Peste d'Athènes

La peste d'Athènes est le nom traditionnel sous lequel est désignée une épidémie ayant touché par vagues la Grèce antique de 430 à 426 av. J.-C. Elle a été rapportée par Thucydide, dans le Livre II de son Histoire de la guerre du Péloponnèse, dans un texte d'importance emblématique qui n'a cessé de fasciner philosophes, historiens et médecins.

Elle a causé plusieurs dizaines de milliers de morts, dont celle de Périclès, soit près d'un quart à un tiers de la population, en marquant la fin d'une époque privilégiée. Sa nature exacte n'a pas été éclaircie, le typhus en est la cause la plus probable, parmi plus d'une quinzaine proposées à la discussion.

Contexte

Entre 6000 et 3000 av. J-C, la révolution néolithique s'installe en Europe, avec l'agriculture, l'élevage, la sédentarisation et la croissance démographique qui en découle. Ces nouvelles conditions entrainent une rupture de l'équilibre écoépidémiologique antérieur, provoquant l'apparition de nombreuses maladies infectieuses ou parasitaires. Ces maladies ne pouvaient se manifester auparavant, à cause de la très faible densité des sociétés de chasseurs-cueilleurs [1].

Urbanisation en Grèce classique

Lors de l' Antiquité classique, l'urbanisation croissante atteint des seuils critiques pour l'émergence de nouvelles maladies infectieuses, d'autant plus qu'elles sont facilitées par une plus grande fréquence de contacts (guerre, commerce). Par exemple, une maladie infectieuse, pour apparaître ou se maintenir, demande des groupes de population d'une certaine taille (plus de quelques milliers, dizaines ou centaines de milliers, selon la maladie) [1]. Athènes comptait alors plus de 200 000 habitants (et presque autant en Attique, territoire de la cité-état) [2], engagée dans une guerre contre Sparte, elle subit un siège, en ayant en son sein, des réfugiés des campagnes environnantes.

Au début de la période classique, le milieu urbain se caractérise par l'étroitesse de rues tortueuses (4,5 m de largeur moyenne), rarement dallées, en dévidoir naturel des eaux de pluies et des eaux usées. La plupart des maisons sont en bois et torchis, de 3 à 4 petites pièces, à petites ouvertures exposées à tout vent, difficiles à chauffer, et souvent enfumées l'hiver. Les maisons sont entassées, sans plan régulier [3].

Périclès, British Royal Museum.

Vers la fin de la période classique, l'espace bâti s'améliore. L'anneau de muraille s'élargit, des quartiers nouveaux ou rénovés adoptent un plan régulier proposé par Hippodamos de Milet. On trouve ainsi de grandes demeures approchant 1000 m2 dont plus d'un tiers ne servant pas à l'habitat, dotées de salle de bain et latrines particulières. Cependant, l'augmentation de la surface urbaine se traduit par une aggravation des inégalités : elle profite aux maisons riches, à l'espace monumental, aux bâtiments collectifs mais pas aux quartiers anciens et pauvres qui n'évoluent guère [3].

Athènes n'avait pas de réseau d'eau centralisé, elle était alimentée par 400 fontaines à partir de puits. Un système d'égouts se développe à partir du IVe siècle av. J.-C. [3].

La stratégie de Périclès

La politique du dirigeant et stratège athénien Périclès consiste à éviter un choc frontal en rase-campagne contre les Spartiates. Il abandonne la défense des zones rurales pour défendre Athènes derrière ses murs. Il compte entièrement sur une stratégie maritime : raids de sa flotte de guerre contre Sparte, soutien économique du siège par sa flotte commerciale. La situation est alors propice à une épidémie en temps de guerre : surpopulation urbaine par réfugiés, manque d'hygiène, sous-alimentation, exposée à de nombreux contacts (liaisons maritimes avec le monde méditerranéen) [4]. La ville est reliée à son port, Le Pirée, par un corridor fortifié de plusieurs km.

À la veille de la peste d' Athènes, la cité est une « leçon vivante pour la Grèce » (Thucydide, II, XLI) [5], les citoyens d'Athènes jouissent d'une grande réputation pour leurs valeurs intellectuelles et morales. Au XXIe siècle, elle reste considérée comme fondatrice de la culture occidentale (mère nourricière de la philosophie, de l'histoire, des arts, des sciences et de la démocratie). La survenue de la catastrophe est d'autant plus retentissante pour les contemporains, comme pour les générations suivantes.

Dans d'autres langues
español: Plaga de Atenas
italiano: Peste di Atene
português: Peste de Atenas
srpskohrvatski / српскохрватски: Atenska kuga
Simple English: Plague of Athens