George Santayana

George Santayana
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George Santayana

Biographie
Naissance
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Madrid ou rue San Bernardo (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 88 ans)
RomeVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom de naissance
Jorge Agustín Nicolás Ruiz de Santayana y BorrásVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
George SantayanaVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Domiciles
Ávila (-), Beacon Street (en) (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Formation
Activités
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A travaillé pour
Religion
Membre de

George Santayana est un écrivain et philosophe américano-hispanique de langue anglaise, né à Madrid le 16 décembre 1863 et décédé le 26 septembre 1952 à Rome.

Biographie

George Santayana, de son nom complet Jorge Agustín Nicolás Ruiz de Santayana y Borrás, est le fils de Josefina Sturgis, née Borrás, et de son second époux Augustin Ruiz de Santayana (1812-1893), un diplomate espagnol. Sa mère née en Écosse est également la fille d'un diplomate espagnol. En premières noces, elle a épousé un marchand de Boston, John Sturgis, dont elle a eu cinq enfants (seulement trois ont survécu). Son premier mari étant décédé en 1857, en 1861 elle épouse Augustin Ruiz de Santayana et donne naissance à George le 16 décembre 1863 à Madrid.

L'exposé de sa vie sera réalisé en respectant le découpage que Santayana utilise dans son autobiographie, Personnes et Places : l'arrière-plan (1863-1886), la période Harvard (1886-1912), la période où, retraité, il parcourt l'Europe (1912-1952)[1].

L'arrière-plan (1863-1886)

Santayana passe ses huit premières années à Avila où réside son père. Sa mère, dès 1869, est allée vivre à Boston pour y élever ses autres enfants selon la promesse faite à son premier mari[1]. Son vrai prénom est Jorge, c'est lui qui s'est nommé George pour « américaniser sa signature ». En 1872 son père, estimant que les perspectives d'avenir de son fils seraient meilleures à Boston qu'en Espagne, juge préférable de se rendre dans cette ville avec son fils. Ne pouvant se faire ni au climat ni à l'ambiance puritaine de Boston, il revient assez rapidement en Espagne tandis que son fils reste à Boston chez sa mère. Le père et le fils s'écrivent de nombreuses lettres. Augustin Santayana ne revisite Boston que lorsque son fils termine sa première année à Harvard[1]. À Boston, la famille parle l'espagnol à la maison[1]. George Santayana apprend l'anglais au jardin d'enfants de Mrs Welchman. Puis, il intègre la Boston Latin School et l'université Harvard (1882-1889). Dans cette université il se montre comme un étudiant actif : il est notamment caricaturiste au Lampoon et membre fondateur du Harvard Monthly, un magazine littéraire actif de 1885 à 1917[2]. Même s'il a fréquenté des homosexuels et des bisexuels connus, Santayana n'a donné aucune indication précise sur sa sexualité. Quelques spécialistes, à la suite d'une phrase qu'il a un jour prononcée, ont tendance à le considérer comme un homosexuel latent[2].

1886-1912 : les années Harvard

Hollis Hall: a four-story red brick building with white trim in a courtyard.
Santayana vivait à Hollis Hall quand il était étudiant à Harvard
Josiah Royce qui a dirigé la thèse de Santayana

À l'automne 1886, Santayana se rend en Allemagne. Il visite Göttingen, Dresde et étudie pendant deux semestres la philosophie à l'université de Berlin. Il suit un cours de Paulsen sur l'éthique grecque au premier semestre et sur Spinoza au second. Selon lui ces cours l'ont aidé à se faire une opinion correcte sur ces sujets. Dans Persons and Places, il note que « l'éthique grecque fournit merveilleusement ce qui est absent chez Spinoza, une vue virile, militaire, organique, une vue civilisée pour tout dire, permettant de garder l'imagination cosmique et religieuse de Spinoza à sa place morale propre »[3]. Malgré tout, il ne se sent pas à l'aise dans l'univers universitaire allemand et il préfère retourner à Harvard pour faire son doctorat[4].

Santayana décroche son Ph.D en 1889, avec une thèse sur Lotze. Peu après, il devient membre du corps enseignant d'Harvard. C'est un professeur apprécié de ses élèves, qui devient rapidement une figure importante de ce qu'on appelle de nos jours la philosophie américaine classique, dont les autres membres de premier plan sont Peirce, William James, Josiah Royce, John Dewey et Alfred North Whitehead[2]. En 1893, il fait l'expérience d'une métanoïa, un changement de perspective. L'étudiant actif fait place à un professeur tourné vers la célébration imaginative de la vie. Cette conversion, ce passage d'un état à un autre est lié à trois événements : la mort d'un de ses étudiants, celle de son père et le mariage de sa sœur Susana[5]. Dans Persons and Places, (427-28), il décrit ainsi comment il voit la vie après la métanoïa :

« Cultivate imagination, love it, give it endless forms, but do not let it deceive you. Enjoy the world, travel over it, and learn its ways, but do not let it hold you...To possess things and persons in idea is the only pure good to be got out of them; to possess them physically or legally is a burden and a snare »

« Cultive l'imagination, aime-la, donne-lui sans fin de nouvelles formes, mais ne la laisse pas te décevoir. Apprécie le monde, parcours-le, étudie ses voies, mais ne te laisse pas posséder par lui... Posséder des biens et des choses en idées est le seul bien pur que l'on puisse obtenir ; les posséder physiquement ou légalement est un fardeau et un piège[6] »

Dès cette période, comme ce sera toujours le cas par la suite, il se passionne pour la littérature, l'esthétique et la philosophie. Il écrit notamment The Sense of Beauty (1896), Lucifer: A theological Tragedy (1899), The Life of Reason (1905-1906) et Three Philosophical Poets : Lucretius, Dante and Goethe (1910)[7]. Selon Saatkamp et Coleman, « le pragmatisme, tel que développé par Peirce et James, est un sous-courant de son naturalisme, particulièrement comme approche de la façon de s'assurer de la connaissance ». Mais « son naturalisme a ses racines historiques chez Aristote et Spinoza et son ancrage contemporain dans le pragmatisme de James et l'idéalisme de Royce[5] » (deux de ses collègues à Harvard).

En 1912, à quarante-huit ans, il quitte la vie universitaire malgré les efforts du président d'Harvard pour le retenir. Cette décision s'explique par au moins trois raisons. D'une part, dès 1893, il a su qu'il voulait partir jeune à la retraite. Deuxièmement, s'il apprécie la vie universitaire, il goûte peu de devoir participer à des instances consultatives qui selon lui sont consacrées à résoudre de faux problèmes. L'évolution d'Harvard « vers la production d'intellectuels musclés capables de guider l'Amérique en qualité d'hommes d'État occupant des places clés dans le domaine du gouvernement ou des affaires » lui fait craindre que soit oublié le désir d'apprendre et la célébration de la vie. Enfin, ses livres se vendent bien et les éditeurs lui en réclament de nouveaux, ce qui lui permet de voir le futur sereinement[5].

1912-1952 : une villégiature studieuse

Vue de Cortina où Santayana passe ses étés durant sa vieillesse

En 1912, sachant sa mère mourante, il fait en sorte que sa demi-sœur Joséphine rejoigne à Avila son autre demi-sœur Susana. Il confie la gestion de ses biens à son frère Robert. À partir de 1912, il va constamment résider en Europe. Il ne reviendra jamais aux États-Unis malgré les sollicitations d'Harvard qui lui propose en 1929 la chaire Norton de poésie et des conférences sur William James. De manière générale, il décline toutes les offres de postes universitaires qui lui sont également faites par Oxford et Cambridge[8]. De 1912 à la fin de la première guerre mondiale, il réside en Angleterre, d'abord à Londres, puis à Oxford et Cambridge. Après-guerre, il voyage beaucoup entre Paris, Madrid, Avila (où résident ses deux sœurs), la Côte d'Azur, Florence et Rome. À la fin des années 1920, il se fixe à Rome qu'il quitte l'été pour Cortina d'Ampezzo[8].

S'il pense d'abord que Mussolini peut avoir une certaine action positive, il déchante vite. Il est arrêté à la frontière suisse alors qu'il tente de quitter l'Italie. Sa situation vis-à-vis des autorités italiennes sera toujours un peu complexe. En effet, Santayana est un citoyen espagnol vivant en Italie dont les revenus proviennent d'Angleterre et des États-Unis, deux pays où il est connu. Dans les années trente, il aide financièrement le philosophe Bertrand Russell en lui versant la majorité des droits d'auteurs de son célèbre roman The Last Puritain (1935). En 1941, il entre dans une maison de retraite- hôpital gérée par des sœurs, La Clinica della Piccola Compagnia di Maria, où il restera jusqu'à sa mort en septembre 1952[8]. À sa mort, il ne veut se faire enterrer dans une terre consacrée, ce qui rend son enterrement problématique en Italie. Finalement, le consulat d'Espagne à Rome accepte qu'il soit enterré au Panteon de la Obra Pia espanola, au cimetière du Campo Verano[9].

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