Industrial Workers of the World

Industrial Workers of the World
Cadre
Butabolition du salariat
Zone d’influence

International mais principalement États-Unis, Royaume-Uni, Australie, Canada et Europe Centrale

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Fondation
Fondation27 juin 1905
Fondateurdeux cents délégués
Identité
SiègeChicago
Trésoriers-Secrétaire GénérauxRosa Vargas
MéthodeAction directe
Membres4000
PublicationsSolidaridad
Site webhttp://iww.org/
Une affiche des IWW.

Industrial Workers of the World ou IWW (les adhérents sont aussi appelés plus familièrement les Wobblies) est un syndicat international fondé aux États-Unis en 1905 dont le siège actuel se trouve à Chicago. À son apogée, en 1923, l'organisation comptait environ 100 000 membres actifs[1]. Le nombre de ses adhérents déclina de façon spectaculaire après la scission de 1924, résultat de conflits internes et de la répression gouvernementale. Aujourd'hui, l'organisation milite activement, et compte environ 2 000 membres à travers le monde. L'adhésion aux IWW ne requiert pas de travailler dans une entreprise où existe une représentation syndicale, ni n'exclut l'adhésion à une autre organisation syndicale.

Les IWW ont comme principe fondamental l'unité des travailleurs au sein d'un seul grand syndicat (« One Big Union ») en tant que classe partageant les mêmes intérêts. Elle vise à l'abolition du salariat. Les IWW sont connus pour avoir développé le Wobbly Shop, une forme de démocratie en entreprise, dans laquelle les travailleurs élisent des délégués révocables. Les wobblies ont également mis en application d'autres formes de démocratie ouvrière, comme l'autogestion.

La création des IWW

Les IWW furent fondés au congrès de Chicago en juin 1905 par 200 délégués (socialistes, libertaires, anarchistes et syndicalistes révolutionnaires) venant de tous les États-Unis (principalement de la Western Federation of Miners) et qui s'opposaient à l'orientation syndicale de l'American Federation of Labor, la principale organisation syndicale du pays.

Préparation du congrès de 1905

Les premières démarches vers la construction d'un syndicat furent entreprises dès l'automne 1904 lors d'une conférence informelle qui réunit six leaders du mouvement socialiste et syndical : William Trautmann, George Estes, W. L. Hall, Isaac Cowen, Clarence Smith, et Thomas J. Hagerty. D'autres militants, comme Eugene V. Debs et Charles O. Sherman, coopérèrent avec eux sans être présents à cette réunion. Ils partageaient la même analyse de la situation syndicale. Pour eux, les syndicats existants étaient incapables d'obtenir des avancées sociales significatives pour les travailleurs. Ils considéraient les syndicats comme l’American Federation of Labor trop conservateurs et «aristocratiques». Les autres organisations, plus petites mais plus revendicatives, comme l' American Labor Union, la Western Federation of Miners et la Socialist Trade and Labor Alliance, étaient trop peu efficaces dans leurs négociations avec les employeurs du fait d'un manque de solidarité et de coopération de la classe ouvrière[2].

Les syndicalistes présents à la réunion informelle décidèrent de préparer un meeting plus large pour le 2 janvier 1905 à Chicago auquel furent invitées trente personnes. À cette réunion secrète - connue sous le nom de "la conférence de janvier" - prirent part 23 militants, représentant de manière formelle 9 organisations syndicales. La conférence établit un manifeste dénonçant la forme prise par le mouvement ouvrier américain, en particulier le fait de s'organiser par métier, et elle proposait des projets alternatifs pour une nouvelle forme d'organisation des travailleurs tout en appelant à un congrès pour organiser ce nouveau syndicalisme alternatif. Le congrès se tint également à Chicago le 27 juin. Le manifeste fut signé par tous les présents de la réunion de janvier et il fut adressé à toutes les organisations syndicales en Amérique comme aux syndicats ouvriers européens[3].

Le Congrès de 1905

Le Congrès qui se réunit le 27 juin 1905 à Chicago se présentait comme le « congrès industriel » (Industrial Congress) ou la « Convention du syndicalisme industriel » (Industrial Union Convention) - il serait plus tard renommé Premier Congrès Annuel des IWW. Il est considéré comme un des moments cruciaux de l'histoire du syndicalisme industriel et du mouvement syndical américains. Il réunit 203 syndicalistes révolutionnaires représentant 43 organisations couvrant une large palette de métiers. 70 délégués venant de 23 organisations avaient un mandat les autorisant à incorporer leur organisation dans le syndicat qui devait être fondé lors du congrès. 72 autres délégués provenant de 20 organisations étaient seulement présents pour prendre des notes sur le déroulement du congrès et en rendre compte à leur organisation. Les 61 derniers délégués ne représentaient aucune organisation. Seuls les délégués ayant le mandat d'incorporer leur organisation aux IWW obtinrent un droit de vote proportionnel au nombre de membres de leur organisation - les autres délégués disposaient seulement d'un vote chacun[4].

Des syndicats ouvriers représentés au congrès, 16 étaient alors affiliés à l'AFL. Ceux-ci, cependant, n'étaient pour la plupart que des syndicats locaux comptant peu d'adhérents. Seules cinq de ces organisations affiliées à l’AFL étaient représentées par des délégués ayant mandat de rejoindre le nouveau syndicat. Aussi ces syndicats ne jouèrent qu'un rôle mineur lors du congrès[5].

Les 23 organisations ouvrières qui envoyèrent un délégué mandaté pour se joindre aux IWW comptaient un total de 51 430 membres. Le nombre total des adhérents des 20 autres organisations se montait à 91 500 membres. Ainsi un tiers des adhérents représentés au congrès détenait presque tous les droits de vote. Sur les 51 000 droits de vote rassemblés par les organisations prêtes à construire le syndicat, 48 000 se répartissaient entre cinq organisations : la Western Federation of Miners (27 000 adhérents), l' American Labor Union (16 750 adhérents), les United Metal Workers (3 000 adhérents), les United Brotherhood of Railway Employees (2 087 adhérents), et la Socialist Trade and Labor Alliance (1 450 adhérents). À elles seules, ces organisations détenaient ainsi presque tous les pouvoirs au sein du congrès[6].

Les premiers organisateurs des IWW incluaient Big Bill Haywood, Daniel De Leon, Eugene V. Debs, Thomas J Hagerty, Lucy Parsons, Mary Harris Jones (plus connue sous le nom de Mother Jones), William Trautmann, Vincent Saint John, Ralph Chaplin.

Le syndicat avait comme objectif d'organiser la solidarité ouvrière et la lutte révolutionnaire pour renverser la classe patronale ; sa devise était « An injury to one is an injury to all » (une attaque contre l'un d'entre nous est une attaque contre nous tous) qui faisait écho à l'idéal des Knights of Labor au XIXe siècle, « an injury to one is the concern of all » (une attaque contre l'un d'entre nous est l'affaire de tous). Les IWW furent créés en raison de la conviction de beaucoup de syndicalistes, socialistes, anarchistes et militants radicalisés que l' American Federation of Labor (AFL) avait complètement échoué dans sa tâche d'organiser la classe ouvrière américaine, puisque seulement 5 % environ de tous les travailleurs appartenaient à un syndicat en 1905.

Le préambule de la Constitution des IWW déclare : La classe ouvrière et la classe patronale n'ont rien en commun. Il ne peut y avoir de paix tant que la faim et le besoin touchent des millions de travailleurs et que les quelques privilégiés, qui forment la classe patronale, jouissent de toutes les bonnes choses de la vie. La lutte entre ces deux classes doit se poursuivre jusqu'à ce que les travailleurs du monde, en tant que classe, prennent possession des moyens de production, abolissent le salariat, et vivent en harmonie avec la Terre... En lieu et place du slogan conservateur, « Un salaire journalier honnête pour une journée de travail honnête », nous devons inscrire sur notre bannière le slogan révolutionnaire, « Abolition du salariat ». C’est la mission historique de la classe laborieuse d'en finir avec le capitalisme[7].

Les Wobblies se différenciaient des autres syndicats de l'époque par leur promotion du «  syndicalisme industriel » (industrial unionism), organisé par industrie, sans égard pour le type de métier ou la qualification, qui s'opposait au syndicalisme professionnel de l'American Federation of Labor, où le syndicalisme était organisé par type de métier. Ils soulignaient l'importance de l'organisation partant de la base, qu'ils opposaient au système de délégation de pouvoir à des dirigeants syndicaux, qui se chargeaient ensuite de la négociation avec les patrons au nom des salariés. Ceci se manifesta dès le début dans le refus constant des IWW de signer des accords qui pourraient restreindre le seul véritable pouvoir aux mains des travailleurs : le droit de grève. Bien que cette idée ne fût jamais développée en détail, ils envisageaient la grève générale comme le moyen de mettre à bas le système du salariat, pour inaugurer un nouvel ordre économique qui placerait l'individu au-dessus du profit, et la coopération avant la compétition.

Une des contributions majeures des IWW au mouvement ouvrier, et une vigoureuse impulsion vers la justice sociale, fut d'accepter dès sa création, à la différence des autres syndicats américains, tous les travailleurs, y compris les femmes, les immigrés et les Afro-Américains. En effet, beaucoup de ses premiers adhérents étaient des immigrés et certains comme Carlo Tresca, Joe Hill et Mary Jones atteignirent une certaine importance dans sa direction. Les Finlandais formaient une part non négligeable des adhérents immigrés des IWW. « Le nombre des adhérents finlandais aux IWW est évalué alors entre cinq et dix mille membres »[8]. L’ Industrialist est rédigé en finnois, il est publié à Duluth et constitue le seul quotidien du syndicat. À son apogée, il tire à plus de 10 000 exemplaires chaque jour. Une autre publication en finnois, mensuelle, était le Tie Vapauteen (« Route de la liberté »). Il existait également un centre d'éducation finlandais, le Work People's College toujours à Duluth, et le Finnish Labour Temple à Thunder Bay, qui servit par ailleurs de siège aux IWW canadiens.

Les IWW furent dénoncés par les politiciens et la presse comme une menace à l'économie de marché, et comme une tentative pour monopoliser la main d'œuvre, à une époque où les monopoles industriels étaient combattus comme des entraves aux lois du marché. Les propriétaires d'usines employèrent des moyens non-violents (envoyant des membres de l'Armée du salut perturber les orateurs) et violents pour interrompre leurs réunions. Les membres IWW furent souvent arrêtés, et quelquefois assassinés, à la suite de ces prises de paroles publiques[réf. nécessaire], mais ces persécutions ne firent qu'aviver le militantisme.

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