Ferdinand Cheval

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Cheval (homonymie).
Joseph Ferdinand Cheval
Description de cette image, également commentée ci-après
Portrait de Ferdinand Cheval.
Nom de naissanceJoseph Ferdinand Cheval
Alias
Facteur Cheval
Naissance
Charmes-sur-l'Herbasse, Drôme
Décès (à 88 ans)
Hauterives, Drôme
NationalitéFrance Française
Diplôme
Profession
Autres activités
Artiste
Formation
Boulanger
Distinctions

Joseph Ferdinand Cheval, plus connu sous le nom de facteur Cheval, né le à Charmes-sur-l'Herbasse (Drôme) et mort le à Hauterives (Drôme) à 88 ans, est un facteur français célèbre pour avoir passé 33 ans de sa vie à édifier un palais qui se nomme « Palais idéal » et huit années supplémentaires à bâtir son propre tombeau tous deux considérés comme des chefs-d'œuvre d'architecture naïve.

Biographie

Le chalet suisse

Le facteur Cheval

Ferdinand Cheval nait dans une famille de petits cultivateurs dans une Drôme terrienne et rurale[1]. Il est le fils de Jean-François Cheval qui a épousé, en secondes noces, Rose-Françoise Sibert[2]. Une scolarité courte, de 1842 à 1848, à l'école communale de Charmes fait qu'il maîtrise mal sa langue maternelle qu'il écrit phonétiquement. Sa mère décède le 21 avril 1847. Après l'obtention de son certificat d'études primaires, il devient à l'âge de treize ans apprenti boulanger. Il est pris en tutelle, à l'âge de dix-huit ans, à la mort de son père, par son oncle maternel Joseph Burel, qui le fait rapidement émanciper (la majorité à cette époque étant fixée à 21 ans). Il laisse à son frère la ferme familiale pour devenir en 1856 boulanger à Valence puis à Chasselay (proximité de Lyon) en 1859[3].

Le 20 mai 1858, il se marie avec Rosalie Revol, lingère, avec qui il aura deux enfants. La mort de son premier fils en 1865 le fait abandonner la boulangerie, activité qu'il a pratiquée durant presque une douzaine d'années et dont on pense que l'expérience du pétrissage a certainement influencé son savoir-faire de sculpteur et de créateur[4].

Il s'engage comme ouvrier agricole, métier qu'il abandonne à la naissance de son second fils. Acculé à la misère, il se présente au concours de facteur et entre officiellement dans l'administration des Postes le . Il est successivement facteur à Anneyron, puis à Peyrins, puis à Bourg-de-Péage. À sa demande, en 1869, il est affecté à Hauterives, à une douzaine de kilomètres de son village natal, ayant en charge la « tournée de Tersanne », une tournée pédestre quotidienne de 33 km. Il y restera jusqu'à la retraite[5].

Après le décès de sa première épouse, il se remarie en 1878 avec Claire-Philomène Richaud qui décédera en 1914 et qui apporte en dot l'équivalent de deux années de traitement de facteur et une petite propriété qui lui permettra d'acquérir un lopin de terre à Hauterives[6].

Ses longues tournées (environ 32 kilomètres) n'ont pas le même rythme que les tournées cyclistes ou motorisées d'un « préposé » rural du e siècle :

« Le courrier n'arrive à Hauterives qu'à 11 heures du matin. Le facteur qui nous dessert est obligé avant de partir de desservir le village d'Hauterives et ensuite de desservir les quartiers de cette commune qui se trouvent sur son parcours. Malgré sa bonne volonté il ne peut arriver à notre village qu'à une heure souvent deux de l'après-midi. Pour aller de la boite aux quartiers des Débris et des Nivons, ce qui lui arrive souvent, il a encore une distance de 5 à 6 kilomètres. Il a ensuite à desservir la section de Treigneux et la partie de la commune d'Hauterives depuis Treigneux jusqu'à la route départementale n°6, et ce n'est qu'après ce trajet qu'il se rend au bureau, mais presque toujours après le départ du courrier qui se fait vers 5 heures, si bien que Tersanne éprouve chaque jour des retards sous le rapport des départs des dépêches[7]. »

Il occupe ses heures de randonnée à de longues rêveries au cours desquelles il imagine un « palais féerique », rêveries qui ne commenceront à être concrétisées qu'une dizaine d'années plus tard[8], après maints voyages avec sa fidèle brouette qu'il appelle sa « fidèle compagne de peine »[9].

La première pierre

En 1879, une pierre le fait chuter sur le chemin de sa tournée et le fait transposer son rêve dans la réalité. Il rapporte dans ses cahiers[10] l'importance de cet événement :

« Un jour du mois d'avril en 1879, en faisant ma tournée de facteur rural, à un quart de lieue avant d'arriver à Tersanne, je marchais très vite lorsque mon pied accrocha quelque chose qui m'envoya rouler quelques mètres plus loin, je voulus en connaitre la cause. J'avais bâti dans un rêve un palais, un château ou des grottes, je ne peux pas bien vous l'exprimer… Je ne le disais à personne par crainte d'être tourné en ridicule et je me trouvais ridicule moi-même. Voilà qu'au bout de quinze ans, au moment où j'avais à peu près oublié mon rêve, que je n'y pensais le moins du monde, c'est mon pied qui me le fait rappeler. Mon pied avait accroché une pierre qui faillit me faire tomber. J'ai voulu savoir ce que c'était… C'était une pierre de forme si bizarre que je l'ai mise dans ma poche pour l'admirer à mon aise. Le lendemain, je suis repassé au même endroit . J'en ai encore trouvé de plus belles, je les ai rassemblées sur place et j'en suis resté ravi… C'est une pierre molasse travaillée par les eaux et endurcie par la force des temps. Elle devient aussi dure que les cailloux. Elle représente une sculpture aussi bizarre qu'il est impossible à l'homme de l'imiter, elle représente toute espèce d'animaux, toute espèce de caricatures.

Je me suis dit : puisque la Nature veut faire la sculpture, moi je ferai la maçonnerie et l'architecture[11]. »

Pour son voisinage, le Facteur Cheval devient alors un être étrange, un « pauvre fou » qui durant sa tournée met des pierres en tas, revient le soir les chercher en s'aidant de sa brouette, pour en remplir son jardin. Il commence la construction de son monument qu'il n'appelle pas encore Palais Idéal en 1879.

En 1894, le décès de sa fille de 15 ans l'affecte profondément.

En 1896, il prend sa retraite et habite une villa (la villa Alicius) qu'il fait construire à proximité du Palais Idéal pour le valoriser[12]. Cheval achève la construction de son palais en 1912. Ne pouvant être inhumé dans ce palais selon son souhait, il construit de 1914 à 1922 son tombeau au cimetière municipal. Il meurt le 19 août 1924.

Dans d'autres langues