Hymne national de la Colombie

Wikipédia:Bons articles Vous lisez un « bon article ».
Himno Nacional de la República de Colombia (es)
Hymne national de la République de Colombie
image illustrative de l’article Hymne national de la Colombie
Partition de l'hymne national de la Colombie

Hymne national deDrapeau de la Colombie Colombie
ParolesRafael Núñez
1887
MusiqueOreste Síndici
1887
Adopté en1920
Fichier audio
Hymne national de la Colombie (Instrumentale)

L'hymne national de la Colombie (Himno Nacional de la República de Colombia) est le chant patriotique de la Colombie, en Amérique du Sud.

Ses paroles, qui proviennent du poème « Himno Patriótico » (« Hymne Patriotique ») composé par le président Rafael Núñez, furent écrites comme une ode célébrant l'indépendance de Carthagène. Par la suite, la musique fut composée par l'italien Oreste Síndici à la demande de l'acteur José Domingo Torres lors de la présidence de Rafael Núñez.

La composition musicale fut présentée pour la première fois au public le dans un petit théâtre situé dans l'ancienne école publique de la Cathédrale de Bogota. La chanson, devenue très rapidement populaire, fut adoptée spontanément comme hymne national de la Colombie. La loi numéro 33 du , ratifiée par le président Marco Fidel Suárez, lui conféra son statut officiel.

Historique

Recherche d'un hymne national

En 1819, les quadrilles « La vencedora » (« Le vainqueur ») et « La libertadora » (« La libération ») furent interprétées pour célébrer le triomphe de l'armée patriotique lors de la bataille de Boyacá[1]. Après l'indépendance de la Colombie et la dissolution de la Grande Colombie, de nombreuses chansons furent écrites en l'honneur du libérateur Simón Bolívar.

Le , lorsque l'Espagnol Francisco Villalba arriva en Colombie avec une troupe de théâtre, il composa un chant patriotique en l'honneur de la République de Nouvelle-Grenade[2]. La chanson devint très populaire et fut considérée dans un premier temps comme le premier hymne patriotique de Colombie[3]. Le refrain de ce chant est :

« Gloria eterna a la Nueva Granada,
que formando una nueva nación,
hoy levanta ya el templo sagrado
de las leyes, la paz y la unión.
 »

« Gloire éternelle à la nouvelle Grenade,
qui forme une nouvelle nation,
aujourd'hui se lève le temple sacré
des lois, de la paix et de l'union. »

En 1847, le compositeur et peintre anglais Henry Price (es), fondateur de la Sociedad Filarmónica, intégra à sa musique des vers écrits par Santiago Pérez de Manosalbas. Il écrivit un hymne qu'il appela « Chant national » et qui fut bien accueilli, notamment en raison de sa simplicité[4]. Henry Price était le père de Jorge Wilson Price qui, après avoir vécu à New York, était retourné à Bogota en 1855 où il se consacra à la composition et où il fonda l'Académie nationale de musique de Colombie[5]. En 1882, il invita le jeune compositeur italien Oreste Síndici à rejoindre l'Académie en tant que conseiller et professeur. En 1910, l'Académie Nationale de Musique devint le Conservatoire National de Colombie[3].

En 1849, José Caicedo Rojas écrivit un poème sur lequel José Joaquín Guarín composa une mélodie. L'hymne reçut le nom de « Oda al 20 de julio » (« Ode au 20 juillet »). Il fut instrumentalisé en mi bémol pour quatre voix et un orchestre[6]. Sa première exécution publique eut lieu au Musée d'art colonial de Bogota, mais le public fut rebuté par la complexité de l'œuvre[4]. En 1883, le violoniste hollandais Carlos Von Oecken mit en musique un poème composé par Lino de Pombo en 1852[6].

Le décret numéro 256 du valida l'organisation d'un concours pour donner un hymne national à la Colombie. Le jury était composé de l'homme politique José María Quijano, du poète Rafael Pombo et du musicien Carlos Schloss. Selon les articles publiés dans divers journaux de l'époque, aucun des hymnes joués n'aurait suscité l'enthousiasme des jurés, entraînant même l'annulation du concours[7].

Le , le gouvernement de l'État souverain du Cundinamarca organisa un nouveau concours pour déterminer un hymne célébrant le centenaire de la naissance de Simón Bolívar. Le premier prix fut remporté par Daniel Figueroa qui composa une chanson avec les paroles de plusieurs poèmes. Il en donna la première sur la Plaza de Bolívar interprété par un chœur de deux mille enfants[6]. Le second prix fut remporté par Cayetano Fajardo. Cependant, le jury considéra qu'aucun des chants des deux lauréats ne pouvait être qualifié d'hymne national mais seulement de chants patriotiques[8].

Création de l'hymne national

En 1887, le directeur de théâtre José Domingo Torres — habitué à animer des fêtes patriotiques — contacta le maître italien Oreste Síndici pour lui commander une chanson sur la célébration de l'indépendance de Carthagène[9]. Plus précisément, il lui demanda de mettre en musique le poème « Himno Patriótico » (« Hymne Patriotique ») écrit par le président de la République Rafael Núñez en l'honneur de cette ville[10]. Ce poème avait été composé pour être lu publiquement lors de la célébration du avant d'être publié dans le journal La Democracia alors que Núñez était secrétaire du gouvernement de cette province[10]. Après cette première publication, le poème fut adapté, amélioré et publié par l'auteur dans les numéros 3 et 4 de la revue Hebdomadaria de juillet 1883[11]. Une composition musicale sur le même poème fut réalisée par les maîtres Delgado et Fortich à la demande de José Domingo Torres et interprétée sur la Plaza de Bolívar le . Cette nouvelle composition ne reçut cependant pas un accueil favorable du public[10].

Dans un premier temps, Oreste Síndici refusa d'écrire la chanson, malgré l'insistance de Torres. Il se laissa finalement convaincre par sa femme, Justina Jannaut[12]. Au préalable, Síndici exigea de José Domingo Torres de retrouver l'auteur du poème pour qu'il puisse adapter les vers à la mélodie et donner une connotation nationaliste au texte[13].

Par la suite, Síndici se retira dans son hacienda El Prado située à Nilo (Cundinamarca). Il y composa l'hymne, emportant avec lui un harmonium Dolt Graziano Tubi. La partition originale est en mi bémol majeur, à quatre temps (dit tempo di marcia) et se trouve actuellement au Musée national de Colombie. Un premier aperçu de la mélodie fut exécuté sous un tamarinier dans le parc principal de la municipalité de Cundinamarca le , après la messe dominicale[14].

Diffusion et adoption de l'hymne national

L'hymne national fut présenté pour la première fois au public le lors des festivités célébrant l'indépendance de Carthagène, par un chœur d'enfants élèves d'Oreste Síndici venus de trois écoles primaires[15]. Cette première interprétation de l'hymne fut effectuée au Teatro de Variedades, le théâtre de variétés de l'école publique de Santa Clara[16], situé sur l'actuelle huitième avenue, sur le terrain vague de l'église de Santa Clara contigu au Couvent et à l'Observatoire astronomique, dans le district de la cathédrale de Bogotá[15]. À l'issue de la représentation, l'hymne fut applaudi à tout rompre par le public présent dans les tribunes du théâtre. Les historiens ayant assisté à cet évènement rapportèrent que les invités quittèrent la salle en fredonnant la chanson[15]. Ces festivités furent également l'occasion de la pose de la première pierre du Théâtre municipal de Bogotá[17] qui fut inauguré en 1890 et qui fonctionna jusqu'à sa démolition et son déménagement au Théâtre Jorge Eliécer Gaitán, en 1952[18],[19].

Himno patriótico

Les paroles de l'hymne national de la Colombie sont fondées sur l'hymne patriotique originellement publié par Rafael Núñez le [13],[20] :

Del Once de Noviembre
Mañana brilla el sol
Salud al gran suceso
De nuestra redención.

Cayeron las cadenas
La libertad sublime
Derrama en todo el orbe
Su bendecida luz.

La humanidad entera
Esclavizada gime
Comprende las doctrinas
Del que murió en la cruz.

¡Independencia! grita
El pueblo americano
Aniéganse en su sangre
Los hijos de Colón;

Pero este gran principio:
"El pueblo es soberano"
Resuena más vibrante
Que el eco del cañón.

Lorsque le président Rafael Núñez fut avisé de l'impact de la mélodie auprès du public, il invita Oreste Síndici à présenter officiellement son hymne. Le ministre du gouvernement Felipe Fermín Paul organisa une présentation de l'hymne le à 21 heures dans la salle des Gradés du Palais de San Carlos, située aujourd'hui dans le Musée d'art colonial. L'hymne fut chanté par un chœur de 25 voix en présence des principales autorités civiles, ecclésiastiques et militaires du pays[12]. L'invitation à la cérémonie de présentation mentionna que le chant était « l'hymne national »[12]. Celui-ci devint très rapidement célèbre et des éditions en furent publiées dans tout le pays.

En 1890, l'hymne fut interprété à Rome, Mexico, Lima, Caracas et Curaçao. Les studios de Columbia Records à New York enregistrèrent la première version phonographique en 1910, interprétée par le groupe La Lira Antioqueña[21] lors du premier anniversaire de la indépendance de la Colombie[22].

Diverses publications — un essai de Manuel María Fajardo de 1908, un abécédaire patriotique de Camilo Villegas de 1911, un recueil de poésies choisies de Lisímaco Palau de 1912 et un livre de cantiques d'Ernesto Murillo de 1917[23] — élevèrent au rang d'hymne national de la Colombie le chant d'Oreste Síndici, précédant de plusieurs années l'adoption officielle de ce statut par la Chambre des représentants. Les paroles et la partition de la chanson furent scellées le dans l'« urna centenaria » (l'« urne centenaire ») ouverte le au cours de la célébration du bicentenaire de la Colombie[24]. L'urne contenait des documents et des publications faisant référence aux festivités du premier centenaire de l'indépendance de la Colombie en 1810[25].

Le représentant à la Chambre du département de Nariño, Sergio Burbano, présenta un projet de loi le sur l'adoption de l'hymne national. Le projet fut approuvé lors du débat de la commission d'instruction publique puis durant la séance plénière du Congrès de la République qui officialisa ce chant par la loi numéro 33 du , ratifiée par le président Marco Fidel Suárez[26]. De plus, cette loi demanda une expertise afin de reconnaître les droits d'auteur aux héritiers d'Oreste Síndici[26].

Au cours du conflit frontalier avec le Pérou (1932-1934), les soldats défendant la souveraineté nationale entonnèrent un refrain lorsque les trompettes sonnèrent la charge. Cette strophe transitoire est :

« Hoy que la madre patria se halla herida
Hoy que debemos todos combatir, combatir.
Demos por ella nuestra vida
Que morir por la patria no es morir, es vivir.
 »

« Aujourd'hui, la mère patrie a été blessée
Aujourd'hui nous devons tous combattre, combattre.
Donnons pour elle notre vie
Mourir pour la patrie n'est pas mourir, c'est vivre. »

Selon l'historien José Antonio Amaya, cette introduction était enseignée aux élèves des écoles primaires depuis les années 1930, et jusque dans les années 1950[27].

Au fil des ans, différentes versions de l'hymne firent leur apparition. Le ministère de l'Éducation nationale désigna en 1946 une commission composée d'experts afin d'unifier les couplets pouvant être admis et ajoutés à l'hymne, à la suite de quoi le gouvernement publia le décret exécutif numéro 1963 du . Celui-ci signala que les partitions officielles et les transcriptions pour un orchestre symphonique de l'hymne réalisées par le musicien José Rozo Contreras en 1933 étaient les plus fidèles aux écrits originaux d'Oreste Síndici[28]. Depuis, c'est cette version qui a été officiellement adoptée[12]. Pendant le gouvernement de Belisario Betancur Cuartas, les habitants de l'archipel de San Andrés, Providencia et Santa Catalina furent autorisés à chanter une version de l'hymne en anglais et les populations autochtones pouvaient l'entonner dans leur propre langue[29].

Le décret numéro 3558 du approuva le « Règlement du service de garnison ». C'est la première norme protocolaire qui fixa les occasions où l'hymne devait être chanté[30]. La loi numéro 12 du ratifia dans son article numéro 4 l'usage de l'hymne national de Colombie[31]. La loi numéro 198 du sur les symboles nationaux, rendit obligatoire la diffusion de l'hymne sur toutes les radios et télévisions du pays à 6 h 00 et à 18 h 00[note 1], ainsi que lors des interventions publiques du Président et autres manifestations officielles[32].

Dans d'autres langues
беларуская: Гімн Калумбіі
Ελληνικά: Oh gloria inmarcesible
Bahasa Indonesia: Lagu kebangsaan Kolombia
українська: Гімн Колумбії