Ours dans les Pyrénées

Un ours brun en captivité dans le Parc animalier des Pyrénées.

L'ours est présent dans les Pyrénées depuis des centaines de milliers d'années. La population actuelle d'ours brun eurasien (Ursus arctos arctos, sous espèce d'ours brun) qui vit sur les versants français et espagnol des Pyrénées est souvent nommée « ours des Pyrénées », toutefois, il ne s'agit pas d'une espèce à part entière mais d'un sous-groupe de population d'ours bruns extrêmement réduite. Elle a fait l'objet d'une importante médiatisation ces dernières années, opposant les éleveurs pyrénéens, qui lui attribuent de très nombreux dégâts, aux partisans de sa conservation et du renforcement de sa population qui veulent éviter sa disparition. Une large polémique s'est créée autour de ce grand mammifère qui demeure traditionnellement présent dans les Pyrénées alors qu'il a disparu de toutes les autres régions de France au cours de l'Histoire. Au niveau mondial cependant, l'ours brun eurasien n'est pas considéré comme une espèce menacée par l'Union internationale pour la conservation de la nature .

L'ours dans les Pyrénées possède également une place symbolique, puisque le culte de l'ours est attesté à travers les divinités du panthéon pyrénéen associées à cet animal jusqu'aux carnavals folkloriques qui perdurent à l'époque moderne. Les nombreuses toponymies issues de ce plantigrade, un légendaire foisonnant et les contes populaires circulant à son sujet témoignent d'une importance de premier plan pour l'ours dans les Pyrénées et à toutes les époques. Les montreurs d'ours pyrénéens, en particulier ariègeois, ont acquis une réputation de savoir-faire bien au-delà de leurs frontières d'origine.

Histoire et répartition de l'ours pyrénéen

Histoire

ours brun eurasien au repos

L'espèce d'origine de l'ours brun eurasien pourrait être apparue il y a 5 millions d'années bien qu'il y ait de nombreuses incertitudes. Les chercheurs ont trouvé que l'ours brun eurasien s'est séparé il y a 850 000 ans et a formé plusieurs branches : une en Europe occidentale, les autres en Russie, Europe de l'Est et Asie. Grâce à l'analyse de l'ADN mitochondrial, les chercheurs ont trouvé que la famille européenne s'est divisée en deux sous-groupes, un dans la péninsule Ibérique, l'autre dans les Balkans. Les populations d'ours bruns actuelles du sud de la Scandinavie viennent de la population pyrénéenne et ibérique qui s'y serait répandue après le dernier âge glaciaire[1].

L'Ours des cavernes apparu il y a 250 000 ans et éteint il y a 27 500 ans était présent dans toute l'Europe et particulièrement dans les Pyrénées qui fait partie des zones où le plus d'ossements ont été retrouvés[2].

Les ours étaient à l'origine présents dans une grande partie de l'Europe et de l'Afrique du Nord, mais ils furent abondamment chassés par l'homme. Durant la préhistoire, l'homme chassait l'ours notamment pour sa fourrure, qu'il utilisait pour la conception de vêtements mais aussi pour sa viande. Dans l'antiquité romaine, ces ours étaient capturés pour être utilisés dans des cirques où ils devaient se battre avec d'autres bêtes sauvages. Le Moyen âge voit la naissance des montreurs d'ours, ces "ours domestiqués" sont utilisés dans les foires et les fêtes.

Disparition progressive

Dompteur d'ours à Luchon en 1900.

L'ours était à l'origine présent dans une grande partie de l'Europe, mais fut abondamment chassé au cours du Moyen Âge. L'ours se retrouva peu à peu cantonné aux régions montagneuses telles que les Alpes, les Pyrénées, le Jura et les Vosges au e siècle. À cause d'une pression toujours plus importante de l'homme sur leur habitat et leur population, le nombre d'ours français ne cessa de diminuer. Dans les Pyrénées-Orientales, le dernier ours sauvage du département est tué en 1846, lors d'une battue organisée à cet effet[3]. Dès le début du e siècle, on ne trouve plus aucun ours en dehors des Pyrénées, où leur nombre est estimé entre 70 et 150. Le déclin est rapide, malgré l'intervention du gouvernement, et l'arrêt de la chasse à l'ours n'est effectif qu'en 1962 [4]. L'ours brun est inscrit sur la liste des espèces protégées en 1979 et le premier plan de sauvegarde remonte à 1984. On recensait une quinzaine d'individus dans les années 1980 et seulement cinq au milieu des années 1990.

La dernière ourse de souche pyrénéenne, Cannelle, a été abattue par un chasseur le . Son fils Cannellito, né en 2004, est ainsi le dernier ours de souche pyrénéenne encore en vie. Mais il est isolé, avec Néré son père, dans les Pyrénées occidentales par les vallées d'Aure puis de la Pique et celle de la Garonne, à au moins 50 km de la quinzaine de femelles, dont seulement cinq sont estimées suitées, présentes dans les Pyrénées centrales en 2015. Au surplus, il n'est pas même prévu d'en prélever le sperme avant son décès.

Plan de renforcement

Au début des années 1990, le gouvernement décide de lancer un programme visant à restaurer une population d’ours viable, c'est-à-dire suffisamment nombreuse, en introduisant dans les Pyrénées des ours bruns d'origine slovène, proches de la souche pyrénéenne sur le plan de leur patrimoine génétique et de leur mode de vie.

Mise en place

Entre mai 1996 et mai 1997, trois ours slovènes sont relâchés à Melles dans les Pyrénées centrales : deux femelles, Mellba et Ziva, en 1996 et un mâle, Pyros, en 1997. Les deux femelles étant gravides, elles donnent naissance à cinq oursons la même année. En 2006, cinq ours slovènes supplémentaires sont lâchés dont quatre femelles : Palouma, morte la même année, Francka, morte l'année suivante, Sarousse, qui semble stérile, et Hvala, qui a eu quatre portées pour 9 naissances en 7 ans, ainsi qu'un jeune mâle, Balou, ceci conformément au plan de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées françaises pour 2006-2009[5].

Développements ultérieurs

En 2011, 22 ours auraient été détectés dans l'ensemble des Pyrénées françaises et espagnoles. En 2013, 25 ours sont détectés, soit 3 de plus [6] qu'en 2012, et, dans le même temps, les attaques de troupeaux ont diminué de 38 % [7]. Le 17 avril 2014, une oursonne vivante est découverte près du village d'Aubert, dans le Val d'Aran, et nommée Auberta[8]. Le 9 juin suivant, Balou est retrouvé mort sur les hauteurs de Melles, vraisemblablement victime d'une chute[9]. En août 2014, la population d'ours est estimée à 30 individus dans tout le massif pyrénéen. Le 20 novembre suivant, l'oursonne Auberta, âgé de dix mois, est retrouvée morte à son tour[10].

Fin 2014, la population d'ours retenue après détection est de 33 individus, soit 31 dans le noyau oriental, dont 3 mâles reproducteurs vivants au lieu d'un seul de 2000 à 2013, et 2 mâles isolés dans le noyau occidental, dont Cannellito.

Néanmoins, en 2015, la population d'ours est trop faible, trop éparpillée dans le massif et trop consanguine, cinq ours seulement n'étant pas parents du mâle dominant Pyros, pour y espérer la survie de l'espèce dans la durée. Dans ce contexte, la Generalitat de Catalogne ( programme PirosLIFE) a réintroduit le 6 juin 2016 un ours slovène mâle, baptisé Goiat sur la commune d'Alt Aneu, dans le Pallars-Sobirà[11] .

Le 1er juillet 2016, six ans après l'engagement du processus d'évaluation du projet par le ministère de l'environnement, le renouvellement du Comité de Massif des Pyrénées a permis le vote à 50 % en faveur de l'introduction d'une femelle dans le noyau occidental pour tenter d'éviter l'extinction de la souche pyrénéenne historique, sans que sa date soit encore fixée.

En 2016, l’Effectif Minimal Détecté (EMD) sur l’ensemble du massif des Pyrénées est de 39 individus dont trois sont morts dans l’année[12].

Une étude du Muséum d’histoire naturelle préconisait de lâcher deux femelles dans les Pyrénées occidentales, où il n’y a plus que deux mâles, et quatre autres dans les Pyrénées centrales pour éviter la consanguinité[13],[14]. La question de la réintroduction de femelles dans les Pyrénées occidentales fait débat, notamment à cause de la farouche opposition des bergers qui ont peur de recevoir le même sort que leur confrère des Pyrénées centrales. La mort de 209 brebis, après une attaque d'ours survenue sur le versant espagnol du Mont Rouch a suscité une vive émotion dans le département. Pour les éleveurs, la principale préoccupation est de retrouver le reste du cheptel, effrayé par l'attaque mais les mauvaises conditions météorologiques et la configuration des lieux gêne considérablement les recherches sur place. Au total, ce serait plus de 600 bêtes qui resteraient introuvables[15].

Le 26 mars 2018, Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique, a déclaré au quotidien "Le Parisien"[16] qu'il souhaitait réintroduire dans les Pyrénées Atlantiques deux ourses dans les Pyrénées-Atlantique demandant en cela au préfet de bien vouloir organiser la concertation afin que cette réintroduction réussisse.

Dans ce contexte, le conseil départemental de l'Ariège a réaffirmé, début septembre, son « opposition à la réintroduction des ours en des lieux où ils n'ont plus leur place depuis la relance du pastoralisme et le développement de la civilisation de loisir ». « L'État, seul responsable du retour des ours dans le massif pyrénéen, doit assumer les conséquences de cet échec dévastateur », a ajouté le groupe majoritaire des élus du département, appelant dans un communiqué « toutes les parties concernées par cette catastrophe en devenir à organiser conjointement et en urgence les états généraux du pastoralisme »[17].

Soutiens et oppositions

Après la mort très médiatisée de la dernière ourse de souche pyrénéenne, Cannelle, abattue par un braconnier le , on assiste à une importante mobilisation autour des ours des Pyrénées, entre ceux qui désirent sa sauvegarde et ceux qui s'y opposent.

Dans les zones où leur population est la plus élevée, les ours font subir aux troupeaux transhumant de lourds dégâts (bêtes tuées individuellement, blessures, stress, dérochements massifs, avortements). Les mesures de protection idoines (regroupement nocturne, présence de patous) s'avérant souvent inutiles face au prédateur, le pastoralisme Pyrénéen décroit au point d'être menacé de disparaître. Depuis la fin des années 1990, la question de la réintroduction de l'ours créé de fortes tensions entre les éleveurs, les agents de l'état et les membres d'associations soutenant la présence des prédateurs.

En 2010, l'État français décide de rembourser les éleveurs à hauteur du prix d'achat les bêtes tuées par les ours. Toutefois, cette indemnisation est régulièrement remise en cause car elle ne tient pas compte des pertes indirectes (stress, avortements) et ne compense pas la perte d'une partie d'un cheptel sélectionné souvent depuis plusieurs générations.

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