Hypertexte

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Un hypertexte est un document ou un ensemble de documents contenant des unités d'information liées entre elles par des hyperliens. Ce système permet à l'utilisateur d'aller directement à l'unité qui l'intéresse, à son gré, d'une façon non linéaire. Le terme, créé en 1965 par Ted Nelson, désigne, dans les premières années, un champ de recherche d'orientation littéraire fonctionnant sur un système fermé. En parallèle, les grandes industries commencent à définir un langage de balisage standardisé (GML / SGML) afin de gérer leurs documents sur un ordinateur central. C'est cette technologie que retiendra Tim Berners-Lee pour relier entre elles les ressources de l'Internet dans le World Wide Web.

Étymologiquement, le préfixe « hyper » suivi de la base « texte » renvoie au dépassement des contraintes de la linéarité du texte écrit. Lorsque les unités d'information ne sont pas uniquement textuelles, mais aussi audiovisuelles, on peut parler de système et de documents hypermédias.

Le terme « hypertexte » est polysémique. Dans les années 1990, lorsque ce terme était peu répandu dans son sens informatique, les dictionnaires lui donnaient le sens du néologisme créé par Gérard Genette pour la théorie littéraire : « texte littéraire dérivé par rapport à un autre qui lui est antérieur et lui sert de modèle ou de source, d'où des phénomènes de réécriture possibles comme le pastiche ou la parodie »[1]. Pour représenter cette idée de liens entre les textes, Genette cite «Pierre Ménard, auteur de Don Quichotte» de Borges, ou l'Ulysse de Joyce. Certains critiques, particulièrement dans le milieu anglo-saxon, n'hésitent pas à compter Borges comme un des précurseurs de l'hypertextualité[2].

Précurseurs

Si le terme « hypertexte » est assez récent, l'idée qu'il recouvre est toutefois fort ancienne et certains estiment qu'il « était déjà en germe dans divers développements apparus au cours de l'histoire de l'écriture »[3]. Dès le XIIe siècle apparaissent des ouvrages dotés d'un index permettant au lecteur de sauter directement à la section qui l'intéresse, sans devoir suivre un cheminement linéaire. Dès le XVe siècle, les notes infrapaginales se multiplient dans les ouvrages scientifiques afin de donner, à la personne qui le souhaite, des informations supplémentaires, sans rompre le fil du texte principal. Le système des renvois sera poussé encore plus loin avec l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert, afin de réaliser leur projet d'« enchaînement des connaissances », préfigurant dans une certaine mesure Wikipédia[4]. L'hypertexte a d'ailleurs parfois été décrit comme « un système généralisé d’appel de notes »[5]. Des textes littéraires antérieurs à la littérature numérique, tels que Feu pâle de Vladimir Nabokov ou Marelle de Julio Cortázar, sont considérés comme des précurseurs de l'hypertexte, dans ce sens que les renvois internes appellent à une lecture non linéraire. Les livres-jeux (livres dont vous êtes le héros), peuvent aussi être considérés comme des exemples d'hypertextualité non numérique.

Vannevar Bush et le Memex

Vannevar Bush en 1940.

La première description du concept est probablement due à Vannevar Bush. Dans un article de 1945 où il s'interroge sur les moyens de faciliter le travail des chercheurs dans le domaine scientifique[6], il décrit un bureau électromécanique futuriste appelé Memex pour (MEMory EXtender). Ce bureau contient une unité de mémoire dans laquelle il est possible d'emmagasiner sous forme de microfilms des milliers de livres, revues et journaux. La surface du bureau contiendrait des écrans sur lesquels s'afficheraient les microfilms et un clavier permettant d'accéder à un index de sorte que la consultation de la bibliothèque serait extrêmement souple et rapide[7].

Le Memex est toutefois bien davantage qu'une bibliothèque automatique, car il offre aussi la possibilité à son utilisateur d'ajouter constamment de nouvelles données grâce à un appareil photo intégré, d'associer entre elles des données stockées dans la bibliothèque et d'enregistrer toute recherche effectuée. Cela revient à envisager des hyperliens et des cheminements personnalisés. Même si Bush n'utilise pas le terme d'hyperlien ni celui d'hypertexte, il envisage une réalité du même ordre, une machine comme le Memex devant constituer pour son utilisateur « un important supplément intime à sa mémoire »[8]. Grâce à ce système, prédit Bush, « des formes entièrement nouvelles d'encyclopédies vont faire leur apparition, déjà équipées d'un réseau d'associations au travers de leurs articles[6]. » Et il conclut : « La technologie peut ainsi améliorer les façons dont l’homme produit, enregistre et consulte le savoir[6]. »

Cette conception de la lecture savante tend à se répercuter sur la conception du texte, même si ce dernier n'est pas orienté vers la recherche, ainsi que le note Vandendorpe : « La structure du texte tend dès lors à prendre pour modèle le cheminement du lecteur[9]. »

L'idée de regrouper une vaste collection de documents sur microfilm était dans la continuité des recherches documentaires. Le microfilm a été utilisé à des fins de stockage de l'information dès 1910, mais seulement sous une forme réduite (Chaumier 1971). À cette date, Paul Otlet avait d'ailleurs envisagé de l'utiliser pour créer une Bibliophoto et « un télescope électrique, permettant de lire de chez soi des livres exposés dans la salle teleg des grandes bibliothèques, aux pages demandées d’avance[10]. » Le spécialiste belge de la science bibliographique est ainsi considéré comme un des précurseurs d'Internet et son travail constitue selon les historiens « une part importante et négligée de l'histoire des sciences de l'information »[11].

Ted Nelson et Xanadu

Ted Nelson.

Le terme hypertext est inventé en 1965 par Ted Nelson : « Let me introduce the word 'hypertext' to mean a body of written or pictorial material interconnected in such a complex way that it could not conveniently be presented or represented on paper »[12].

Ce dernier appelle hypertexte un réseau constitué par un ensemble de documents numériques de type littéraire (originaux, citations, annotations) liés entre eux. La principale propriété de l'hypertexte est de ne pas être séquentiel (ou linéaire), par opposition à un discours ou aux pages d'un livre. Il s'agit aussi pour lui d'un « concept unifié d’idées et de données interconnectées, et de la façon dont ces idées et ces données peuvent être éditées sur un écran d’ordinateur »[13]. Il décrit sa conception en détail dans son ouvrage Computer Lib/Dream machines (1974), qui sera réédité en format hypertexte grâce au logiciel Guide en 1987.

Il est aussi le créateur du projet Xanadu, système hypertexte global, resté à l'état de prototype, qui devrait idéalement servir de dépôt à la littérature du monde entier et permettre la consultation des documents déposés moyennant un système de micropaiements couvrant les droits d'auteur.

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