Nikolaï Rimski-Korsakov

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Nikolaï Rimski-Korsakov
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Rimski-Korsakov en 1897.
Nom de naissanceНиколай Андреевич Римский-Корсаков
Naissance
Tikhvine, Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Décès (à 64 ans)
Lioubensk, Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Activité principaleCompositeur et professeur
StyleMusique classique symphonique, concertante, et opéras
Activités annexesInspecteur des orchestres de la marine impériale (1873-1884)
CollaborationsGroupe des Cinq
MaîtresMili Balakirev
EnseignementProfesseur de composition et d'orchestration au Conservatoire de Saint-Pétersbourg et professeur principal de la classe d'Orchestre
ConjointNadezhda Rimskaya-Korsakova (1872-1908)
Descendants7 enfants dont Andreï Rimski-Korsakov (musicologue)

Œuvres principales

Nikolaï Andreïevitch Rimski-Korsakov (en russe : Никола́й Андре́евич Ри́мский-Ко́рсаков, [nʲɪkəˈlaj ɐˈndrʲejɪvʲɪtɕ ˈrʲimskʲɪj ˈkorsəkəf] Écouter, ISO 9 : Nikolaj Andreevič Rimskij-Korsakov), né le 6 mars 1844 ( dans le calendrier grégorien) à Tikhvine et mort le 8 juin 1908 ( dans le calendrier grégorien) à Lioubensk, fut avec Tchaïkovski l'un des plus grands compositeurs russes de la seconde moitié du XIXe siècle. Il fit partie des cinq compositeurs appelés à créer « le Groupe des Cinq ». Il fut également professeur de musique, d'harmonie et d'orchestration au conservatoire de Saint-Pétersbourg.

Il est particulièrement connu et apprécié pour son utilisation de thèmes extraits du folklore populaire ou des contes, ainsi que pour ses remarquables talents en orchestration, qui lui valent souvent le titre de « magicien de l'orchestre »[1],[2],[3]. Il eut une influence importante sur la plupart des compositeurs russes, mais aussi étrangers, de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle. Ses œuvres les plus emblématiques sont Shéhérazade, Capriccio espagnol, La Grande Pâque russe, Le Coq d'or, La Légende de la ville invisible de Kitège et de la demoiselle Fevronia et Le Vol du bourdon.

On peut citer le musicologue britannique Gerald Abraham à propos de la musique de Rimski-Korsakov :

« il possède un style cristallin, fondé sur l'utilisation des couleurs instrumentales de chaque instrument de base, à travers un cadre clairement défini, une écriture et une orchestration issue de Glinka et Balakirev, Berlioz et Liszt. Il a su passer ces idées à deux générations de compositeurs Russes de Liadov, Glazounov, à Miaskovski, Stravinski et Prokofiev, qui furent aussi ses élèves, et son influence est évidente, bien que moins prononcée, dans la musique orchestrale de Ravel, Debussy, Dukas et Respighi[4]. »

Le succès de sa musique, quand elle est proposée en concert, ne s'est jamais démenti. Si l'ensemble de ses œuvres est incontournable en Russie, ses opéras n'ont que peu percé en Occident, alors que sa musique symphonique est universellement saluée.

Biographie

Jeunes années

Mili Balakirev dans les années 1860.

Rimski-Korsakov est né à Tikhvine, environ 200 km à l'est de Saint-Pétersbourg, au sein d'une famille aristocratique. Dès son plus jeune âge, il fait preuve d'un talent certain pour la musique. Cependant ses parents n'apprécient guère cette précocité, considérant ces capacités musicales comme une clownerie[5]. Occuper la fonction de compositeur était inacceptable pour un membre de leur famille, au regard des traditions et de leur rang social. Sous la pression de ses parents, il fait ses études au corps des cadets de la Marine à Saint-Pétersbourg, et s'engage ensuite dans la marine impériale. En parallèle de ces études, il prend néanmoins des cours de piano avec un violoncelliste dénommé Oulikh[6], se rend souvent à l'Opéra, et pratique le piano à quatre mains avec ses amis et professeurs[7].

Il admettra plus tard avoir toujours été passionné par la musique, la considérant comme un jeu, ou même un jouet[8], pour l'enfant de 16 ans qu'il était. Oulikh a d'ailleurs rapidement réalisé le talent prononcé de Rimski-Korsakov, et l'a recommandé à un autre professeur de sa connaissance : Feodor A. Kanille (aussi appelé Théodore Canillé)[8]. Au début de l'automne 1859, Rimski-Korsakov commence des leçons de piano et de composition avec Kanille. Ce dernier lui présente des compositions plus actuelles[8], comme celles de Glinka, un compositeur génial et prolifique dit le « Père de la musique classique russe »[9]. Cependant le frère aîné de Nikolaï, Voïn, également dans la marine, qui prend soin de son « intérêt », fait annuler ces leçons dès qu'il apprend leur existence (en septembre 1860). Kanille encourage Nikolaï à poursuivre la pratique de la musique, et à venir lui rendre visite le dimanche[10], plus pour jouer ensemble que pour prendre des leçons. En novembre 1861, Kanille présente le jeune Nikolaï à Mili Balakirev, pianiste réputé, et compositeur patriote[11].

Balakirev l'encourage à composer de la musique, plus qu'à n'en jouer, et lui donne quelques leçons quand Nikolaï n'est pas en mer[12]. Il le pousse également à enrichir ses connaissances et sa culture musicale au contact d'autres nations et civilisations, à l'occasion de ses missions dans la marine. « C'est la première fois de ma vie que quelqu'un me disait qu'on devait lire, enrichir sa culture, connaître l'histoire, la littérature, et la critique. Mille merci à lui ! »[13]. Avec Balakirev, il rencontre également d'autres compositeurs qui formeront plus tard le Groupe des Cinq. Il écoute leurs enseignements, leurs avis, et leurs critiques sans chercher à débattre avec eux[14]. Avec leurs encouragements, il commence à considérer sérieusement une carrière de compositeur[15].

En 1862, Rimski-Korsakov effectue une campagne de trois ans autour du monde, à bord du clipper Diamant, qui l’emmène en Angleterre, aux États-Unis, au Brésil, en Espagne, en France et en Italie. Il termine trois mouvements de sa première symphonie dans les mois qui précèdent son départ[16], puis compose l'adagio (qui sera le second mouvement) pendant une halte en Angleterre. Il envoie ses manuscrits à Balakirev[17], juste avant de reprendre la mer. À son retour en 1865, ce dernier lui suggère de travailler encore son œuvre pour la perfectionner. Rimski-Korsakov se met alors au travail très sérieusement, réorganise complètement l'orchestration de l'œuvre, et ajoute un trio pour le Scherzo (troisième mouvement)[18]. En décembre 1865, Balakirev dirige la création de l'œuvre, qui remporte un vif succès. Le compositeur apparaît sur la scène en uniforme (selon les règles de la marine, même s'il n'est pas en service, un officier se doit de le conserver) pour recevoir les applaudissements de la foule. Le public manifeste une grande surprise à la vue de ce militaire, se demandant comment un tel personnage a pu composer une telle œuvre[19].

Compositeur acharné

Tchaïkovski en 1866 alors professeur au Conservatoire de Moscou
Rimski-Korsakov en jeune officier de marine (1870)

Désormais affecté à terre à l'État major, ses activités d'officier de marine ne l'occupent plus que deux ou trois heures par jour, ce qui lui laisse un temps considérable pour composer de la musique, et élargir son cercle de connaissances. Il termine la première version de ses œuvres orchestrales Sadko (1867) et Antar (1868), qui deviendra sa deuxième symphonie. Il se lie d'amitié avec Alexandre Borodine, dont la musique l'étonne et l'intéresse beaucoup[20]. Il passe de plus en plus de temps avec lui[20], Balakirev[21], puis Modeste Moussorgski[22]. Ils échangent leurs impressions sur leurs travaux, et parfois travaillent ensemble à de nouvelles compositions. Au printemps 1868, leur petit cercle s'étend à la famille Purgold, qui organise des soirées musicales dans sa maison[23]. La deuxième des trois sœurs Purgold est une chanteuse très douée[24], et la plus jeune une pianiste accomplie. Elle arrangera une version de Sadko et Antar pour le piano à quatre mains[24].

C'est en 1868 que Rimski-Korsakov rencontre pour la première fois Tchaïkovski[25], compositeur alors peu connu. Comme l'éducation musicale de Tchaïkovski est plus centrée sur la musique occidentale, alors en vogue au Conservatoire de Saint-Pétersbourg où il a fait ses études, le petit cercle a un regard plutôt méprisant sur ce dernier[26]. À la demande de Balakirev, Tchaïkovski joue le premier mouvement de sa première symphonie au piano. « Cette musique nous plut. Même si la formation de Tchaïkovski posait une véritable barrière entre nos styles[26] ». Le , Rimski-Korsakov sera plus impressionné par le final de la Seconde symphonie du compositeur, « Petite Russie », lorsqu'il le joua chez lui. Cette œuvre est certainement celle de Tchaïkovski qui se rapproche le plus de l'état d'esprit du Groupe des Cinq. Néanmoins, comme l'observa le frère du compositeur, les relations entre Tchaïkovski et Rimski-Korsakov (ou même les Cinq) « se rapprochent de celles de deux états voisins, respectueux les uns des autres, mais défendant jalousement leurs intérêts ».

À l'automne 1871, Rimski-Korsakov emménage dans un appartement de son frère, et invite Moussorgski à être son colocataire. Ils arrangent leurs travaux ainsi : le matin, Moussorgski joue du piano, pendant que Rimski-Korsakov copie, compose, ou orchestre. Puis l'après-midi, comme Moussorgski travaille comme fonctionnaire, Rimski-Korsakov peut travailler sur le piano. Enfin, les soirées sont réservées au travail en commun[27]. « Cet automne et hiver, nous avons tous deux profité de cette entente fructueuse », écrit Rimski-Korsakov, « avec des échanges permanents. Il composa et orchestra l'acte Polonais de Boris Godounov, ainsi que la scène Près de Kromy. J'ai terminé ma Jeune Fille de Pskov »[28].

Cet opéra (La Jeune Fille de Pskov) a eu du mal à être accepté par la censure de l'époque, et Rimski-Korsakov s'est démené auprès de ses relations pour surmonter cette difficulté. Le plus gros problème est lié au personnage d'Ivan le Terrible. En effet, une loi de 1837 interdit la présence du tsar dans un opéra. Mais la règle est différente pour les pièces de théâtre, ce qui joua en la faveur du compositeur. Après de longs efforts diplomatiques, et l'implication d'une famille amie du compositeur, les Krabbe, qui intervient auprès du frère du tsar, la censure accepte la Jeune Fille de Pskov, après quelques modifications. Cette péripétie permet également à Boris Godounov d'être produit, lui aussi après quelques changements.

Professeur

En 1871, Rimski-Korsakov devient professeur de composition et l'orchestration au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, et professeur principal de la classe d'orchestre[29]. À cette époque, il est encore peu confiant en ses capacités d'enseignant, notamment à cause de ses lacunes techniques, « j'étais un amateur, et je ne savais rien »[30]. Plus grave, après avoir fini la Jeune Fille de Pskov, il est en manque d'inspiration, et se rend compte que sa seule chance de poursuivre sa carrière de compositeur est de développer de solides connaissances techniques[31].

Lors de ses premières années, il bluffe donc ses élèves[31], lesquels supposent alors qu'un professeur a forcément les compétences requises. Mais comme il note lui-même « au début mes élèves n'imaginaient, ni ne pouvaient se rendre compte de mon ignorance. Quand ils commencèrent à en être capables, j'avais acquis les connaissances qui me manquaient ! ». Cette attitude est rendue possible par son expérience en composition et orchestration, ses intuitions, sa vision des couleurs orchestrales, et son fluide musical en quelque sorte. Finalement, il se rend compte qu'après avoir été embauché comme professeur amateur, il est devenu son propre et meilleur élève, compte tenu des enseignements qu'il a tiré de ce poste[32]. En parallèle, sous l'impulsion de Tchaïkovski, il étudie avec acharnement l'harmonie et le contrepoint, techniques occidentales peu connues en Russie. En quelques années, il devient un excellent professeur, et un fervent partisan de l'enseignement scolaire musical (qu'il méprisait étant plus jeune, pour son académisme, son conservatisme, et son « occidentalisme »)[33].

Mariage

Nadejda Rimskaïa-Korsakova, l'épouse de Rimski-Korsakov

Son poste de professeur lui assure une certaine stabilité financière, ce qui lui permet de penser à fonder une famille. En décembre 1871, il demande Nadejda Purgold, la plus jeune des trois sœurs, en mariage. Elle accepte, et ils se marient en juillet 1872[34]. Moussorgski est son témoin. Le couple aura sept enfants. L'un des fils, Andreï deviendra un musicologue et écrira une série en plusieurs volumes racontant la vie et le travail de son père.

Nadejda sera une alliée de poids pour la carrière et le travail de son mari, comparable à l'influence qu'eut Clara Schumann sur son mari. Belle, intelligente, déterminée, et bien plus au fait des théories musicales que son mari, à l'époque de leur mariage, elle se révèle une excellente critique du travail de Nikolaï. Elle composera également une seconde version pour piano à quatre mains de Antar, en 1875[35].

Inspecteur des orchestres de la marine impériale

Bien que déjà professeur au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, Rimski-Korsakov n'en reste pas moins officier de marine. Au printemps 1873, il est nommé Inspecteur des orchestres de la marine impériale. Sa nouvelle mission qui répond davantage à ses aspirations consiste désormais à rencontrer les différents orchestres de la marine du tsar à travers la Russie. Il va évaluer les chefs d'orchestre, les musiciens, le répertoire joué ainsi que la qualité des instruments utilisés. Il s'occupe également de suivre la formation des cadets de la marine au Conservatoire, en écrivant un programme spécifique pour eux, et en faisant la jonction entre leur vie militaire et le Conservatoire. Il est enfin considéré comme un véritable musicien, « j'étais en extase, et mes amis également. J'ai reçu de nombreuses félicitations[36] ».

Ce nouvel emploi le pousse à développer ses connaissances techniques, en rapport avec la construction et l'utilisation des instruments de musique classique. Il s'immerge dans le sujet, achète et apprend à jouer de nombreux instruments différents. Ce travail le conduit à rédiger un manuel d'orchestration. Il passe également deux ans à étudier le travail sur les lois de l'acoustique de Tyndall et Helmholtz. Il abandonne ces occupations quand il réalise l'immensité de la tâche, et la vitesse à laquelle la science évolue, et devient obsolète. Il considère également que ses connaissances acquises sont maintenant suffisantes. Il applique les idées tirées de ces études à ses compositions, et à son enseignement au Conservatoire « composer demande une idée claire, sinon parfaite, des techniques de tous les instruments de l'orchestre ».

Il utilise ses nouvelles fonctions pour tester ses compositions, ou ses transpositions d'autres œuvres, avec les orchestres qu'il inspecte. Il demande également à certains chefs d'arranger certaines pièces qu'il choisit. Il organise et dirige des concerts donnés par un regroupement d'orchestres militaires à Kronstadt en octobre 1874. Le succès de cette entreprise pousse les responsables de la marine à autoriser Rimski-Korsakov à planifier et diriger plusieurs concerts au cours de l'année, en tant qu'Inspecteur[37]. À cet effet il compose un ensemble de variations sur un thème de Glinka pour hautbois, un concerto pour trombone, et un Konzertstück pour clarinette, le tout accompagné des vents.

En mars 1884, un édit impérial supprime le poste d'Inspecteur, le compositeur part alors en retraite. Il rejoint Balakirev, directeur à la Chapelle du palais impérial, en tant qu'adjoint. Ce poste lui donne l'occasion de se plonger dans la musique religieuse russe orthodoxe, qu'il ne connaît pas. Il écrit un livre à ce sujet, pour ses étudiants, n'étant pas satisfait de celui de Tchaïkovski[38]. Il reste à la Chapelle jusqu'en 1894.

Immersion dans les études

Modeste Moussorgski à l'époque où il perçoit Rimski-Korsakov comme « un traître ».

À cette époque, le compositeur passe le plus clair de son temps à étudier et enseigner les techniques instrumentales. Aux yeux de ses amis, il commet l'erreur de sombrer dans l'étude de compositions et techniques passées, et dépassées, telle le contrepoint. Il leur semble qu'il brade son héritage russe pour composer des fugues ou des sonates, formes occidentales archaïques. Borodine écrit « nombreux sont ceux qui déplorent le fait que Korsakov retourne sa veste, se noie dans des études d'antiquités. Je ne lui en veux pas, c'est compréhensible… ». Moussorgski est plus dur : « Le génial Koocha s'est perverti en un traître sans âme[39] ». De son côté Tchaïkovski applaudit l'attitude de Rimski-Korsakov, écrivant son admiration pour sa modestie et sa force de caractère. Mais il le prévient tout de même de ne pas laisser son fantastique talent naturel se faire submerger par cet académisme. Il écrit à sa protectrice Nadejda von Meck « Soit un maître génial va naître de ces études, soit il va sombrer dans des tours de passe-passe contrapuntiques »[40].

Pendant un certain temps, Rimski-Korsakov reste l'ombre de lui-même, qu'il est alors devenu. Il compose sa troisième symphonie, engluée au possible dans des détours contrapuntiques, à l'opposé des visions géniales de ses deux premières. Il compose également un sextuor pour cordes, un quatuor pour cordes en fa mineur, et un quintette pour flûte, clarinette, cor, basson et piano. Ces œuvres ne reçoivent aucun succès. Les critiques acerbes fusent de la part de ses compatriotes. « lls me considéraient alors sur la pente descendante »[41].

Folklore, Glinka et Gogol

Deux projets sauvent le compositeur du marasme dans lequel il se trouve. Le premier est le retour vers la musique populaire autour de 1874[42]. Après avoir étudié plusieurs œuvres, il décide d'en faire une compilation. Un de ses amis, Filipov, lui propose également de reprendre tous les thèmes et chants qu'il a entendus, et de les arranger pour être accompagnés au piano. Rimski-Korsakov écrit alors une quarantaine de chants[43]. La publication de ces œuvres, ainsi qu'un deuxième volume, lui ont beaucoup apporté en tant que compositeur, nourrissant ses inspirations de nouvelles idées[44].

Le second projet lui est proposé par le frère de Glinka[45], qui veut publier les œuvres de son frère après les avoir copiées et éditées. Il demande à Rimski-Korsakov de l'aider, lequel invite également Balakirev et Liadov dans cette tâche. Ils passeront 18 mois, jusqu'en janvier 1878, à compléter ce travail.

Ces deux aventures jouèrent un rôle thérapeutique auprès du compositeur. L'été 1877, il songe de plus en plus au conte La Nuit de mai de Gogol. Cette histoire a toujours été sa préférée, et sa femme l'a longtemps poussé à en tirer un opéra. Même si certaines idées musicales lui étaient déjà venues par le passé, il y pense maintenant sans cesse. Il commence à écrire la musique en février 1878, et termine l'opéra en novembre de la même année. Il est très satisfait de cette œuvre, qui, à ses yeux, réalise une synthèse pertinente entre les techniques contrapuntiques et l'inspiration russe, ce qui torpille la rigidité du contrepoint[46]. L'orchestration reste proche du style de Glinka.

Néanmoins, même après ce relatif succès, et la composition de La Demoiselle des neiges (Snegourotchka) en 1881, qui lui vient avec une facilité inattendue, son inspiration connaît une période creuse de 1883 à 1886[47]. Il s'occupe en orchestrant les œuvres de Moussorgski et en terminant Le Prince Igor de Borodine.

Les (salvateurs) Concerts symphoniques russes

Portrait de Mitrofan Belaïev, fondateur des Concerts symphoniques russes, par Ilia Répine

Autour de 1884, le compositeur fait la connaissance du mécène Mitrofan Belaïev, à la réunion hebdomadaire des « Vendredis » (soirées où les invités écoutent des quatuors) chez lui. Belaïev a déjà manifesté un grand intérêt pour le jeune compositeur, Alexandre Glazounov, qui fut un élève de Rimski-Korsakov. Belaïev loue une salle de concert et un orchestre pour jouer la première symphonie de Glazounov, et une suite symphonique qu'il vient de finir. Glazounov devait diriger une partie du concert. Réalisant qu'il était trop jeune, et trop nerveux pour conduire l'orchestre, Rimski-Korsakov se propose pour le remplacer. « La répétition », comme il l'appela plus tard, se déroule à merveille, et enchante Beliaïev et le public invité.

Enhardi par ce succès, Belaïev et Rimski-Korsakov décident de poursuivre l'expérience, en offrant au public les « Concerts symphoniques russes » en 1886[48], où se jouent des œuvres de compositeurs russes[49], dont notamment Rimski-Korsakov et Glazounov. C'est à ces concerts qu'a lieu la première du concerto pour piano et orchestre du maître, accompagné par le poème symphonique Stenka Razine de Glazounov[50]. Le nombre de pièces symphoniques présentées va croissant, et il devient difficile de placer des œuvres de la Société de musique russe (dont Anton Rubinstein est membre), ou autre organisations, composant des pièces pour piano. Rimski-Korsakov dirige la plupart des œuvres du répertoire des Concerts.

Il est temps pour Rimski-Korsakov de dévoiler au monde ses œuvres les plus brillantes. Il compose pour les Concerts : Shéhérazade, le Capriccio espagnol et La Grande Pâque russe[47], et termine d'orchestrer la Nuit sur le Mont Chauve de Moussorgski. Il réalise que ces œuvres l'extirpent totalement des influences destructrices du contrepoint, pour se tourner vers des développements figuratifs et virtuoses[51], qui deviennent sa spécialité. Ce sont d'ailleurs aujourd'hui les œuvres les plus diffusées et applaudies du compositeur, tant pour leur originalité et leur orchestration impeccable et novatrice, que pour leurs thèmes fantastiques et leur puissance évocatrice.

Dernières années

Nikolaï A. Rimski-Korsakov

En 1892, le compositeur souffre d'un second manque d'inspiration. Cela est principalement dû à la fatigue physique et psychique, causée par la neurasthénie, le fait que sa femme et son fils tombent malades de la diphtérie, la mort de sa mère, et la mort de son avant-dernier fils. Il arrête de participer aux Concerts, et à la Chapelle. Il songe également à abandonner la musique définitivement[52].

Ironie du sort, c'est une autre mort qui lui confère un nouvel élan artistique : celle de Tchaikovski, en 1893. Elle lui donne la possibilité, d'une part de composer pour le Théâtre impérial, et de reprendre le thème de l'opéra inachevé de Tchaïkovski, basé sur la Veille de Noël de Gogol. Ce nouvel opéra, La Veille de Noël, remporte un franc succès et fait renaître le potentiel de Rimski-Korsakov. Il se met alors à composer des opéras, au rythme d'un tous les dix-huit mois. Ce qui fait un total de onze opéras écrits entre 1893 et 1908. Il commence également, mais abandonne, un nouveau traité d'orchestration (son second). Il tente d'y mettre la dernière main dans les quatre dernières années de sa vie, mais l'ouvrage restera inachevé. Son beau-fils, Maximilian Steinberg, le terminera pour lui en 1912, illustrant les propos du défunt par plus de 300 extraits de ses œuvres. Ce traité exposant les bases de l'orchestration de Rimski-Korsakov, sert alors de référence pour les compositeurs de l'époque, qu'ils soient russes ou occidentaux[53].

En 1899, pour le centenaire de Pouchkine, Rimski-Korsakov écrit la cantate Le Chant d’Oleg le Sage.

Durant la révolution russe de 1905, Rimski-Korsakov apporte son soutien aux étudiants et écrit quelques articles dans les journaux où il critique les actions réactionnaires de la direction du Conservatoire et de la Société musicale russe. En réponse il est licencié du conservatoire. Cet événement provoque l’indignation des milieux intellectuels et musicaux : plusieurs professeurs (y compris Alexandre Glazounov et Anatoli Liadov), ainsi qu'une centaine d'étudiants quittent le conservatoire en signe de protestation. Rimski-Korsakov reçoit des milliers de lettres de soutien. Finalement environ trois cents étudiants quittent le Conservatoire pour montrer leur sympathie envers le maître. En décembre 1905, il est réintégré au Conservatoire. La polémique continue pourtant à la parution de son opéra le Coq d'or, une critique voilée de l'autocratie, de l'impérialisme russe, et de la guerre russo-japonaise. La première n'est donnée qu'en 1909, après la mort du compositeur[54] et dans une version tronquée.

Le « stress » accumulé lors des dernières années amplifie les effets de l'angine de poitrine dont il souffre depuis 1890. Dès 1907, la maladie progresse au point qu'il est incapable de composer. Il meurt dans sa propriété de Lioubensk près de Louga en juin 1908, et est enterré au cimetière Tikhvine. À l'occasion de sa mort, Stravinski, très ému, compose un chant funèbre (Opus 5) pour orchestre à vent.

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