Pierre Sonnerat

Pierre Sonnerat
Description de cette image, également commentée ci-après
À l'ombre d'une palme, M. P. Sonnerat, exécute l'étude d'un perroquet que lui présente une jeune femme de Nouvelle-Guinée
Naissance
Lyon ( Royaume de France  Royaume de France)
Décès (à 65 ans)
Lyon
Nationalité Français
Domaines Explorateur, dessinateur, naturaliste

Pierre Sonnerat est un dessinateur, un naturaliste et un explorateur français, né le 18 août 1748 à Lyon et mort le à Lyon. Il est surtout connu pour ses deux récits de voyage en Asie, superbement illustrés de gravures de sa main. Son second ouvrage qui connut un immense succès, contribua à mieux faire connaître la civilisation indienne. Il est célèbre parmi les naturalistes, pour avoir donné les premières descriptions et illustrations savantes de quelques mammifères et de nombreux oiseaux et plantes d'Asie tropicale. C'était aussi un homme des Lumières, opposé à l'esclavage et désireux de diffuser les connaissances utiles au progrès matériel.

Biographie

Jeunesse lyonnaise

Pierre Sonnerat est né le 18 août 1748 à Lyon, d'un père négociant bourgeois et d'une mère, née Benoîte Poivre, cousine germaine de Pierre Poivre, le botaniste ayant introduit les épices asiatiques sur l' Isle de France, l'actuelle île Maurice.

On ne sait que très peu de choses sur son enfance et sa formation. Une correspondance de Grimm [1] nous apprend cependant qu'il fut dessinateur dans les manufactures de Lyon [2]. À cette époque, les métiers de la soie connaissaient une période de prospérité et employaient des artisans qualifiés et de vrais artistes comme dessinateurs pour étoffes. L'« École royale académique de dessin pour le progrès des arts et celui des manufactures de la ville de Lyon » [3] dispensait des cours gratuits. Elle formait de nombreux dessinateurs à la peinture classique et à la reproduction des fleurs naturelles dans toutes leurs nuances. Des notions de botanique étaient données aux dessinateurs fleuristes [2].

À l'Isle de France (Maurice), 1770-1772

La version officielle de sa biographie est basée sur la préface de Voyage aux Indes orientales et à la Chine le second ouvrage de Sonnerat, contenant un extrait d'un rapport de l'Académie des Sciences : « M. Sonnerat, ayant des connaissances dans l'histoire naturelle, le zèle et le goût de l'observation, partit de Paris en 1768, et pour lors, disciple de M. Commerson, il parcourut avec lui, l'espace de trois ans, les Isles de France et de Bourbon, Madagascar, etc. M. de Sonnerat s'étant instruit sous cet habile observateur, fit ensuite les voyages de l'Inde, des Philippines, des Moluques et de la Nouvelle-Guinée; il revint en France en 1773, rapporta une collection considérable en différents genres d'histoire naturelle, qu'il déposa au Cabinet du roi, et donna en même temps au public l'histoire de ses voyages, dans laquelle se trouve la description d'arbres précieux des Indes, l'arbre-à-pain, le muscadier, le giroflier, etc. ainsi que celles de plusieurs oiseaux, parmi lesquels se trouvent quatre espèces nouvelles d'oiseaux de paradis »

Cette biographie a été depuis maintes fois reprise, parfois avec de légers ajouts mais souvent pratiquement à l'identique [n 1]. En 1768, Sonnerat avait 20 ans, et on peut facilement imaginer que c'est un âge où le goût de l'aventure dut le pousser à partir pour l' Isle de France rejoindre son parent Pierre Poivre en tant que secrétaire personnel. Nommé intendant des îles de France et de Bourbon, Pierre Poivre, après un long combat pour ramener des épices d'Asie, s'installe à Port-Louis (actuelle île Maurice) en 1767 où il impulsera un développement économique à la région. Il créera par la suite le « jardin de Pamplemousses » (de jours nommé «  jardin botanique Sir Seewoosagur Ramgoolam »), destiné à acclimater ses précieuses épices [4].

« Cet arbre observé attentivement, a été reconnu comme une espèce de latanier ou de lontard des Indes; il s'élève jusqu'à quarante-deux pieds de hauteur...» (Voyage à la nouvelle Guinée)

Pourtant un doute s'est institué sur les activités de Sonnerat durant les années 1768-1770, depuis que les historiens Ly-Tio-Fane [5] et Jean-Paul Morel [6] ont exhumé quelques documents dissonants des archives. Une source indique qu'en 1769, il est fait écrivain des vaisseaux du roi. (Arch. Nat. Col E 372). Une autre source importante est le rôle du vaisseau la Paix armé à Lorient pour l'Isle de France le 5 avril 1769 (parvenu dans l'île le 23 août 1769), dans laquelle on peut lire « Pierre Sonnerat - passager - parent de Mr Poivre, secrétaire de Mr de Verdière, à ses frais, a fourni sa soumission - resté à terre à Lorient ». Donc, alors qu'on croyait Sonnerat aux Mascareignes à herboriser avec Commerson, il était en France, occupé auprès Mr de Verdière [2]. Ce dernier, est un militaire qui s'est rendu à l'Isle de France de 1769 à 1772 pour une mission secrète. Il prend place sur un bâtiment de la Compagnie des Indes le Saint André 30 juin 1769 de Lorient et atteint l'Isle de france le 11 janvier 1770. On a donc tout lieu de penser avec Morel que Sonnerat serait arrivé à l'Isle de France en janvier 1770, en compagnie de Verdière, sur le Saint André.

Après cette date, les sources permettent de préciser les activités de Sonnerat aux Mascareignes. Il était logé au Port-Louis dans les bâtiments de l'Intendance et partageait la table de Poivre avec Philibert Commerson, un éminent naturaliste qui venait de faire le voyage autour du monde avec Bougainville. À leur contact, Sonnerat se passionne pour l'histoire naturelle et passe le plus clair de son temps à s'instruire auprès de Commerson qui en fit son dessinateur [7]. Mais quand Commerson part à Madagascar, il n'est pas accompagné par Sonnerat mais par M. de Jossigny son autre dessinateur. Sonnerat venait d'être nommé écrivain sur la flûte l'Isle de France, un vaisseau de 500 tonneaux, équipé de 18 canons, et d'un équipage de 118 hommes et allait participer à ce titre à trois campagnes :

1) 1770 : une mission à Madagascar. Sonnerat était présent sur la flûte lors de la traite au Fort-Dauphin [2]. La flûte rapporte de Madagascar au Port-Louis, un chargement de riz, de viandes salées ainsi que quelques esclaves.

2) mars-avril 1771 : une mission au Cap de Bonne-Espérance à partir du Port-Louis. Sonnerat participa à une mission d'un mois dans la colonie hollandaise du Cap avec la flûte l'Isle de France à partir du Port-Louis. Contrairement à sa biographie officielle, il n'est pas avec Commerson qui passa toute l'année 1771 à l'île Bourbon. Il y rencontre le naturaliste britannique Joseph Banks [5] qui accompagnait James Cook dans son premier voyage autour du monde. Banks lui fait découvrir sa collection d'histoire naturelle et notamment celle d'oiseaux. Il lui fait don de quelques oiseaux naturalisés [8]. Sonnerat s'éprend du monde coloré des oiseaux et il consacrera plus tard de nombreuses descriptions illustrées de gravures de sa main, à ceux qu'il observa aux Philippines et aux Moluques.

3) 29 juin 1771 - 4 juin 1772 : une mission aux Philippines et Moluques. Sonnerat prend place sur la flûte l' Isle de France qui appareille pour les Philippines. Le journal de bord de la flûte l' Isle de France indique que l'expédition est passée au large des Seychelles sans s'y arrêter, contrairement à ce que laisse entendre le premier chapitre de son récit Voyage à la Nouvelle Guinée. Il poursuit son voyage jusqu'en Nouvelle-Guinée, et dans les îles Moluques mais aussi à Manille. Dans son récit de voyage qui parut en 1776, Voyage à la Nouvelle Guinée, il décrit de très nombreuses espèces végétales et animales qu'il illustre de nombreuses gravures.

Retour en France 1772-1774

Sonnerat retourne en France en 1772. Il embarque sur le vaisseau l'Indien le 20 octobre 1772, en compagnie de la famille Poivre et de l'astronome, l' abbé Rochon. Ils font une escale prolongée au Cap, confirmée par un récit du botaniste suédois C.P. Thunberg qui témoigne de ses excursions au Cap en compagnie de Sonnerat.

Sonnerat rapporte à Paris une superbe collection dont il fit présent au Cabinet du Roi. D'après les manuscrits Sonnerat au Muséum d'Histoire naturelle, il semble que la majorité de ses productions soient des herbiers et dessins ramenés de l'expédition aux Moluques.

Sonnerat consolide sa position au sein de la sphère académique : il est élu membre associé de l' Académie des sciences de Lyon puis est nommé correspondant du botaniste Michel Adanson de l' Académie royale des sciences de Paris en 1774 et correspondant du Cabinet du Roi [9].

Le récit de son Voyage à la Nouvelle-Guinée sera publié en 1776 alors qu'il est déjà reparti en Orient.

Le second voyage en Asie 1774-1781

Rue de l'actuelle Pondichéry

En 1774, Pierre Sonnerat est nommé sous-commissaire de la Marine par Turgot, sur recommandation de Pierre Poivre [4]. Il reprend la mer en étant chargé par le roi, de continuer des recherches dans les pays lointains et d'assembler une riche collection de plantes et d'animaux. Il passera par l'Inde, La Malaisie et la Chine.

Il est déçu par son séjour en Chine où il ne trouve pas les conditions favorables d'exploration tant sur le terrain que dans ses contacts avec les Chinois [9]. Par contre, il s'éprend de la culture indienne. Au terme de son voyage, il s'installe à Pondichéry pour y assumer ses fonctions de sous-commissaire. Lorsque les Anglais attaquent la ville, il participe activement à la défense et assiste aux dernières heures de la résistance du comptoir face aux bateaux de guerre britanniques.

Retour en France 1781-1785

Il est de retour en France en 1781 où il fait un nouveau dépôt au Cabinet du Roi, de plus de 300 oiseaux naturalisés, d'insectes et de 50 quadrupèdes.

Son compte rendu paraît en 1782 sous le titre de Voyage aux Indes orientales et à la Chine, fait depuis 1774 jusqu'à 1781. L'ouvrage où il évoque tous les grands thèmes de l'Inde fabuleuse, connut un immense succès [10].

Sonnerat épouse à Paris, Marguerite Mérussier, de laquelle il a un fils et une fille. À partir de cette époque, ce père de famille semble plus soucieux de s'enrichir [9].

Dernier voyage, commandant de Yanaon 1785-1793, prisonnier 1793-1813, mort en 1814

Inde

En 1785, Pierre Sonnerat reprend la mer en direction de Pondichéry. La ville déchue et appauvrie lui offre peu d’opportunités. Il est alors nommé commandant de Yanaon, une enclave de 30 km2, dans le district de Pondichéry où il exerce ses fonctions durant les années difficiles de la Révolution (1790-1793), et se retrouve en butte aux rivalités de la communauté marchande européenne. Par contre, il a une excellente réputation auprès de la communauté indienne « le chef de cette aldée qui depuis deux ans a toujours jugé selon nos castes sans manquer à nos lois » [9].

Il essaye d'y développer la production du sel et de tissus, afin de relever le niveau économique du comptoir. Les colons vivant là, lui reprocheront de favoriser trop les indigènes et d'abuser de son pouvoir administratif pour s'enrichir personnellement en faisant lui-même du commerce [11].

En 1793, les Anglais prennent Yanaon et le font prisonnier. Il resta prisonnier 20 ans. Sa correspondance nous apprend qu'il travaille à son Nouveau Voyage aux Indes Orientales. Il est libéré en 1813, sur les recommandations de Antoine-Laurent de Jussieu et du naturaliste britannique Joseph Banks qu'il avait rencontré au Cap.

Sonnerat revient à Paris pour y mourir à l'âge de 69 ans.

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