Scandale du Watergate

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Le complexe immobilier du Watergate, abritant appartements de luxe, bureaux et hôtels.

Le scandale du Watergate est une affaire d'espionnage politique qui aboutit, en 1974, à la démission de Richard Nixon, alors président des États-Unis. L'affaire aux multiples ramifications commence en 1972 avec l'arrestation, à l'intérieur de l'immeuble du Watergate, de cambrioleurs dans les locaux du Parti démocrate à Washington. Les investigations menées par des journalistes et une longue enquête du Sénat américain finiront par lever le voile sur des pratiques illégales de grande ampleur au sein même de l' administration présidentielle.

Bien que le cambriolage semble avoir été mené par d'anciens employés de la Maison-Blanche, l'affaire ne fait, dans un premier temps, que très peu de bruit. En apparence, l'enquête du FBI ne va pas loin. Cependant, deux journalistes du Washington Post, aidés par un mystérieux informateur surnommé Deep Throat (« gorge profonde »), publient de nombreuses révélations, en particulier sur les liens des cambrioleurs avec la Présidence et sur les financements irréguliers de la campagne de Richard Nixon. Ce dernier est néanmoins confortablement réélu en novembre 1972. L'année suivante, l'obstination du juge John Sirica et la mise en place d'une commission d'enquête sénatoriale resserrent de plus en plus l'étau autour des collaborateurs du Président. Une série de révélations portant sur des cas d' obstruction à la justice et d'abus de pouvoir mènent à des inculpations. Le public américain s'intéresse davantage à l'affaire avec la retransmission à la télévision des auditions du Sénat sur le Watergate. Lorsque l'existence d'un système d'écoute dans la Maison-Blanche est rendue publique, un bras de fer s'engage entre Nixon et les enquêteurs à propos de la restitution des bandes magnétiques des enregistrements. L'implication du Président se précise. Quand le Congrès en vient à engager la procédure d' impeachment, visant à la destitution du chef de l'État, Nixon se résout à démissionner.

Le suffixe -gate est depuis lors entré dans la culture populaire, étant accolé à la dénomination de toute forme d'affaire d'État ou de scandale d'ampleur.

Contexte

Politique

Richard Nixon lors de la campagne électorale de 1968.

L'année 1972 est une année d' élection présidentielle aux États-Unis. Dans le camp républicain, Richard Nixon se présente pour un second mandat. Élu en 1968, il avait échoué en 1960 face à John Kennedy après avoir été le vice-président de Dwight Eisenhower pendant huit ans. Nixon peut se prévaloir d'une politique étrangère inspirée par son conseiller à la sécurité nationale Henry Kissinger et menée avec succès : détente avec l'URSS ( accords SALT), préparation de la « paix dans l'honneur » au Viêt Nam (concrétisée par la signature des accords de paix de Paris en janvier 1973), et rétablissement des relations diplomatiques avec la Chine lors de la visite du président à Pékin en février 1972 [1]. Cependant, Nixon est un adepte de la méthode forte pour négocier avec les communistes, et le coût en vies humaines dû à la politique menée en Asie du Sud-Est, que ce soit la poursuite des hostilités au Viêt Nam, intensément bombardé entre avril et octobre 1972, ou l' invasion du Cambodge, annoncée en 1970, suscite une agitation sans précédent parmi la jeunesse américaine, s'exprimant par des manifestations parfois violemment réprimées, comme lors de la fusillade mortelle de Kent State University [2].

Sur le plan intérieur, la politique de son administration se fonde sur le slogan de « la loi et l'ordre » (law and order), impliquant une justice stricte et répressive, notamment vis-à-vis des mouvements contestataires gauchistes (comme les Weathermen) ou afro-américains (comme les Black Panthers). Le Parti républicain avait subi une écrasante défaite lors de l' élection de 1964, mais son candidat d'alors, Barry Goldwater, a recentré le parti sur des valeurs plus conservatrices, qui à terme, se sont davantage ancrées dans les stratégies électorales du Parti républicain [3]. En outre, l'instauration des Droits civiques signés par le président Johnson ( Civil Rights Act en 1964 et Voting Rights Act en 1965), améliorant le statut de la minorité afro-américaine, a détourné l'électorat traditionnellement démocrate du Vieux Sud (Deep South), favorable à la ségrégation, qui a basculé du côté républicain [4]. Ces éléments jouent en faveur du président Nixon, qui par ailleurs, à titre personnel, voue un profond mépris à l'establishment de la côte Est représenté par les universitaires de Harvard ou les Kennedy [5]. L'élite démocrate le lui rend bien. Depuis sa victoire à l'élection sénatoriale de Californie en 1950, au terme d'une campagne virulente contre son adversaire Helen Gahagan Douglas, le surnom « Tricky Dick » (« Dick le rusé » ou « Dick le tricheur ») lui colle à la peau [6].

En face, le camp démocrate est affaibli par ses querelles internes. La présidence de Lyndon Johnson (1963-1969) a été marquée par la guerre du Viêt Nam ; des émeutes raciales dans les ghettos noirs ; et le projet de la Great Society, développant l' État-providence (éducation, sécurité sociale, lutte contre la pauvreté) au prix de coûteuses dépenses. En 1968, alors que Johnson a renoncé à se représenter à cause de son impopularité, quatre tendances se sont affrontées lors des primaires démocrates. Le vice-président Hubert Humphrey reçoit l'appui des syndicats et de l'appareil du parti ; Robert Kennedy séduit les minorités noire et catholique ; Eugene McCarthy porte les revendications des étudiants et des pacifistes ; et enfin George Wallace, ségrégationniste du Sud, opposé aux Droits civiques, se présente comme candidat indépendant. Robert Kennedy, parti favori, est assassiné en juin 1968, deux mois après le leader noir Martin Luther King. C'est Humphrey qui est investi au cours de la convention démocrate de Chicago en août 1968, au milieu d'affrontements entre la police et des émeutiers anti-guerre, dont les « leaders » ont été jugés au cours du procès tumultueux des Chicago Seven (mars 1969 - février 1970). Lors de l’élection présidentielle de 1968, Hubert Humphrey est battu par Nixon d'une courte tête alors que George Wallace, le troisième homme, rafle cinq États du Sud [7], [8]. Par contre, le Congrès est dominé par les démocrates, majoritaires à la Chambre des représentants et au Sénat depuis 1954.

En 1972, le candidat démocrate le plus prometteur et le plus soutenu par l'appareil du parti au début de la primaire démocrate, Edmund Muskie, s'effondre, notamment des suites de mauvais coups ( dirty tricks) concoctés par les hommes du président, en particulier le scandale de la Canuck Letter provoqué par une lettre livrée à la presse. Celle-ci se révèlera plus tard être un faux. Un « simple citoyen » y écrit qu'il a été témoin d'une attitude méprisante vis-à-vis des Canadiens français de la part de Muskie. La lettre est publiée avec des propos blessants sur sa femme, dans un journal local, juste avant la primaire stratégique du New Hampshire, où les Américains d'origine franco-canadienne sont nombreux. La campagne de Muskie est sabordée [9]. Un autre candidat potentiel, Ted Kennedy, a quant à lui perdu toute chance de se présenter après l' accident de Chappaquiddick, en 1969, à la suite duquel il a été accusé de la responsabilité de la mort d'une collaboratrice [10]. C'est un candidat inattendu, George McGovern, qui est investi lors de la Convention démocrate en juillet 1972 peu après la tentative de cambriolage du Watergate. Il est liberal (au sens américain, c'est-à-dire de gauche), sa popularité est palpable essentiellement dans les milieux intellectuels et étudiants, ses chances de vaincre sont donc réduites. Ses adversaires le caricaturent comme le « candidat des trois A » pour amnesty, abortion and acid (amnistie, avortement et acide). De plus, sa campagne commence mal : son candidat à la vice-présidence, Thomas Eagleton, doit renoncer lorsque la presse révèle qu'il a effectué des séjours dans des hôpitaux psychiatriques [11].

Médias et renseignements

John Edgar Hoover, directeur du FBI, décédé quelques semaines avant le début de l'affaire.

En mai 1972, John Edgar Hoover, directeur du FBI, meurt [12]. Il occupait cette fonction, dépendant du département de la Justice (équivalent du ministère de la Justice) depuis 1924, et a servi sous huit présidents. C'est lui qui a développé cette agence gouvernementale, concentré ses moyens sur la lutte contre le communisme, notamment pendant la période du maccarthysme, puis au cours du programme COINTELPRO contre les dissidents, y compris les militants des droits civiques, tandis qu'il minimisait l'existence de la mafia, et généralisait les écoutes clandestines comme moyen d'investigation ou d'espionnage [13], [14]. Ce combat intransigeant contre le communisme était commun à Hoover et Nixon, qui a été, à la fin des années 1940, une figure de la Commission de la Chambre des représentants sur les activités anti-américaines, et s'est à ce titre distingué dans l'affaire Alger Hiss, haut fonctionnaire du département d'État, qui, accusé d'espionnage pour les Soviétiques, n'a pu être condamné que pour parjure en 1950. En mai 1969 (cela sera révélé lors du scandale du Watergate), Nixon et Kissinger ont mis à contribution le FBI pour enquêter de façon illégale par des écoutes clandestines sur les fuites dans la presse concernant les bombardements secrets sur le Cambodge qu'il a autorisés en février [15].

Depuis sa création, aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale et dans le contexte de la guerre froide, la CIA a utilisé son savoir-faire dans plusieurs « coups », dont les plus retentissants sont réalisés dans les années 1950, lorsque Allen Dulles en est le directeur (implication dans les renversements de Mossadegh en Iran en 1953, d' Arbenz au Guatemala en 1954, de Lumumba au Congo en 1961, tentatives avortées contre Castro à Cuba…). En 1961, à la suite de l'échec du débarquement de la baie des Cochons, lancé sous la présidence Eisenhower, Dulles est démis de ses fonctions par le président John Kennedy [16]. Son successeur est plus modéré, mais avec Richard Helms à partir de 1966, on en revient à une motivation anticommuniste plus affirmée. Avec l'arrivée au pouvoir de Nixon, la CIA intensifie son programme de surveillance (lecture du courrier, filatures, écoutes téléphoniques, etc.) de milliers de citoyens américains ( Operation CHAOS), bien que toute activité de renseignement de la CIA sur le territoire américain soit interdite. Ces activités seront dévoilées au cours des investigations en 1975-1976 de la Commission Church mandatée par le Sénat [17].

Ces activités, quasiment inconnues du grand public américain, commencent à peine à apparaître au grand jour au début des années 1970, dans la presse, et au cours d'enquêtes, à partir de 1970, du sous-comité judiciaire des droits constitutionnels du Sénat. En juin 1971, le New York Times, puis le Washington Post, publient des extraits d'un rapport secret, les Pentagon Papers, qui lui ont été remis par Daniel Ellsberg, un expert de la RAND Corporation, think tank travaillant pour le département de la Défense. Ces documents éclaircissent les prises de décisions gouvernementales et militaires pendant la guerre du Viêt Nam, informant par exemple de la volonté du président Johnson d'intensifier le conflit alors qu'il promettait de ne pas s'y impliquer davantage [18]. Il s'ensuit un bras de fer juridique entre le gouvernement de Nixon, qui veut interdire la diffusion d'informations confidentielles, et les deux journaux, qui obtiennent finalement gain de cause, après décision de la Cour suprême, au nom du Premier amendement de la Constitution, qui garantit la liberté de la presse [19].

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