Guerre d'Espagne

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Guerre civile espagnole
Description de cette image, également commentée ci-après
Dans le sens des aiguilles d'une montre à partir d'en haut à gauche : canon antiaérien de l'armée républicaine pendant la bataille de l'Èbre ; troupes républicaines pendant le siège de l'Alcázar de Tolède ; Guernica après le bombardement ; représentation de la bataille de Belchite ; siège de Madrid.
Informations générales
Date -
LieuEspagne
IssueVictoire des nationalistes
Belligérants
Flag of Spain (1931–1939).svg Camp républicain

Flag of the International Brigades.svg Brigades internationales
Drapeau de l'URSS Union soviétique

Drapeau du Mexique Mexique (au niveau diplomatique)
Flag of Spain (1938–1945).svg Camp nationaliste

Merchant flag of Spanish Morocco.svg Protectorat espagnol du Maroc

Drapeau du Royaume d'Italie Royaume d'Italie

Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand

Volontaires étrangers

Commandants
Manuel Azaña
José Giral
Francisco Largo Caballero
Juan Negrín
Lluis Companys
José Antonio Aguirre
Belarmino Tomás
Buenaventura Durruti
Vicente Rojo Lluch
José Miaja
Juan Modesto
Juan Hernández Saravia
Francisco Franco
Gonzalo Queipo de Llano
Emilio Mola
José Antonio Primo de Rivera
José Sanjurjo
Juan Yagüe
Mario Roatta
Annibale Bergonzoli
Ettore Bastico
Mario Berti
Gastone Gambara
Hugo Sperrle
Wolfram von Richthofen
Eoin O'Duffy
Forces en présence
Flag of Spain (1931–1939).svg 450 000 hommes
        (1938)
Flag of the International Brigades.svg 35 000 hommes[2]
Flag of the Soviet Union (1936–1955).svg 3 000 hommes[3]



Total : 490 000 hommes
Flag of Spain (1938–1945).svg 600 000 hommes
        (1938)
Flag of Italy (1861–1946).svg 75 000 hommes[4]
Flag of the German Reich (1935–1945).svg 17 000 hommes[5]
15 700 volontaires étrangers

Total : 700 000 hommes

Guerre d'Espagne

Batailles

La guerre d'Espagne (également désignée sous le nom de guerre civile espagnole[N 1]) est un conflit qui, du au , opposa en Espagne, d'une part le camp des républicains, orienté à gauche et à l'extrême gauche, composé de loyalistes à l'égard du gouvernement légalement établi de la IIe République et de révolutionnaires anarchistes, et d'autre part les nationalistes, le camp des rebelles putschistes orientés à droite et à l'extrême droite mené par le général Franco. Cette guerre se termina par la victoire des nationalistes qui établirent une dictature qui dura 36 ans, jusqu'à la transition démocratique qui n'intervint qu'à la suite de la mort de Franco.

Cette guerre civile fut la conséquence, sur le long terme, des malaises sociaux, économiques, culturels et politiques qui accablaient l'Espagne depuis plusieurs générations. Après la proclamation de la IIe République en 1931, l'exacerbation croissante des tensions entre Espagnols culmina avec l'insurrection durement réprimée des Asturies (1934) et la résurgence de troubles civils et de violences réciproques au printemps 1936, après la victoire électorale du Frente Popular. Préparé de longue date, le soulèvement militaire et civil du camp nationaliste éclata le , mais sa mise en échec partielle déboucha sur une guerre civile imprévue, longue et meurtrière.

Pendant le conflit, dans certains territoires sous contrôle républicain, une révolution sociale aboutit à la collectivisation des terres et des usines, et expérimente différentes sortes d'organisation de type socialiste (soutenues notamment par des anarchistes de la CNT[6]).

Ce conflit, qui mobilisa les opinions et les États européens, peut apparaître comme une répétition de la Seconde Guerre mondiale. Il permit de jauger les rapports de force européens (attentisme des démocraties française et britannique, engagements de l'Italie fasciste et de l'Allemagne nazie, tout comme de l'Union soviétique). Il eut un retentissement médiatique et culturel très important (entre autres avec L'Espoir d'André Malraux, Hommage à la Catalogne de George Orwell, ou encore Pour qui sonne le glas d'Ernest Hemingway).

Contexte politique

Proclamation de la Seconde République

Alphonse Alphonse XIII en compagnie de Miguel Primo de Rivera, en mars 1930.
Couverture de la constitution de 1931.

Après avoir destitué le chef du gouvernement Miguel Primo de Rivera en janvier 1930, le roi d'Espagne Alphonse Alphonse XIII affiche l'intention de revenir, après une période dictatoriale, à un régime constitutionnel.

Cependant, après de nombreuses manifestations anti-monarchiques, la signature de l'accord de Saint-Sébastien entre courants républicains, la victoire de nombreux candidats républicains aux élections municipales du 12 avril 1931, est interprétée comme une défaite du régime monarchiste, même si, avec 40 %, la coalition antimonarchiste n'obtient pas la majorité sur l'ensemble du territoire mais seulement dans les grandes villes. Les zones rurales, où se concentre la grande majorité de la population, sous l'influence des caciques, votent davantage pour la monarchie.

Les socialistes et les républicains pensaient que le moment était venu : le 13 avril ils décrètent l'expulsion de la monarchie et la Seconde République espagnole est proclamée le 14 avril 1931 : ils sont maintenant les responsables du gouvernement du pays et forment aussitôt un Gouvernement provisoire, présidé par Niceto Alcalá Zamora.

Les élections municipales n'avaient pas pour vocation de changer la forme politique de l'État. La Constitution de 1876, alors en vigueur, ne prévoyait évidemment pas qu'une telle consultation pût entraîner la chute de la monarchie. C'est la raison pour laquelle un certain nombre d'analystes politiques, généralement hostiles à la République, ont considéré que sa proclamation dès le 14 avril 1931, qui plus est sous la pression de la rue madrilène, fut une forme de «coup d'État» et une «subversion de l'ordre constitutionnel».

Alphonse XIII décide alors de s'enfuir en exil.

Débuts de la République (1931–1933)

Sous la présidence de Niceto Alcalá-Zamora, les deux premiers gouvernements, dirigés successivement par Manuel Azaña puis Alejandro Lerroux, bénéficient de la participation du PSOE, représenté par trois ministres : Indalecio Prieto (Finances), Francisco Largo Caballero (Travail), Fernando de los Ríos (Justice) ; ils mènent une politique de réformes sociales, notamment par une loi de réforme agraire, appliquée cependant de façon assez modérée ; le gouvernement Azaña y ajoute une politique de laïcisation et établit un statut d'autonomie pour la Catalogne (rétablissement de la Généralité).

Manifestation républicaine à Barcelone lors de la proclamation de la Seconde République.

Ils ont également le souci de l'ordre public (loi de défense de la République, octobre 1931 ; loi sur l'ordre public, juillet 1932) mais vont se heurter à la fois à la droite (tentative de putsch du général Sanjurjo en 1932, dite « Sanjurjada ») et aux actions de formations de gauche plus radicales[7]. Ainsi, des groupes anarchistes organisent une grève à Séville en juillet 1931, un soulèvement dans le district minier du Haut-Llobregat (Catalogne), durant lequel des militants anarcho-syndicalistes (dont Buenaventura Durruti et Francisco Ascaso, qui seront déportés au Sahara) proclament le récommunisme libertaire, et les soulèvements de janvier 1933 dans le Levant, la Rioja et en Andalousie ; dans cette région, les militants insurgés à Casas Viejas (province de Cadix) subissent une répression féroce de la Garde civile. Les tensions entre syndicalistes et garde civile causent plusieurs morts à Castilblanco et Arnedo en janvier 1932.

Au cours de l'année 1933, le PSOE met fin à la collaboration avec les républicains, entraînant la chute du gouvernement Azaña ; Alejandro Lerroux, un radical, forme un gouvernement plus centriste.

Bienio negro (1934–1935)

Drapeau du syndicat CNT-AIT.

Après les élections générales de novembre-décembre 1933, la CEDA (Confederación Española de Derechas Autónomas), devient le premier parti des Cortes par le nombre d'élus. Disposant de cette majorité relative, le chef de la CEDA, José María Gil Robles s'attend à être appelé pour former le nouveau gouvernement, mais le président de la République, Niceto Alcalá Zamora fait de nouveau appel à Lerroux pour diriger une coalition centriste. La gauche refuse en effet que la CEDA accède au gouvernement.

Le , la CNT déclenche une insurrection à Saragosse.

Au printemps 1934, inquiète de l'entrée prévisible de la CEDA au gouvernement, la direction du PSOE, assurée par Francisco Largo Caballero, suivie par le syndicat proche du parti socialiste, l'UGT, s'oriente vers une stratégie révolutionnaire de prise du pouvoir[N 2]. S'ils se présentent encore aux élections, ils travaillent davantage dans les luttes sociales, avec les anarchistes notamment. Le contexte historique est important pour comprendre cette attitude : en 1933, Hitler a pris le pouvoir légalement en Allemagne ; or un grand nombre de sympathisants de l'extrême-gauche croient que José Maria Gil Robles désire établir une dictature fasciste. Socialistes et anarchistes multiplient les appels à la grève générale.

Drapeau de la Phalange espagnole.

Le , Lerroux fait entrer trois représentants de la CEDA dans le gouvernement. L'UGT lance un ordre de grève générale (mais pas la CNT). Des insurrections d'origine socialiste ont lieu à Madrid et en Catalogne, où le président de la Generalitat catalana, Lluis Companys, déclare que l'État catalan est désormais une composante de la République Fédérale Ibérique. Mais, dans ces deux cas, la CNT refusant de suivre le mouvement, l'ordre est facilement rétabli (en Catalogne, Companys est arrêté et le statut d'autonomie suspendu). En revanche, des soviets sont organisés dans la seule région qui y soit prête, la région très ouvrière des Asturies où les socialistes ont obtenu leurs meilleurs scores en 1933 et où la CNT locale s'associe au mouvement. Cette insurrection est parfois appelée la « Commune espagnole » ou la « Révolution d'octobre » puisqu'elle culmine en octobre 1934 lorsque les mineurs contrôlent un territoire de quelque 1 000 km2 autour d'Oviedo et au sud de cette ville. L'insurrection est matée dans le sang par les troupes d'Afrique commandées par Franco. La répression ordonnée par le gouvernement est terrible (1 000 morts, 20 000 arrestations). Les arrestations concernent même plusieurs dirigeants : Francisco Largo Caballero, Manuel Azaña et Lluis Companys parmi les plus importants. Le socialiste modéré Indalecio Prieto, pourtant opposé à la ligne de Largo Caballero, préfère s'exiler en France. Désormais, un fossé de sang sépare le mouvement ouvrier du pouvoir en place.

Bien que le centre-droit au pouvoir s'attache à revenir sur les réformes adoptées par la gauche entre 1931 et 1933, il ne rassure pas pleinement ses partisans. Les événements des Asturies ont accru l'angoisse de voir en Espagne une guardrévolution s'apparentant à la révolution russe de 1917. La tentation de recours à un coup de force s'étend, entretenue par l'activisme des mouvements royalistes (Carlistes) ou nouveaux (la Phalange). Les deux Espagnes sont désormais hantées par deux grandes peurs : celle de la révolution bolchevique et celle du fascisme. La courte victoire d'un Front populaire groupant l'ensemble de la gauche aux élections législatives de février 1936 est à replacer dans ce contexte.

Au cours de l'année 1935, la participation de la CEDA au gouvernement est renforcée ; José María Gil Robles devient ministre de la Guerre et place à des postes importants certains généraux. En janvier 1936, il demande au Président de la République de lui confier la responsabilité d'un nouveau gouvernement, mais Niceto Alcalá Zamora préfère dissoudre les Cortes.

Élections et les débuts du Front populaire (1936)

Aux élections de février 1936, le Front national dominé par la CEDA remporte 33,2 % des suffrages et 191 sièges, auxquels on peut joindre ceux de 18 députés centristes, mais est devancé par le Front populaire qui avec 34,3 % des voix remporte 254 sièges aux Cortes, grâce à des arrangements[N 3] dénoncés par le président Niceto Alcalá Zamora et à une abstention importante, qui bien qu'en baisse par rapport à 1933 (90 %), représente le tiers restant[N 4]. Les élections qui se déroulent dans un climat de violence (41 morts et 80 personnes grièvement blessées) sont marquées par des fraudes importantes qui ont permis la victoire du Front populaire[9],[10],[11].

À droite, on pense que cette coalition de gauche va faire une révolution, à gauche, on considère que la droite voulait établir une dictature fasciste. Certains anarchistes ont appelé à voter pour le « Front populaire », une des rares exceptions à leur principe d'abstention aux élections. Dans la plupart des cas, cette attitude n'est pas due à un vote d'adhésion ou à un « vote utile » mais plutôt à un vote tactique. En effet, le Front populaire a promis la libération de tous les prisonniers politiques, parmi lesquels se trouvent 15 000 militants anarchistes et/ou anarcho-syndicalistes.

Le Front populaire tente de reprendre l'action du gouvernement de 1931, mais le climat est difficile. D'un côté, une partie du peuple, subissant souvent des situations de grande pauvreté, met en œuvre, de sa propre initiative, les réformes sociales promises par les partis du Frente popular, mais qui tardent à venir. De l'autre, les notables, industriels ou paysans aisés, qui ont peu confiance dans le régime républicain ou dans le parlementarisme pour maintenir l'ordre, sont radicalement anticommunistes. Les crimes politiques se succèdent, commis par les milices ouvrières (nombreux massacres de prêtres) ou par les milices nationalistes et les représailles s'enchaînent. L'État ne maintient plus l'ordre.

Le groupe de généraux responsables du putsch était formé depuis 1933-1934, et la décision de passer à l'acte intervient en mars 1936. Le chef en est Sanjurjo, en exil au Portugal depuis son putsch raté de 1932 ; l'organisateur est Mola, secondé par Cabanillas, Fanjul, Goded et Queipo de Llano. Franco, mis dès le départ au courant du projet, hésite à s'engager. C'est l'assassinat par des membres des forces de sécurité républicaines d'un des chefs et député de la droite monarchiste, José Calvo Sotelo le , qui le décide à agir[12]. Non sans mal, les militaires obtiennent l'appui des milices carlistes et de la Phalange.

Dans d'autres langues
беларуская (тарашкевіца)‎: Грамадзянская вайна ў Гішпаніі
brezhoneg: Brezel Spagn
Fiji Hindi: Spanish Civil War
Bahasa Indonesia: Perang Saudara Spanyol
한국어: 스페인 내전
Lëtzebuergesch: Spuenesche Biergerkrich
Plattdüütsch: Spaansche Börgerkrieg
नेपाल भाषा: स्पेनी गृहयुद्ध
srpskohrvatski / српскохрватски: Španski građanski rat
Simple English: Spanish Civil War
Bân-lâm-gú: Se-pan-gâ Lōe-chiàn