Les trois semaines

Les trois semaines
image illustrative de l’article Les trois semaines
Juda est en exil, victime de l’oppression et d’une grande servitude ... tous ses persécuteurs l’ont surpris entre les détroits
(Jérémie se lamentant sur la chute de Jérusalem par Rembrandt)
Sources halakhiques
Textes dans la Loi juive relatifs à cet article
BibleLamentations 1:3
MishnaTaanit 4:6-7
Talmud de BabyloneTaanit 28b-29b
Choulhan AroukhOrah Hayim chap. 550-551
Autres références rabbiniquesSefer Maharil, Hilkhot shiva assar bètamouz vètisha beav 2

Les trois semaines (hébreu : שלוש השבועות shalosh hashavouot) ou Yemei bein hametzarim (hébreu : ימי בין המצרים « les jours entre les détroits », d’après Lamentations 1:3) sont une période de deuil public d'institution rabbinique, s'étendant entre deux des quatre jeûnes institués par les prophètes, le 17 tammouz (qui marque la première brèche dans l'enceinte de Jérusalem lors du siège mené par Rome et le 9 av, jour de la destruction des Temples de Jérusalem.

Elles sont marquées par des manifestations croissantes d'affliction, commençant avec l'abstention d'activités plaisantes, dont la tenue de mariages, et culminant avec la restriction de viande et de vin (en-dehors du chabbat).
Elles comportent aussi quelques particularités liturgiques.

Les trois semaines dans les sources juives

Bien que les dates encadrant les trois semaines trouvent leur source dans une prophétie de Zacharie pour les temps messianiques (« le jeûne du quatrième mois, le jeûne du cinquième, le jeûne du septième et le jeûne du dixième se changeront pour la maison de Juda[1] en jours d’allégresse et de joie[2] »), le concept des « trois semaines » est d'origine rabbinique.

En effet, si le jeûne du cinquième mois a bien lieu le 9 (ou le 10) av, celui du quatrième mois était à l'origine observé le 9 tammouz[3] et c'est à la suite de la destruction du Second Temple qu'il est institué le 17 tammouz[4].

La Mishna, dont la rédaction s'achève vers 200 EC, n'évoque pas les trois semaines ; tout au plus stipule-t-elle de diminuer les manifestations de joie dès le début du mois d’av[5] et interdit de se couper les cheveux ou de laver sa lessive pendant la semaine au cours de laquelle tombe le 9 av ; lors du dernier repas avant ce jeûne, elle prescrit de s'abstenir (ou, selon une autre opinion non retenue, de diminuer) de viande, de vin et de deux plats cuisinés[6].

La référence la plus ancienne aux trois semaines de deuil se trouve dans le Midrash Eikha Rabba (compilé entre les IVe et Ve siècles) qui élabore sur le livre des Lamentations (bien que Saadia Gaon dise avoir trouvé une allusion dans le livre de Daniel[7]) : c'est d'ailleurs du fait de ce commentaire que la période est appelée bein hametzarim[8], nom sous laquelle on la retrouve dans nombre de compilations de coutumes médiévales.
La pratique de lire trois sections spéciales des Livres prophétiques, les tlat depouranouta (« les trois d'affliction »), au cours des chabbatot des yemei bein hametzarim apparaît également dans un ouvrage contemporain, le Pessiqta deRav Kahana.

Les coutumes à adopter en ces jours se développent de façons diverses dans différentes communautés. L'austérité est fortement mise en avant dans le Sefer HaRokeah d' Eleazar de Worms, piétiste rhénan, et dans le Sefer Maharil de Jacob Moelin, également allemand tandis que les coutumes séfarades sont généralement plus souples, sauf à la suite de persécutions. Elles sont consignées par Joseph Caro dans son Choulhan Aroukh, que le Rem"a annote de coutumes ashkénazes, tirées des Minhaggim d'Isaac Tyrnau.

Dans d'autres langues
español: Ben Hametzarim
македонски: Тринеделница
русский: Трёхнеделье