Jacques Maritain

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Jacques Maritain
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Tombe de Jacques et Raïssa Maritain.jpg

Vue de la sépulture.

Jacques Maritain, né le à Paris et mort le à Toulouse, est un philosophe français. C'est l'une des figures importantes du thomisme au e siècle.

Agnostique élevé dans le protestantisme, Jacques Maritain se convertit à la foi catholique en 1906 et cette religion a profondément imprégné sa philosophie. Après une phase anti-moderniste, où il était proche de l' Action française, il s'en détacha et finit par accepter la démocratie et la laïcité (Humanisme intégral, 1936). Son œuvre fut liée de près à l'éclosion de la démocratie chrétienne, malgré les réserves de Maritain lui-même à propos de son organisation concrète.

Il fut ambassadeur de France au Vatican de 1945 à 1948. Il est le mari de Raïssa Maritain, poète et philosophe d'origine juive. Les Œuvres complètes de Maritain sont co-signées avec Raïssa.

La philosophie de Maritain embrasse de larges champs de la pensée, cognition, morale, métaphysique, arts et politique.

Sa vie

Jeunesse et conversion

Né à Paris, fils de l'avocat Paul Maritain et de Geneviève Favre, la fille de Jules Favre, il fut élevé dans un milieu républicain et anticlérical. Élève au lycée Henri-IV, il étudia par la suite la chimie, la biologie et la physique à la Sorbonne. Il y rencontra Raïssa Oumançoff (orthographié aussi Oumansoff), immigrée juive d'origine russe, ukrainienne, qu'il devait épouser en 1904. Elle fut toujours associée à sa recherche passionnée de vérité.

Le scientisme alors en vogue à la Sorbonne le déçut assez rapidement ; il ne le considérait pas comme étant capable de répondre à des questions existentielles d'ordre vital. Sur le conseil de Charles Péguy, il suivit avec son épouse les cours d' Henri Bergson au Collège de France. Il passe avec succès l' agrégation de philosophie en 1905 dont il sort sixième [1]. Parallèlement à sa déconstruction du scientisme, Bergson leur communiqua le « sens de l'absolu ». Par la suite, grâce notamment à l'influence de Léon Bloy (qui devient leur parrain de baptême), ils se convertirent tous deux à la foi catholique en 1906.

Ils déménagèrent à Heidelberg en 1907. Maritain y étudia la biologie sous la conduite d' Hans Driesch. La théorie néo-vitaliste de Driesch l'attira car elle s'apparentait aux conceptions de Bergson. Raïssa tomba malade, et durant sa convalescence, leur conseiller spirituel depuis 1908, le frère dominicain Humbert Clérissac [2], leur fit découvrir l'œuvre de Saint Thomas d'Aquin. L'enthousiasme de Raïssa conduisit Jacques à s'y intéresser à son tour. Il trouva chez Saint Thomas la confirmation de nombre d'idées qu'il avait déjà entrevues. S'appuyant déjà sur le thomisme, Maritain s'éloigne alors de Bergson qu'il critique durement en le considérant comme un « poison » incompatible avec le catholicisme dans son premier ouvrage publié fin 1913, La Philosophie bergsonienne : études critiques [3]. Ces études sont qualifiées de « plutôt partiales et forcément fragmentaires » par Georges Van Riet, ayant été publiées bien avant la parution des Deux Sources de la morale et de la religion [4].

Du « Docteur Angélique », il passa bientôt au philosophe dont ce dernier avait christianisé la pensée, Aristote. Il se tourna par la suite vers les ouvrages de la néo-scolastique. En 1912, Maritain commença à enseigner au collège Stanislas, puis à l' Institut catholique de Paris. Intime de l'officier Ernest Psichari, qu'il côtoie souvent à cette époque, en compagnie de Péguy, il est à l'origine de l'entrée dans l'ordre dominicain de celui-là [2].

Soutien à l'Action française

Sa conversion et l'influence du Révérend père (RP) Clérissac l'amenèrent à avoir des contacts avec des milieux proches de l' Action française. Maritain cependant n'a jamais publié une ligne dans le quotidien monarchiste, ni jamais partagé le nationalisme de Maurras, ni son racisme, et a fortiori son antisémitisme, comme l'explique l'ouvrage de Raïssa Maritain Les grandes amitiés (IIe partie, chapitre 6).

Depuis 1911, les lettres qu'il adresse à Charles Maurras témoignent de la communauté de combat où il se trouve contre la république anticléricale [5].

En 1916- 1917, il fit cours au Petit Séminaire de Versailles. En 1917, un groupe d'évêques français chargea Maritain d'écrire une série de manuels destinés à être utilisés dans les universités catholiques et les séminaires. Il vint à bout d'un seul de ces projets (Éléments de Philosophie, 1920). Ce fut alors un des ouvrages de référence dans nombre de séminaires catholiques. En 1933, il devint professeur à l' Institut pontifical d'études médiévales de l' Université de Toronto. Il enseigna également à Columbia, Chicago et Princeton — signe que son influence allait déjà bien au-delà des milieux Action française.

En 1920, il participe, avec Henri Massis et Jacques Bainville, à la fondation de la Revue universelle, dirigeant la rubrique philosophique. Il en est le directeur associé et espère la conversion au catholicisme des dirigeants agnostiques de l'AF. Il rejette alors violemment la modernité et la démocratie libérale (Antimoderne, 1922), telle qu'elle est alors représentée par la IIIe République. Directeur associé de La Revue universelle, il se consacre aux pages philosophiques où il pourra poursuivre son travail en faveur de la renaissance thomiste.

En 1924, Maritain adresse ses Réflexions sur l'intelligence au « grand aristotélicien poète » en signant « son admirateur, son ami" [6].

En 1926, lorsqu'interviennent des mises en garde du Vatican à l'égard de l'Action Française, il s'attache à jouer un rôle de médiateur ; il incite Maurras à faire preuve d'humilité et à se soumettre publiquement : « Dieu aime votre âme et la veut, il emploie pour arriver à ses fins les durs conseils de l’amour [7], [8]. » Maurras, blessé, lui en voudra personnellement. Maritain justifie la position de Rome, notamment en publiant Primauté du spirituel, Pourquoi Rome a parlé (1927) et Clairvoyance de Rome (1929). L’attitude de Maritain est cependant mal reçue des milieux d'Action française, ignorant qu'il agit sur la demande du pape. Maritain pointe alors la difficulté : le « parti de l'ordre » refuse l'autorité spirituelle du pape. Le « retournement » — c'est la thèse de l'Action française — de celui qui avait été aux côtés de Bainville et Massis un pilier de La Revue universelle et un contempteur du "démocratisme", du libéralisme, du modernisme suscita les critiques de Maurras qui lui adresse les paroles adressées aux « traîtres » ; encore en 1951, Maurras dénoncera le « médiocre professeur naturaliste » et « jurisconsulte vaseux » et l'on a dit que la lecture de ces lignes provoqua l’incident cardiaque dont Maritain fut victime en 1954 [9].

Rapprochement avec la démocratie chrétienne

Son influence philosophique et religieuse sur certains jeunes intellectuels proches ou ayant été proches de l'Action française comme ses encouragements aux initiatives d' Emmanuel Mounier et à la création de la revue Esprit vont contribuer, au début des années 1930, à favoriser la naissance du personnalisme des non-conformistes des années 30. Lui-même va être amené à approfondir parallèlement la réflexion politique et sociale qui s'exprime dans Humanisme Intégral ( 1936), en le rapprochant des milieux de la démocratie-chrétienne. Il demeurera cependant très critique à l'égard des partis démocrates-chrétiens, préférant la mise en place d'un mouvement démocrate-chrétien qui transcenderait les seuls partis catholiques [10].

Dans cette œuvre majeure, Maritain entérine les acquis de la Révolution française et du libéralisme, refusant le mélange des sphères temporelle et spirituelle, tout en prônant l'engagement des catholiques dans la vie de la cité, et donc de la politique, non pas par la création de partis confessionnels, catholique, mais en étant inspiré par la religion dans l'action [10], [11].

Le maritainisme en Amérique latine et la démocratie-chrétienne

L'influence du « maritainisme » dans les milieux catholiques va alors devenir mondiale, se cristallisant en Amérique latine avec la création, en 1947, de l' Organisation démocrate-chrétienne d'Amérique (OCDA). Maritain entretenait une correspondance étroite avec l'Amérique latine (plus de 180 correspondants [11]). Selon l'historien Olivier Compagnon,

« Aujourd’hui encore, au Chili, au Venezuela et dans certains pays d’Amérique centrale notamment, la lecture d'Humanisme intégral reste un passage obligé de la formation du militant démocrate-chrétien sommé d’intégrer les préceptes qui ont conduit les catholiques à définir de nouvelles formes d’implication dans la vie de la cité [10]. »

Sa visite en Argentine, en 1937, déclenche une polémique en Amérique latine (Argentine, Chili, Brésil, Équateur…) ainsi qu'au Canada, où Charles De Koninck s'oppose violemment à lui. En Argentine, où une filiale de Desclée de Brouwer diffuse ses idées, l'abbé Julio Meinvielle mène le combat contre le « libéralisme » de Maritain, avec l'appui du cardinal Caggiano, tandis qu'au Chili, la Phalange nationale (social-chrétienne, malgré son nom) est au contraire fortement influencée par sa pensée, le futur président Eduardo Frei Montalva en étant l'un des défenseurs patentés [12]. Influencée par le national-catholicisme, l'Église argentine menace de fermer la revue maritaine Orden cristiano, dirigée par Alberto Duhau [12], tandis qu'au Venezuela, c'est le futur président Rafael Caldera qui introduit sa pensée [12].

Parmi les penseurs influencés par le maritainisme, on peut citer la poète chilienne Gabriela Mistral, l'éditrice argentine Victoria Ocampo, Esther de Cáceres en Uruguay ou le fondateur de la démocratie chrétienne brésilienne, Alceu Amoroso Lima [12].

Maritain influença également les théologiens de la libération, mais ceux-ci finirent par critiquer plusieurs de ses thèses [11].

La Seconde Guerre mondiale et l'après-guerre

Bloqué en Amérique du Nord par la déclaration de guerre, il prend position contre le régime de Vichy. De 1945 à 1948, il est ambassadeur de France auprès du Vatican. Il participe à la fondation, en 1950, du Congrès pour la liberté de la culture, après quoi il retourne à Princeton, où il devient professeur émérite en 1956. Aux États-Unis, il rencontre le sociologue américain Saul Alinsky, fondateur du community organizing. Il entretiendra une très longue correspondance avec lui jusque dans les années 1970.

Après le décès de son épouse en 1960, Jacques Maritain, à partir de 1961, vit chez les Petits Frères de Jésus à Toulouse. Depuis la création de l'ordre en 1933, il y exerce une certaine influence, et devient Petit Frère en 1970.

Il acclame les réformes du président chilien Eduardo Frei Montalva (1964-1970), évoquant cette expérience dans sa correspondance avec Gregorio Peces-Barba, et la qualifiant même de « seule tentative authentique de révolution chrétienne [13]. »

Dans son dernier livre, De l'Église du Christ. La personne de l'Église et son personnel (1970), Maritain a ramassé sa pensée ecclésiologique. Récusant l'effort d'une apologétique intégrale de l'histoire de l'Église, il plaide au contraire pour un « Adieu au Moyen Âge » qui puisse garantir en retour la vérité souvent latente de l'Église à toutes les époques.

Cette ecclésiologie fait donc valoir, à côté du modèle moniste du «  Corps mystique », le modèle différencié de l'«  Épouse du Christ » en vertu duquel s'ouvre l'espace d'un dynamisme eschatologique de l'Église. Occupé d'intégrer et non d'excuser les péchés du « personnel » de l'Église, Maritain propose l'idée d'un transfert du Christ à l'Église de cet office de pénitence dont le « Juste » s'était chargé aux jours de la Pâque : l'« Église Sainte » reçoit de la « sainteté du Seigneur » le devoir solidaire de réparer les fautes de ses membres. Dans cette unité de l'agir ecclésial, Maritain a cru reconnaître la qualité pleine de « Personne » attribuable à l'Épouse.

Il est enterré avec son épouse à Kolbsheim.

Correspondance et amitié avec Paul VI

Après avoir publié Humanisme Intégral (1936), il fut remarqué par Giovanni Batista Montini le futur Paul VI. En effet, ce dernier très intéressé par son travail restera en contact avec Jacques Maritain jusqu'à la fin de sa vie [14].

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