. Chez Lactance (env.250-325), le gouvernement de Dieu est pensé à partir de l'idée que Dieu dirige l'histoire par sa Providence [5]. Chez l'un et l'autre, l'idée que Dieu gouverne permet de distinguer clairement le pouvoir de Dieu du pouvoir politique qui est à l'époque celui des Romains. Elle justifie ainsi un désengagement des religieux de la politique. La théocratie est en ce sens apolitique.

Au cours de l'histoire, l'idée que Dieu gouverne a cependant joué un rôle dans l'élaboration de théories politiques et la mise en place de différentes formes de gouvernements civils. Des théories politiques théocratiques sont identifiables à l'époque hellénistique, selon Marie-Françoise Baslez et Christian-Georges Schwentzel : en Judée sous la dynastie des Hasmonéens ; en Sicile lors de la révolte d' Eunus (ou Eunous) ; en Commagène sous le règne d' Antiochos Antiochos Ier Théos (vers 69-36 av. J.-C.). On trouverait aussi l'expression d'un "théocratisme" dans le discours officiel d' Alexandre le Grand, à partir de son passage en Égypte, et dans le texte d'une stèle de Ptolémée IV Philopator (stèle dite "de Raphia" datant de 216 av. J.-C. ; le roi y est présenté comme l'instrument terrestre des dieux qui "le font agir") . Dans l'œuvre de Plutarque (Plutarque, Vie d'Alexandre, 27), la réflexion sur le gouvernement divin est attribuée à un philosophe égyptien, Psammon, qui aurait joué, auprès d'Alexandre, le rôle de conseiller politique et de théoricien de la monarchie de droit divin. Il affirmait que "le pouvoir est divin" [6]. Le souverain théocrate affirme qu'il se soumet en tout point à la volonté divine, ce qui lui sert de légitimation pour son pouvoir ; à l'inverse, ceux qui s'opposent à lui sont désignés comme des ennemis de Dieu. On trouve notamment cette idée dans le deuxième livre des Maccabées où le contraire du théocrate est le "théomachos", c'est-à-dire "celui qui combat contre Dieu" (2 Mac 7, 19).

Cette réflexion sur le gouvernement de Dieu est présente dans les écrits de Savonarole (1452-1498), Calvin (1509-1564), Spinoza (1632-1677) et, plus tard chez Joseph de Maistre, Félicité de la Mennais et Alexis de Tocqueville (1805-1859) ainsi que chez certains acteurs de l'élaboration d'un socialisme chrétien en Russie aux XIXe et XXe siècles.

Si l'on considère que tout le monde peut connaître la volonté de Dieu, le projet d'une théocratie peut déboucher sur une démocratie directe ou sur l' anarchie (absence de gouvernement) ; si l'on considère qu'il existe une catégorie déterminée de personnes qui est autorisée à dire ce qu'est la volonté de Dieu, et que c'est ceux-là qui doivent gouverner, le projet d'une théocratie peut déboucher sur une forme de régime totalitaire dirigé par des politiciens-religieux. Pour Savonarole, il n'y a pas de milieu entre l'anarchie et la dictature, il faut que ce soit l'un ou l'autre [7]. Pour Spinoza, la théocratie est au contraire le moyen d'éviter toute forme d'extrémisme politique. Chez Spinoza, l'idée de démocratie dans le sens d'un régime politique qui respecte les libertés est coextensive de celle de théocratie [8].

Au cours des XIXe et XXe siècles, des auteurs cherchant à interpréter les bouleversements historiques dont ils étaient les témoins, y ont vu les effets de la manière dont Dieu dirige le monde. Ainsi, Pour Joseph de Maistre la Révolution n'a pas été menée par des hommes mais elle est le résultat de l'action de Dieu qui détruit pour reconstruire. Pour Tocqueville la démocratie qu'il voyait se mettre en place en Amérique est une forme de régime politique qui s'impose de lui-même dans l'histoire comme un effet de la Providence.

Cependant, à la même époque, sur fond des polémiques qui entourent les révolutions, la séparation de l'Église et de l'État, ainsi que la fin des États pontificaux, le terme théocratie commence à désigner, non plus le gouvernement de Dieu, mais celui des religieux. Il sert alors à traiter du rapport entre l'Église et le pouvoir civil. L'idée de théocratie comme gouvernement par des religieux devient alors complémentaire de celle de césaropapisme, notion elle-même élaborée à cette époque. Le Césaropapisme désigne la volonté du pouvoir politique de maîtriser la religion tandis que la théocratie désigne la revendication d'une primauté des religieux sur la politique.

Puisque la théocratie pensée comme pouvoir des religieux n'est pas à proprement parler le gouvernement de Dieu, Max Weber a remplacé le terme de « théocratie » par ce lui de « hiérocratie », la hiérocratie désignant chez lui un pouvoir de persuasion sans force physique. D'autres auteurs tels qu'Hannah Arendt parleront de « pure théocratie » pour désigner la théocratie comme gouvernement de Dieu et la distinguer la théocratie comme gouvernement par des religieux [9].

Le terme de théocratie est devenu de manière imprécise synonyme de dictature, d'État totalitaire ou de confusion du politique et du religieux. Ayant acquis une valeur péjorative, il est aujourd'hui le plus souvent employé dans des polémiques politiques, notamment aux États-Unis, en Israël, dans le monde musulman ou encore à propos de l'ancien Tibet, ce n'est pas le cas du Vatican, qui est un État de droit et qui adhère à de nombreuses conventions internationales. [réf. nécessaire]

Problème d’universalité du concept de théocratie

La théocratie dans le sens d’un gouvernement de Dieu peut être envisagée dès lors qu’il est question de Dieu et de son activité dans le monde, soit qu’il révèle ses lois, soit qu’il agisse directement en dirigeant la vie des hommes et le cours des événements par sa Providence. À ce titre, la théocratie concerne plus particulièrement le judaïsme, le christianisme et l’ islam.

Penser la théocratie comme confusion du politique et du religieux n’a de sens que si l'on considère préalablement ce qui permet de les distinguer. Cependant, la distinction entre politique et religion, ou bien, autrement dit, entre pouvoirs temporel et spirituel, n’est pas d’emblée universelle. Elle ne se pose pas de la même manière dans le judaïsme, le christianisme ou l'islam. Dans d’autres religions, telles que le bouddhisme ou l’ hindouisme, ce peut être l’idée même de religion comme réalité distincte du politique qui n’a jamais été envisagée avant que ne commence la mondialisation [10].

Dans d'autres langues
Afrikaans: Teokrasie
Alemannisch: Gottesstaat
العربية: ثيوقراطية
asturianu: Teocracia
azərbaycanca: Teokratiya
беларуская: Тэакратыя
беларуская (тарашкевіца)‎: Тэакратыя
български: Теокрация
català: Teocràcia
нохчийн: Теократи
čeština: Teokracie
Cymraeg: Theocrataeth
dansk: Teokrati
Deutsch: Theokratie
Ελληνικά: Θεοκρατία
English: Theocracy
Esperanto: Teokratio
español: Teocracia
eesti: Teokraatia
euskara: Teokrazia
suomi: Teokratia
føroyskt: Teokrati
Frysk: Teokrasy
galego: Teocracia
עברית: תאוקרטיה
हिन्दी: धर्मतंत्र
hrvatski: Teokracija
Kreyòl ayisyen: Teokrasi
magyar: Teokrácia
Bahasa Indonesia: Teokrasi
íslenska: Klerkaveldi
italiano: Teocrazia
日本語: 神権政治
Patois: Tiyakrasi
ქართული: თეოკრატია
қазақша: Теократия
한국어: 신권 정치
Кыргызча: Теократия
Latina: Theocratia
Lëtzebuergesch: Theokratie
lietuvių: Teokratija
latviešu: Teokrātija
македонски: Теократија
Bahasa Melayu: Teokrasi
Mirandés: Teocracie
नेपाल भाषा: धर्मतन्त्र
Nederlands: Theocratie
norsk nynorsk: Teokrati
norsk: Teokrati
occitan: Teocracia
ਪੰਜਾਬੀ: ਧਰਮਰਾਜ
polski: Teokracja
português: Teocracia
română: Teocrație
русский: Теократия
sicilianu: Teocrazzìa
Scots: Theocracy
srpskohrvatski / српскохрватски: Teokracija
Simple English: Theocracy
slovenčina: Teokracia
slovenščina: Teokracija
српски / srpski: Теократија
svenska: Teokrati
Tagalog: Teokrasya
Türkçe: Teokrasi
українська: Теократія
oʻzbekcha/ўзбекча: Teokratiya
Tiếng Việt: Thần quyền
Winaray: Teokrasyá
მარგალური: თეოკრატია
中文: 神權政治
Bân-lâm-gú: Sîn-chú-chú-gī