Joseph Fouché

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Joseph Fouché
Illustration.
Joseph Fouché
Fonctions
Président de la Commission de Gouvernement
MonarqueNapoléon II
GouvernementPremier Empire
LégislatureChambre des représentants
Prédécesseuraucun
SuccesseurCharles-Maurice de Talleyrand-Périgord
Ministre de la Police

(2 mois et 17 jours)
MonarqueLouis XVIII
GouvernementTalleyrand-Périgord
PrédécesseurJean Pelet
SuccesseurÉlie Decazes (Seconde Restauration)

(3 mois et 2 jours)
MonarqueNapoléon Ier
GouvernementCent-Jours
PrédécesseurJules Anglès
SuccesseurJean Pelet

(5 ans, 10 mois et 24 jours)
MonarqueNapoléon Ier
GouvernementPremier Empire
Prédécesseurlui-même
SuccesseurDuc de Rovigo

(3 ans, 3 mois et 5 jours)
MonarqueConsulat
GouvernementConsulat
PrédécesseurClaude Sébastien Bourguignon
Successeurlui-même
Député de Nantes à la Convention
Président du club des Jacobins
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissanceLe Pellerin (Loire-Inférieure)
Date de décès (à 61 ans)
Lieu de décèsTrieste (Autriche-Hongrie)
Nationalitéfrançaise
Parti politiqueGirondin
puis Montagnard
puis Indépendant
ConjointBonne-Jeanne Coiquaud, puis Ernestine-Gabrielle de Castellane-Majastre
ProfessionConventionnel
ReligionCatholicisme puis Athéisme puis Catholicisme

Joseph Fouché
Chefs du gouvernement français

Joseph Fouché, dit Fouché de Nantes, duc d'Otrante, comte Fouché, est un homme politique français, né le au Pellerin près de Nantes et mort le à Trieste. Il est particulièrement connu pour la férocité avec laquelle, durant la Révolution, il réprima l'insurrection lyonnaise en 1793 et pour avoir été ministre de la Police sous le Directoire, le Consulat et l'Empire.

Biographie

Années de jeunesse et de formation (1759-1792)

Il est le fils de Joseph Fouché[1], un capitaine de marine marchande, commandant d'un brick négrier, qui s'est acheté une plantation à Saint-Domingue dans laquelle travaillent des esclaves noirs, et de Marie-Adélaïde Croizet. Son père décède[2] le 10 mars 1771 au retour d'un voyage de traite[3]. Le jeune Fouché envisage de faire la même carrière que son père, mais sa santé fragile l'en empêche.

Il entre au séminaire de l'Oratoire de Nantes où il reçoit les ordres mineurs; les idées répandues chez les Oratoriens sont celles des Lumières, et il en ressort athée[4]. En 1782 il devient professeur de sciences - il est considéré comme un bon professeur[5] - au collège de l'Oratoire de Niort, puis enseigne dans les villes de Saumur, Vendôme, Juilly et Arras en 1788.

C'est à Arras qu'il fait la connaissance de Robespierre à l'académie des Rosati, société littéraire et loge para-maçonnique. Il devient franc-maçon dans la loge Sophie-Madeleine-Reine de Suède d'Arras en 1789[6] et ne quittera jamais la maçonnerie, puisque entre 1805 et 1810 il est membre de la loge Les Citoyens réunis (devenue ensuite Les Cœurs unis) de Melun de 1805 à 1813 il est grand officier d'honneur et grand conservateur de la Grande Loge symbolique générale du Grand Orient de France[7].

Il est préfet des études chez les Oratoriens de Nantes, lorsque éclate la Révolution française. Il en embrasse la cause avec ardeur, est élu député en par la ville de Nantes à la Convention.

Révolution Française (1792-1799)

En mission dans l'Ouest et le Centre

À la Convention, il fait partie du comité de l'instruction publique. Il appartient au parti des Girondins, avant de voter la mort lors du procès de Louis XVI et de basculer vers les bancs des Montagnards.

Fouché est envoyé en mission dans l'Ouest et le Centre, et devient un propagandiste ardent de l'esprit révolutionnaire, organisant la Garde nationale à Nantes, recrutant des volontaires contre les vendéens.

Il effectue une intense entreprise de déchristianisation de la Nièvre. C'est au cours de ses missions dans le Centre et la Bourgogne que se manifesteront certaines dérives : destructions d'églises, croix brisées, pillages de trésors d'églises, autodafés de livres pieux et de vêtements sacerdotaux, etc.

Selon Emmanuel de Waresquiel ces écarts eurent pour conséquence en partie la renaissance catholique de la Restauration et du Second Empire.

Le « mitrailleur de Lyon » (1793-1794)

Sur proposition de Barère, Jean-Marie Collot d'Herbois et Montaut sont nommés par la Convention pour remplacer Dubois-Crancé, qui avait pourtant déjà pris le contrôle de l'insurrection lyonnaise.

Fouché, alors dans la Nièvre, est prié de les y rejoindre le  : « Le salut de la patrie vous appelle à Ville-Affranchie, partez, votre patriotisme nous répond de votre zèle et de la fermeté avec laquelle il faut opérer dans cette ville rebelle. » Et il lui conseille de rapporter discrètement son arrêté ordonnant de verser aux comités de surveillance l'or et l'argent monnayés, manière d'en laisser la destination à sa discrétion[8].

Ainsi Fouché est-il chargé de faire exécuter le décret qui ordonnait la destruction de la ville de Lyon, et il encourage les cruautés qui furent commises alors : à cette occasion, il gagne le surnom de « mitrailleur de Lyon », pour avoir substitué à la guillotine, jugée trop lente, l'exécution de masse des habitants jugés suspects par la mitraille (des canons tiraient sur des groupes de plusieurs dizaines de condamnés). 1 683 Lyonnais sont tués, victimes de la répression de Fouché. Le 2 frimaire (22 novembre), il écrit avec Collot d'Herbois, à la Convention :

« On n'ose pas encore vous demander le rapport de votre premier décret sur l'anéantissement de la ville de Lyon, mais on n'a presque rien fait jusqu'ici pour l'exécuter. Les démolitions sont trop lentes, il faut des moyens plus rapides à l'impatience républicaine. L'explosion de la mine et l'activité dévorante de la flamme peuvent seules exprimer la toute-puissance du peuple. Sa volonté ne peut être arrêtée comme celle des tyrans, elle doit avoir les effets du tonnerre. Signé Collot d'Herbois et Fouché[9]. »

Dans l'exercice de son mandat, Fouché est aussi accusé de dilapidations et de détournements. Ainsi, cet arrêté pris par lui et son collègue Albitte :

« Les représentants du peuple envoyés à Commune affranchie pour y assurer le bonheur du peuple requièrent la commission des séquestres de faire apporter chez eux deux cents bouteilles du meilleur vin qu'ils pourraient trouver, et en outre, cinq cent bouteilles de vin rouge de Bordeaux, première qualité, pour leur table[10]. »

Rappelé à Paris le 7 germinal (), Fouché réintègre la Convention le 17 germinal (8 avril), qui renvoie son rapport au comité de salut public. Il justifie alors la violence de la répression lyonnaise en disant « le sang du crime féconde le sol de la liberté et affermit sa puissance ». Robespierre l'aurait battu froid lors d'une entrevue privée, à en croire les mémoires de Charlotte Robespierre[11], publiés afin de réhabiliter son frère en campant celui-ci comme « doux, compatissant et martyr[12] », quarante ans après les faits.

Par la suite, après le reflux de la Terreur, Fouché cherche à rejeter la faute sur Collot d'Herbois[réf. nécessaire].

Se justifiant devant les Jacobins, il parvient à se faire élire à la présidence du club le 16 prairial (4 juin), en l'absence de Robespierre. Toutefois, quand des délégations de Nevers et du Morvan viennent l'accuser, celui-ci l'attaque ouvertement aux Jacobins. Chassé le 24 prairial (12 juin) des Jacobins sous l'influence de Robespierre, Fouché sait alors, comme il l'écrira dans ses Mémoires, « qu’il avait l’honneur d’être inscrit sur ses tablettes à la colonne des morts ».

Se battant avec énergie pour sauver sa vie, il participe activement au complot qui aboutit à la chute de Robespierre et joue un rôle décisif, au cours de la nuit du 8 au 9 thermidor, dans les négociations avec les chefs de la Plaine, leur promettant la fin de la Terreur pour prix de leur alliance.

De 1795 à 1799

Après le 9-Thermidor, il est marginalisé et même durement attaqué à la Convention le 27 thermidor an III () où Merlino prend sa défense. Il se rapproche de Gracchus Babeuf qui a formé un groupe d'opposition aux Thermidoriens. Menacé après les insurrections du 12 germinal et du 1er prairial an III, il obtient la protection de Barras et bénéficie de l'amnistie de brumaire an IV.

Discrédité, sans emploi, il vit quelque temps d'expédients. Chargé d'une mission dans les Pyrénées-Orientales pour la délimitation des frontières franco-espagnoles, il est employé ensuite par le Directoire dans sa police secrète. Puis il fait des affaires avec les banquiers Ouvrard et Hainguerlot, et obtient, grâce à Réal, une participation dans une compagnie de fournisseurs aux armées.

Représentant du Directoire en République cisalpine – où son comportement, comme à Lyon, Nevers et Moulins, est des plus douteux (enrichissement personnel) – puis en Hollande, il devient ministre de la Police le 2 thermidor an VIII (20 juillet 1799).

Ministre de la police durant le Consulat et l’Empire

Joseph Fouché, duc d'Otrante

Il déploie dans ce poste une grande activité, ainsi qu'une sagacité rare, et rend service à Napoléon Bonaparte lors du coup d'État du 18 brumaire an VIII (), ne prenant aucune mesure contre lui.

En qualité de ministre de la police, il fait arrêter les Directeurs lors du coup d'État du 18 brumaire[réf. nécessaire]. Sans avoir confiance en sa probité, le Premier Consul le maintient dans son poste et il obtient ainsi son portefeuille de ministre, ministère qu'il réorganise, cumulant la direction de la police et celle de la gendarmerie.

Fouché, parvenu de l'empire, se distingue par son cynisme et ses abus de pouvoirs dans la gestion du médiatique enlèvement du sénateur de Ris, dans laquelle il fit condamner deux innocents pour se sauver. Deux gentilshommes royalistes, le marquis de Canchy et le comte de Mauduison sont accusés à tort par Fouché. En effet, Fouché avait, quelques années auparavant, embrassé une fille de force dans une auberge. Canchy et Mauduison, nobles et élégants, avaient sauvé cette jeune femme, couvrant de honte ce Fouché, qui n'était pas encore un parvenu ou ministre à cette époque. La rancœur personnelle que Fouché leur avait conservée, les fit condamner à mort.

Il prouve que l'attentat de la rue Saint-Nicaise (1800) est le fait des royalistes, alors que Bonaparte est persuadé de la culpabilité des républicains jacobins. Décidé néanmoins à donner des gages au Premier Consul, il prépare une liste de cent trente noms de « septembriseurs » que Bonaparte fera déporter[13][réf. insuffisante].

En 1802, alors que Bonaparte cherche à obtenir le pouvoir à vie, Fouché tente de manœuvrer le Sénat contre celui-ci[14]. Inquiet de sa puissance, Bonaparte supprime son ministère le 26 fructidor an X (13 septembre 1802), après des critiques de Talleyrand, son ennemi de toujours, et des frères de Bonaparte. Il conserve un rôle dans l'arrestation de Pichegru, Moreau et du duc d'Enghien.

À titre de compensation, Napoléon lui offre un siège au Sénat conservateur, la Sénatorerie d'Aix et un million deux cent mille francs de gratification.

Il redevient ministre de la police en juillet 1804 et le reste jusqu'en juin 1810. Comte d'Empire en 1808, duc d'Otrante en 1809 pour sa gestion remarquable de l'Empire en l'absence du souverain, il est à nouveau disgracié, pour avoir essayé de soumettre des propos de paix avec l'Angleterre auprès du ministre Arthur Wellesley. Il fomente alors un complot, avec pour complice Talleyrand, pourtant son rival de toujours. Il subit la colère de Napoléon comme Talleyrand en janvier 1809, pour avoir entamé des pourparlers secrets avec la Grande-Bretagne, il est alors disgracié (1810).

Après la campagne de Russie, il est nommé, à la faveur d'un retour en grâce, gouverneur des Provinces illyriennes (Slovénie) en 1813, poste fort difficile. Une fois dans les Provinces, il y montre de la modération, il y plaide pour l'abolition totale du servage, joue pleinement son rôle de gouverneur, en organisant des réceptions pour les notables locaux, et en s'intéressant aux problèmes de la population. Il ne s'enfuit de Laibach (aujourd'hui Ljubljana) que quelques jours avant l'arrivée des Autrichiens, pour continuer à faire croire à la population qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter.

Fouché trahit de nouveau l'empereur avec Joachim Murat en 1814, et se trouve à Paris pour offrir au comte d'Artois (le futur Charles X) la lieutenance générale du royaume après la défaite impériale. Toutefois, il refuse les offres d'emploi de la monarchie rétablie, qui tente alors de le faire arrêter. Soupçonné de comploter avec les républicains durant la première Restauration, il retrouve le ministère de la Police lors des Cent-Jours, tout en ménageant les royalistes.

L'homme-clé des Cent-Jours

Étant à nouveau ministre de la police pendant les Cent-Jours, il manœuvre pour préparer la transition, prévoyant la défaite impériale. Il est alors l'homme clé du gouvernement, l'empereur étant au combat.

Après la défaite de Waterloo, il devient président du gouvernement provisoire et négocie avec les puissances alliées, dont l'Angleterre. Il manipule les républicains et les monarchistes, négocie avec les forces diverses qui déchirent le pays, pour maintenir l'ordre et la continuité de l'État.

Jugeant que la monarchie est le régime qui permettra au mieux à la France de retrouver sa souveraineté, il remet sur le trône Louis XVIII, et, le , il devient son ministre. Une cabale puissante des anciens émigrés est alors déclenchée contre lui. Le roi le nomme, pour l'éloigner, ambassadeur à Dresde.

« Ensuite, je me rendis chez Sa Majesté : introduit dans une des chambres qui précédaient celle du roi, je ne trouvai personne ; je m'assis dans un coin et j'attendis. Tout à coup une porte s'ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché ; la vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du roi et disparaît. Fouché venait jurer foi et hommage à son seigneur ; le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tomber la tête de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr ; l'évêque apostat fut caution du serment. »

— François-René de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe

Fin de vie

Il est frappé par la loi du 12 janvier 1816 pour avoir tout à la fois voté la mort de Louis XVI et accepté une fonction pendant les Cent-Jours. Il est à ce titre exilé en tant que régicide ; il aurait alors éprouvé le besoin de publier une sorte de plaidoyer pro domo justifiant son action politique, mais dans une certaine indifférence en France ; "L'insupportable tombeau du pouvoir, c'est celui-là : être oublié. Le temps vous a mangé" (Jean-François Deniau à propos de la biographie de Fouché par Stephan Zweig, Survivre, 2004).

Il meurt en exil à Trieste en 1820, assisté par le prince Jérôme Bonaparte qui, sous ses ordres et sa surveillance, brûle, durant cinq heures, tous ses papiers, très compromettants pour lui et pour beaucoup ; cet autodafé fit disparaître une partie de l'histoire du Directoire, du Consulat et du Premier Empire.

Le , ses cendres sont transférées au cimetière de Ferrières-en-Brie, en Seine-et-Marne, où il avait acheté un château qui sera plus tard la propriété du baron Guy de Rothschild.

Les papiers personnels de Fouché sont conservés aux Archives nationales sous la cote 187AP[15].

Mémoires de Fouché

On a fait paraître sous son nom en 1824 des Mémoires, d'un certain intérêt sur le plan historique, mais déclarés apocryphes par sa famille qui, protégée par le général Bernadotte, devenu roi de Suède, deviendra suédoise (seul titre ducal non suédois de Suède). Toutefois, à la suite des travaux de Louis Madelin, Michel Vovelle pense que ces Mémoires sont probablement de la main de Fouché[16].

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