Guerre de l'oreille de Jenkins

Guerre de l’oreille de Jenkins
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Les batailles de la guerre de l’oreille de Jenkins
Informations générales
Date 1739 - 1748
Lieu Caraïbes
Floride
Georgie
Issue Victoire espagnole
Traité d'Aix-la-Chapelle
Status quo ante bellum
Belligérants
Drapeau de l'Empire espagnol  Empire espagnol Drapeau de la Grande-Bretagne.  Grande-Bretagne
Commandants
Blas de Lezo
Manuel de Montiano
Andrés Reggio
Edward Vernon
James Oglethorpe
George Anson
Charles Knowles

Batailles

Porto Bello · 8 avril 1740 · Fort Mose  (en) · Saint Augustine · Expédition Anson · Carthagène des Indes · Santiago de Cuba (Santiago de Cuba (1re) · Géorgie · La Guaira  (en) · Puerto Cabello  (en) · Cape Sicié · Panama · Bloody Marsh · Bahamas · Glorioso · 18 mars 1748 · (en) · La Havane

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La guerre de l’oreille de Jenkins [1] (appelée par les Espagnols Guerra del Asiento) a principalement lieu dans les Caraïbes, de 1739 à 1748, et voit s’affronter les flottes et troupes coloniales du royaume de Grande-Bretagne et de l’ Espagne. À partir de 1740, débute la guerre de Succession d’Autriche, avec laquelle se confond la guerre de « l’oreille de Jenkins ». Cette guerre peu connue, qui mobilise des forces immenses pour l’époque, et se solde par des pertes humaines et matérielles énormes, est un désastre pour la Grande-Bretagne, et n’aboutit qu’au retour au statu quo ante bellum.

L’asiento et la détérioration des relations hispano-britanniques

Une frégate espagnole remorquant une prise britannique.
Un pamphlet anglais en faveur de la guerre montrant une carte des Caraïbes et des principales villes espagnoles

Les Espagnols ne pratiquent pas la traite des Noirs (achat, transport, et revente des esclaves) mais, pour satisfaire la demande en main d’œuvre de leur immense empire colonial, ils achètent un nombre considérable d’esclaves d’origine africaine. Aussi, l’ asiento (le monopole de la traite des Noirs) est-il concédé à une nation étrangère : France, Portugal, ou Grande-Bretagne. Lors de la signature du traité d'Utrecht, l’asiento pour les colonies espagnoles est concédé à la Grande-Bretagne, pour une période de trente ans. Par ailleurs, l’importation de marchandises britanniques dans les colonies espagnoles est sévèrement contingentée. Un navire de marchandises britanniques (le navio de permiso) peut venir décharger une cargaison, une fois par an seulement. Cette semi-autorisation, et l’avidité de la South Sea Co. (qui a le monopole de la traite), des contrebandiers indépendants, et de la haute société créole pour les produits manufacturés d’origine britannique, entraînent le développement de la contrebande. Pour lutter contre ce trafic, il est convenu (au traité de Séville de 1729) que tout bateau espagnol, même appartenant à un armateur privé, peut faire office de garde-côte, et inspecter tout bateau de commerce britannique croisant dans les eaux espagnoles. Ce « droit de visite », et la confiscation des marchandises de contrebande qui s’ensuit souvent, révulsent les Britanniques, qui crient à la piraterie, et réveillent le vieil antagonisme datant de l’époque élisabéthaine.

En outre, le besoin de trouver de nouveaux débouchés pour les produits manufacturés issus de la révolution industrielle naissante renforce le désir d’hégémonie de la Grande-Bretagne sur tout le bassin atlantique.

En 1731, un navire contrebandier britannique, le Rebecca, est ainsi arraisonné dans les eaux espagnoles. Le capitaine espagnol, nommé Julio Leon Fandino, saisit au collet le capitaine britannique, Robert Jenkins, lui tranche une oreille, et lui dit : « Porte-la à ton roi, et dis-lui que je lui ferai la même chose si je le vois par ici ! » Jenkins fait rapport au parlement britannique de ce qui lui est arrivé [2]. Cette agression physique contre un sujet britannique est perçue comme dégradante en Grande-Bretagne [3].

Voltaire, après avoir décrit l'asiento et le navio de permiso dans son Précis du siècle de Louis XV (chapitre 9), analyse la montée de la tension en Grande-Bretagne (chapitre 27), sous l'action du lobby industriel qui prétend n'être préoccupé que de l'équilibre des forces européennes : « cette balance, bien ou mal entendue, était devenue la passion du peuple britannique ; mais un intérêt plus concret était le but du ministère de Londres. Il voulait forcer l'Espagne à partager le commerce du Nouveau Monde ».

En 1736, meurt José Patiño Rosales, ministre rigoureux et intègre qui gouvernait l'Espagne depuis dix ans et exerçait un rôle de modérateur auprès du roi Philippe V d'Espagne. La querelle s'envenime. Une ultime tentative de conciliation échoue à la Conférence du Prado en 1738.

En 1739, huit ans après l’incident de la Rebecca, le parti belliciste et les parlementaires tories (parti d’opposition au premier ministre whig Robert Walpole), ourdissent une manœuvre : ils appellent Jenkins à comparaître devant la Chambre des communes.

Jenkins raconte son histoire, demande justice et montre le bocal contenant son oreille. Les parlementaires unanimes poussent un cri d’indignation, invoquent le casus belli, rappellent que l'armada espagnole avait été défaite par la Royal Navy en 1718 au Cap Passaro, exigent que l’honneur britannique soit lavé de l’insupportable affront. Le premier ministre Walpole, qui est partisan de la paix, est forcé de déclarer la guerre à l’Espagne, le 30 octobre 1739 (19 octobre du calendrier julien) [4].

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