Progrès

Le Progrès, sculpture allégorique de Miguel Ángel Trilles, Parc du Retiro, Madrid (1922). Derrière lui, Pégase, symbole de la vitesse. Les trois femmes symbolisent la Littérature, l'Industrie et le Commerce et les Arts.
En 1797, un poème de Goethe traite du thème de l'Apprenti sorcier, illustré ici en 1882 puis popularisé en 1940 par un dessin animé de Walt Disney. Il pose une question qui ne va cesser de se répandre par la suite : dans quelle mesure les hommes peuvent-ils contrôler le progrès ?

Le terme progrès est polysémique. Le Larousse donne six définitions[1]; le Littré en propose neuf[2]. On peut retenir globalement trois sens, selon que le mot est plus ou moins dénoté (descriptif) ou connoté (prescriptif) :

  • celui d'une évolution relative ; on dit alors : un, des ou en progrès. Le terme, dans ce cas, est dénoté et renvoie au résultat d'une action, ou d'une série d'actions précise(s), réalisée(s) par un individu ou un groupe dans un temps plus ou moins bref et caractérisée par une amélioration par rapport à la situation précédant l'action. Exemples : cet élève a fait des progrès ou est en progrès.
  • le sens d'une évolution considérée comme un absolu ; on dit cette fois le progrès. Le mot est alors connoté et désigne une évolution constante et menée sur le long terme en fonction d'un idéal collectif, censé avoir été fixé par l'humanité toute entière. Exemple : on n'arrête pas le progrès. Il arrive parfois qu'on utilise une majuscule (le Progrès) ou que le mot soit accolé d'un adjectif (le progrès technique).
  • un sens intermédiaire, entre dénotation et connotation, quand le terme est utilisé dans une discipline particulière (philosophie, histoire, politique, économie, science...) ; on dit alors les progrès. Exemple : les progrès de la médecine.

Cet article renvoie à la deuxième acception du terme mais l'analyse se complexifie quand on la traite sur la longue durée car l'idée que les hommes agissent au présent en se projetant dans le futur relève non seulement d'une position apologétique mais d'une véritable croyance[3], d'un mythe[n 1], voire pour certains, dès le XIXe siècle, d'une religion[Sp 1]. En un mot : d'une idéologie.

Au début du XVIIe siècle, l'Anglais Bacon (Novum organum, 1620 ; La Nouvelle Atlantide, 1627) puis le Français Descartes (Discours de la méthode, 1637) sont les premiers à théoriser l'idée de progrès mais ce n'est qu'au début du XIXe siècle, que le terme est utilisé de façon régulière et dans le sens qu'il conserve aujourd'hui.

Les concepts d'humanisme, de modernité et de progrès sont alors indissociables.

Aux lendemains des carnages de la Première Guerre mondiale, les idéaux progressistes et humanistes commencent à être vivement critiqués et en 1922, Carl Schmitt développe le thème de la sécularisation et l'idée que l'État n'est que la déclinaison "moderne" d'un concept chrétien (Théologie politique). Et c'est après la Seconde Guerre, en 1949, qu'un autre Allemand, Karl Löwith, avance la thèse selon laquelle la philosophie de l’histoire provient de l’eschatologie du salut et donc que l'idée de progrès peut être assimilée à une croyance.

La croyance dans le progrès présente quatre caractéristiques, les trois dernières lui étant propres :

  • la conviction que "l'histoire" ne résulte pas du hasard mais qu'elle a un sens (ce qu'affirmait déjà le christianisme) ;
  • la conviction que ce sens est assigné par l'ensemble des hommes, désireux d'atteindre ensemble un même objectif : le bonheur ;
  • la conviction que la science permet de toujours mieux connaître l'univers dans toute son étendue et au fil de son évolution ;
  • la conviction que l'économie, l'État et la technique peuvent et doivent permettre d'appliquer les avancées de la science.

Plus que comme une simple idéologie, "le progrès" doit par conséquent être appréhendé comme un conglomérat d'idéologies : philosophie de l'histoire, eudémonisme, "progrès scientifique", "progrès technique", "progrès social", étatisme et croissance économique. L'historien des idées Pierre-André Taguieff va jusqu'à le réduire à un double objectif : "transformer la nature" et "accéder au bien-être"[Ta 1].

La question est régulièrement soulevée quant à savoir si l'articulation de ces différentes composantes est réaliste ou si elle ne relève pas plutôt d'une utopie, un processus sans finalité clairement assignée et qui s'avèrerait ensuite incontrôlable. Aux lendemains de la Première Guerre mondiale, certains intellectuels assimilent "le progrès" à une fatalité[Sp 2]. Et d'autres, à la fin du XXe siècle, quand émerge la crise écologique, à une catastrophe.

Au XXIe siècle, dans un contexte général ouvertement technophile mais axé sur la gestion des risques, le terme "progrès" est devenu un mot fourre-tout et tend à laisser la place à de nouvelles expressions tout autant apologétiques telles que "développement économique et social", "développement durable", "recherche et développement", "innovation"[n 2]... (selon les contextes).

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