Hominisation

L'hominisation est le processus qui a progressivement transformé une lignée de primates en humains. Ce processus évolutif a concerné la lignée des Hominidés, à partir de la divergence entre le dernier ancêtre commun des grands singes et les Hommes, il y a plus de 6 millions d'années. L'étude de l'hominisation repose sur tous les changements structuraux et comportementaux qui ont eu lieu dans la lignée des hominidés qui a conduit ensuite à l'homme anatomiquement moderne ou Homo sapiens [1].

Le terme « hominisation » et la notion à laquelle il renvoie ont été utilisés pour la première fois par Édouard Le Roy dans Les origines humaines et l'évolution de l'intelligence, publication d'un cours présenté au Collège de France entre 1927 et 1928. Cependant, le terme était déjà employé dans un texte écrit par Pierre Teilhard de Chardin en 1923 mais demeuré inédit.

L'hominisation aux XIXe et XXe siècles

Les premiers scénarios évolutifs

Les premiers scénarios évolutifs ont été proposés vers la moitié du XIXe siècle. Ils avaient pour but de mettre en scène l'histoire biologique d'un taxon : son origine, son développement et son extinction ultime. C'est pour des raisons historiques et philosophiques que la plupart des scénarios évolutifs ont tenté de décrire les différences entre l'homme et les grands singes africains. Pourtant, à cette époque, les preuves les plus tangibles concernant l'évolution humaine, telles que les fossiles d'Hominidés, faisaient défauts ainsi que les connaissances sur les mutations qui étaient restreintes voire absentes [2]. Les quelques restes humains découverts à cette époque, notamment ceux de l' homme de Néandertal du site éponyme, étaient soit jugés comme appartenant aux ancêtres de l'homme, comme ils le sont aujourd'hui, soit appartenant à des individus atteints d'une quelconque maladie [3].

La comparaison de l'homme avec les grands singes africains fut choisie plus par raisons de politique coloniale que par intuition scientifique. La connaissance de ces grands singes était significative à cette époque car les grandes puissances coloniales et intellectuelles qu'étaient la France et l'Angleterre possédaient des territoires africains où ces grands singes étaient particulièrement abondants. Par ailleurs, la découverte de l' Homo erectus amena Adolf Schultz à mettre en évidence l'antériorité phylogénétique des grands singes, soit un important fondement scientifique encore utilisé aujourd'hui. Cependant, ce fondement scientifique établi dans un contexte de colonialisme africain, n'était jusqu'alors considéré comme une prédiction nationaliste.

Le scénario évolutif de Charles Darwin

Au milieu du XIXe siècle, l'unique comparaison possible et pertinente à l'étude de l'hominisation était celle entre les grands singes africains et les hommes modernes. Les différences que l'on croyait spécifiques à l'homme étaient alors les petites canines, une posture bipède, un cerveau bien développé et de volume élevé, une dépendance envers les outils.

Pour expliquer ces différences, Charles Darwin se propose d'établir un scénario évolutif. Il explique ainsi l'évolution humaine, à l'aide de processus évolutifs d'ordre mécaniste, les pressions sélectives décrites dans une des théories de Darwin (la sélection naturelle). Ces pressions qui se sont alors exercées, au cours du temps, sont le résultat de variations climatiques, de la répartition et de la disponibilité des aliments, du stress lié aux maladies ou même de la prédation s'exerçant dans le milieu. Ainsi, l'évolution morphologique et comportementale de deux taxons biologiques, depuis les grands singes africains jusqu'à l'homme d'aujourd'hui, est due à l'exercice de ces pressions sélectives, selon Darwin.

Darwin construit alors son scénario évolutif représenté par de grands singes marchant au sol et soumis à de nombreuses pressions sélectives, parmi lesquelles on retrouve la prédation. Ainsi, selon Darwin, les grands singes se seraient retrouvés sans défense, au cours de l'évolution lorsqu'ils se trouvaient face à de redoutables prédateurs carnivores. La sélection naturelle serait alors intervenue : cette situation entraînerait la sélection d'individus capables de fabriquer des outils afin de se protéger et de se défendre de la prédation. Une autre sélection interviendrait également, auprès des individus développant des stratégies afin de transporter leurs outils, qui seraient à leur disposition, à chaque fois qu'un prédateur serait à proximité. Pour accomplir cela, les grands singes sélectionnés positivement libéreraient leurs mains de leur rôle locomoteur, pour fabriquer leurs outils. La bipédie serait alors apparue car les mains étaient sollicitées pour fabriquer les outils.

Les individus utilisant régulièrement les outils auraient ensuite su inventer de nouveaux outils ou inventer des fonctions secondaires pour les outils déjà existants : ces individus performants seraient favorisés par la sélection naturelle afin de transmettre ces compétences à leur descendance. Cette capacité à inventer de nouveaux outils seraient à l'origine de l'augmentation de volume du cerveau. Une fois que l'efficacité des outils a été optimale, les canines n'avaient plus leur utilité et elles reprirent leur taille dite naturelle.

Le scénario évolutif de Darwin se révélait être la meilleure explication qui soit pour décrire l'évolution entre les grands singes et l'homme d'aujourd'hui, à cette époque. De nombreux scientifiques s'inspirèrent de ce scénario, par la suite, pour décrire l' évolution humaine. Cependant, vers la fin de la vie de Darwin, la découverte de fossiles (1856) représentant des ancêtres de l'homme allait bouleverser son scénario, considéré alors comme le plus vraisemblable.

La découverte des fossiles d'Hominidés, témoignage de notre évolution

À l'époque où Charles Darwin a érigé son scénario évolutif, la morphologie de l'ancêtre commun aux grands singes et à l'homme ne pouvait qu'être suggérée. La découverte de fossiles d' Australopithèques en Afrique, à partir de 1924 [4] et les données tirées de leur étude allaient apporter une mine d'informations sur notre évolution. Elles allaient aussi constituer le test le plus sévère vis-à-vis du scénario évolutif de Darwin, qui n'était alors qu'une hypothèse dont la vraisemblance était contestée.

La découverte de fossiles d'Hominidés a pour effet de :

  1. Augmenter le nombre d'étapes évolutives dans le processus d'hominisation
  2. Étirer le processus d'hominisation sur plusieurs millions d'années
  3. Expliquer chaque étape additionnelle par un scénario adéquat
  4. Réfuter la relation de cause à effets entre certains caractères évolutifs (exemple : la bipédie et l'usage d'outils)
  5. Attribuer une origine plus ancienne à certains caractères qui étaient alors considérés comme typiquement humains (exemple : l'usage d'outils)
  6. Découvrir de nouveaux caractères humains auparavant ignorés

L'étude des fossiles d' Hominidés vient expliquer ce que les scénarios ont cherché à décrire, depuis le e siècle.

L'évolution de la famille des Hominidés

Le XXe siècle (notamment la fin du siècle) et les années 2000-2010 ont été les périodes les plus riches en découvertes de fossiles d'hominidés. Les données tirées de chaque découverte viennent compléter les données déjà existantes ; elles apportent également de nouvelles pistes de réflexion sur notre évolution en réfutant parfois certaines théories jusqu'alors acceptées (notamment l' East Side Story).

En effet, la découverte du fossile surnommé Toumaï a apporté de nouvelles données. Le crâne de Toumaï, en mauvais état, est découvert en juillet 2001 en Afrique centrale par un jeune étudiant tchadien [5]. Il a ensuite été révélé que ce fossile appartenait à la lignée des hominidés et qu'il était âgé de sept millions d'années. Il est donc le plus ancien hominidé jamais découvert et il apporte une nouvelle information sur le moment où la divergence entre les hominidés et l'espèce humaine a eu lieu, soit antérieurement aux six millions d'années qui avaient été alors supposés. De plus, le fait d'être découvert en Afrique centrale et d'être bipède réfute la théorie de l' East Side Story, mise en avant par Yves Coppens, qui suggère que les hominidés étaient apparus à l'Est car la bipédie était plus adaptée pour se déplacer dans la savane qui s'y développait.

Les découvertes de fossiles ont également permis d'élargir la famille d'hominidés connue au moment de chaque découverte. Un nombre important d'ancêtres de l'homme actuel sont connus, ainsi que la période où certains caractères évolutifs sont apparus. D'après les fossiles trouvés, Homo erectus serait le premier ancêtre de l'homme à avoir maîtrisé le feu et Australopithecus afarensis serait un des premiers ancêtres de l'homme à avoir maîtrisé la bipédie, il y a plus de 3,5 millions années. L'étude des fossiles a également permis de mettre en évidence dans l'arbre évolutif des hominidés une branche végétarienne apparentée aux Australopithèques, les Paranthropes, apparus il y a 2,7 millions d'années.

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