Mémoires posthumes de Brás Cubas

Mémoires posthumes
de Brás Cubas
Image illustrative de l'article Mémoires posthumes de Brás Cubas
Volume dédicacé par l'auteur
à la Fundação Biblioteca Nacional

Auteur Joaquim Maria Machado de Assis
Pays Brésil
Genre roman
Date de parution 1881

Les mémoires Posthumes de Brás Cubas est un roman écrit par Machado de Assis, publié en feuilleton, de mars à décembre 1880, dans le Journal Brésilien, et publié l'année suivante sous forme de livre, par la Tipografia Nacional.

Le livre porte la marque d'un ton caustique et d'un nouveau style dans l'œuvre de Machado de Assis, ainsi que de l'audace et de l'innovation dans le choix des thèmes traités. En confessant adopter la « forme libre » de Laurence Sterne dans son Tristram Shandy (1759-67), ou de Xavier de Maistre, l'auteur, avec les Mémoires Posthumes, en rupture avec la narration linéaire et réaliste des auteurs éminents de l'époque de Flaubert et de Zola, dépeint Rio de Janeiro et son temps en général avec pessimisme, ironie et distanciation — l'un des facteurs qui font considérer cette œuvre comme initiant le réalisme au Brésil [1], [2], [3].

Les mémoires Posthumes de Brás Cubas mettent en scène l' esclavage, les classes sociales, le scientisme et le positivisme de l'époque, et inventent une nouvelle philosophie, qui sera développée davantage, plus tard, dans Quincas Borba (1891) : l'Humanitisme, une satire de la loi du plus fort. Les critiques écrivent qu'avec ce roman, Machado de Assis a anticipé des éléments de Modernisme et de réalisme magique d'auteurs tels que Jorge Luis Borges et Julio Cortázar, et, de fait, certains auteurs l'appellent « le premier récit fantastique du Brésil » [4]. Le livre a influencé des écrivains comme John Barth, Donald Barthelme, et Cyro dos Anjos, et elle est réputée comme l'une des œuvres les plus innovantes de la littérature brésilienne.

Résumé

Le roman est raconté à la première personne : son auteur est Brás Cubas, « un défunt auteur », c'est-à-dire un homme déjà mort et qui entreprend d'écrire son autobiographie. Né dans une famille typique de l' élite carioca du e siècle, il écrit ses mémoires posthumes depuis la tombe, en commençant par une dédicace : « Au ver qui le premier a rongé la viande froide de mon cadavre, je dédie ces mémoires posthumes avec mon souvenir nostalgique » [5]. S'ensuit une adresse «  au Lecteur », où le narrateur lui-même explique le style de son livre, tandis que le premier chapitre, « la Mort de l'Auteur », fait commencer le récit par ses funérailles et la cause de sa mort, une pneumonie contractée au moment où il inventait l'«  emplâtre Brás Cubas », une panacée qui a été sa dernière obsession et qui devait lui garantir la gloire. Dans le Chapitre VII, « Le délire », il raconte les moments qui précèdent sa mort.

Dans Chapitre IX, « Transition », il passe aux souvenirs proprement dits. Brás Cubas commence par décrire l'enfant qu'il était : enfant riche, choyé, et espiègle. surnommé « le petit diable », il peut être parfois très brutal : il raconte ainsi comment il brutalise une esclave, à l'âge de cinq ans, ou comment il se livre à des exercices d'équitation au détriment du jeune esclave Prudêncio, qui lui tient lieu de monture. À dix-sept ans, Brás Cubas tombe amoureux de Marcella, « amie du luxe, de l’argent et des jeunes hommes » [6], prostituée de luxe, un amour qui a duré « quinze mois et onze contos de réis » [7], et qui a failli épuiser la fortune familiale.

Afin d'oublier cette déception amoureuse, Brás est envoyé à Coimbra, où il est diplômé en Droit, après quelques années de bohème, « faisant du romantisme pratique et du libéralisme théorique » [8]. Il rentre à Rio de Janeiro à l'occasion de la mort de la mère ; retiré à la campagne, il a une passade pour Eugenia, « boiteuse de naissance » [9], fille naturelle de Dona Eusébia, amie de la famille. Mais son père entreprend de le faire entrer en politique à travers un mariage, et l'engage à entrer en relations avec Virgília, la fille du directeur Dutra. Cependant, Virgília lui préfère Lobo Neves, également candidat à une carrière politique. À la mort de son père, Brás Cubas entre en conflit avec sa sœur, Sabrina, et son beau-frère Cotrim, à propos de l'héritage.

Peu après son mariage, Virgília retrouve Brás Cubas à un bal, et ils deviennent amants, vivant dans l' adultère la passion qu'ils n'avaient pas éprouvée lorsqu'il n'était question que de fiançailles. Virgília tombe enceinte, mais l'enfant meurt avant la naissance. Pour garder le secret de leur relation amoureuse, Brás Cubas acquiert une petite maison, qu'il confie à la garde de dona Placida, ancienne couturière de Virgilia ; une somme importante (cinq contos de reis) lui permet de s'assurer de la discrétion de dona Placida. Suit alors la rencontre du personnage avec Quincas Borba, un ami d'enfance tombé dans la misère, qui lui vole une montre qu'il lui rendra par la suite et lui fait découvrir son système philosophique : l'Humanitisme.

Recherchant la célébrité, ou simplement une vie moins ennuyeuse, Brás Cubas devient député, tandis que Lobo Neves, nommé président d'une province, part avec Virgília vers le Nord, ce qui met fin à la relation des amants. Sabine trouve une fiancée pour Brás Cubas, Nhã-Loló, une nièce de Cotrim, âgée de 19 ans, mais elle meurt de la fièvre jaune et Brás Cubas devient définitivement célibataire. Il tente de devenir ministre d'État, mais il échoue ; il fonde un journal d' opposition et échoue encore. Quincas Borba donne les premiers signes de démence. Virgilia, déjà vieillie, sollicite son aide pour Dona Placida, qui finit par mourir ; meurent aussi Lobo Neves, Marcela et Quincas Borba. Il rencontre par hasard Eugenia, tombée dans la misère.

Sa dernière tentative pour atteindre la gloire est l'« emplâtre Brás Cubas », un remède qui permettrait de guérir toutes les maladies ; ironiquement, c'est en sortant dans la rue pour s'occuper de son projet, qu'il est mouillé par la pluie et attrape une pneumonie. Virgília, accompagné par son fils, va lui rendre visite et, après un long délire, il meurt, à 64 ans, entouré par quelques membres de la famille. Il est mort, il commence à conter, à partir de la fin, l'histoire de sa vie et écrit les dernières lignes du dernier chapitre :

« Ce dernier chapitre est rempli de négatives. Je n’obtins pas la célébrité que me méritait la découverte de l’emplâtre ; je ne fus ni ministre, ni calife, et j’ignorai les douceurs du mariage. Il est vrai que, comme fiche de consolation, je n’ai pas eu besoin de gagner mon pain à la sueur de mon front. Ma mort fut moins cruelle que celle de Dona Placida, et j’échappai à la demi-démence de Quincas Borba. Quiconque fera cet inventaire trouvera que la balance est égale, et que je sors quitte de la vie. Et ce sera une erreur ; car, sur le mystérieux rivage, il y a un petit solde à mon préjudice : et c’est la dernière négative de ce chapitre de négatives. Je mourus sans laisser d’enfants ; je n’ai transmis à aucun être vivant l’héritage de notre misère. »

— Mémoires Posthumes de Brás Cubas, Chapitre CLX