Hominisation

L'hominisation est le processus évolutif qui a progressivement transformé des primates en humains. Ce processus s'est produit dans la lignée des hominines, qui a divergé de la lignée des chimpanzés il y a plus de 7 millions d'années. L'étude de l'hominisation embrasse tous les changements structuraux et comportementaux qui ont eu lieu dans la lignée des hominines, et qui ont conduit finalement à l'émergence de l' Homo sapiens et de l'homme moderne [1].

Le terme « hominisation » et la notion à laquelle il renvoie ont été utilisés pour la première fois par Édouard Le Roy dans Les origines humaines et l'évolution de l'intelligence, publication d'un cours présenté au Collège de France entre 1927 et 1928. Cependant, le terme était déjà employé dans un texte écrit par Pierre Teilhard de Chardin en 1923 mais demeuré inédit.

L'hominisation aux XIXe et XXe siècles

Les premières contributions

Les premières contributions ont été proposées au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle. La plupart ont tenté de décrire et d'expliquer les différences entre l'homme et les grands singes avec des arguments philosophiques. A cette époque, les fossiles humains découverts étaient rares et les connaissances génétiques très limitées [2]. Les premiers restes humains fossiles reconnus, ceux de l' Homme de Néandertal, découverts en 1856 et dénommés en 1864, furent jugés au départ par beaucoup comme appartenant à des individus atteints de pathologies [3].

Le scénario évolutif de Charles Darwin

Au milieu du XIXe siècle, la seule étude scientifique possible reposait sur la comparaison des grands singes et de l'homme moderne. Les caractères jugés spécifiques à l'homme étaient alors les petites canines, la posture bipède, le cerveau volumineux, l'utilisation d'outils.

Charles Darwin présenta sa théorie de l'évolution en 1859 dans son fameux ouvrage De l'origine des espèces. Il expliqua que des variations anatomiques ponctuelles se produisent régulièrement et au hasard chez les organismes vivants. La plupart sont nocives et affectent négativement les individus concernés. Quelques unes sont bénéfiques et se répandent alors au sein de l'espèce par la descendance de l'individu concerné. Ce sont les pressions exercées par l'environnement qui conduisent à sélectionner certaines variations et à rejeter les autres, d'où le nom de sélection naturelle. L'environnement comporte des composantes multiples, comme le climat, la nature et la répartition des aliments disponibles, les maladies, la prédation exercée par les carnivores, etc. L'évolution morphologique et comportementale des hominines depuis quelque 7 millions d'années n'échappe pas aux principes de l'évolution darwinienne.

Darwin construisit son scénario évolutif en partant de grands singes vivant au sol et soumis à la prédation. Ainsi, selon Darwin, les grands singes au sol se seraient retrouvés sans défense face aux carnivores. La pression des prédateurs aurait conduit à sélectionner les individus capables de fabriquer des outils de défense. La même pression sélective aurait favorisé les individus capables de transporter leurs outils, à chaque fois qu'un prédateur apparaissait à proximité. Libérer ses mains de leur rôle locomoteur pour pouvoir fabriquer et transporter des outils aurait ainsi donné naissance à la bipédie.

Les individus utilisant régulièrement des outils auraient ensuite su inventer de nouveaux outils ou inventer des fonctions secondaires pour les outils déjà existants : ces individus performants furent favorisés par la sélection naturelle et purent transmettre ces compétences à leur descendance. Cette pression en faveur de l'innovation aurait favorisé l'augmentation de volume du cerveau. Une fois que l'efficacité des outils fut optimale, les canines n'avaient plus leur utilité et elles auraient repris leur taille dite naturelle.

Le scénario évolutif de Darwin fut la meilleure explication de son époque pour comprendre l'évolution des grands singes vers l'homme moderne. De nombreux scientifiques s'en inspirèrent pour décrire à leur tour l' évolution humaine. Au début du XXe siècle, plusieurs fossiles représentant des ancêtres de l'homme avaient cependant été découverts, ce qui conduisit d'autres savants à proposer de nouveaux scénarios.

La découverte de fossiles d'hominines, témoignage de notre évolution

À l'époque où Charles Darwin a écrit son scénario évolutif, la morphologie de l'ancêtre commun aux grands singes et à l'homme ne pouvait qu'être supposée. La découverte de fossiles d' Australopithèques en Afrique du Sud, à partir de 1924 [4] et les données tirées de leur étude allaient apporter une mine d'informations sur notre évolution. Elles allaient aussi constituer le test le plus sévère vis-à-vis du scénario évolutif de Darwin, qui n'était alors qu'une hypothèse dont la vraisemblance était contestée.

La découverte de fossiles d'Hominidés a pour effet de :

  1. Augmenter le nombre d'étapes évolutives dans le processus d'hominisation
  2. Étirer le processus d'hominisation sur plusieurs millions d'années
  3. Expliquer chaque étape additionnelle par un scénario adéquat
  4. Réfuter la relation de cause à effets entre certains caractères évolutifs (exemple : la bipédie et l'usage d'outils)
  5. Attribuer une origine plus ancienne à certains caractères qui étaient alors considérés comme typiquement humains (exemple : l'usage d'outils)
  6. Découvrir de nouveaux caractères humains auparavant ignorés

L'étude des fossiles d' Hominidés vient expliquer ce que les scénarios ont cherché à décrire, depuis le e siècle.

L'évolution de la famille des Hominidés

Le XXe siècle (notamment la fin du siècle) et les années 2000-2010 ont été les périodes les plus riches en découvertes de fossiles d'hominidés. Les données tirées de chaque découverte viennent compléter les données déjà existantes ; elles apportent également de nouvelles pistes de réflexion sur notre évolution en réfutant parfois certaines théories jusqu'alors acceptées (notamment l' East Side Story).

En effet, la découverte du fossile surnommé Toumaï a apporté de nouvelles données. Le crâne de Toumaï, en mauvais état, est découvert en juillet 2001 en Afrique centrale par un jeune étudiant tchadien [5]. Il a ensuite été révélé que ce fossile appartenait à la lignée des hominidés et qu'il était âgé de sept millions d'années. Il est donc le plus ancien hominidé jamais découvert et il apporte une nouvelle information sur le moment où la divergence entre les hominidés et l'espèce humaine a eu lieu, soit antérieurement aux six millions d'années qui avaient été alors supposés. De plus, le fait d'être découvert en Afrique centrale et d'être bipède réfute la théorie de l' East Side Story, mise en avant par Yves Coppens, qui suggère que les hominidés étaient apparus à l'Est car la bipédie était plus adaptée pour se déplacer dans la savane qui s'y développait.

Les découvertes de fossiles ont également permis d'élargir la famille d'hominidés connue au moment de chaque découverte. Un nombre important d'ancêtres de l'homme actuel sont connus, ainsi que la période où certains caractères évolutifs sont apparus. D'après les fossiles trouvés, Homo erectus serait le premier ancêtre de l'homme à avoir maîtrisé le feu et Australopithecus afarensis serait un des premiers ancêtres de l'homme à avoir maîtrisé la bipédie, il y a plus de 3,5 millions années. L'étude des fossiles a également permis de mettre en évidence dans l'arbre évolutif des hominidés une branche végétarienne apparentée aux Australopithèques, les Paranthropes, apparus il y a 2,7 millions d'années.

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