Empreinte digitale

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Photo d'empreinte digitale.
Dermatoglyphes d'un doigt montrant les crêtes et plis papillaires.

Une empreinte digitale ou dactylogramme est le résultat de l'apposition sur un support d'un doigt préalablement encré. Le dessin formé sur le support est constitué de dermatoglyphes. Les empreintes digitales sont uniques et caractéristiques de chaque individu.

On estime que les empreintes digitales commencent à se former entre la 10e et la 16e semaine de vie du fœtus, par un plissement des couches cellulaires[1]. Les circonvolutions des crêtes qui leur donne leur dessin caractéristique dépendent de nombreux facteurs, notamment la vitesse de croissance des doigts, l'alimentation du fœtus, sa pression sanguine, etc. Ainsi, chaque doigt de chaque individu a son empreinte propre, et en particulier, deux vrais jumeaux présenteront des empreintes digitales différentes.

L'empreinte digitale constitue une « trace digitale », terme désignant généralement le résultat d'un contact d'un doigt avec un support suffisamment lisse pour qu'il y reste marqué.

Les procédés d'identification des individus par leurs empreintes digitales, sans l'aide d'ordinateur, sont désignés sous le nom de « dactylotechnie[2] ». L'étude des dessins digitaux s'appelle la « dactyloscopie » (du grec daktylos, « doigt », et scopie, « examen »). Le caractère quasi-unique d'une empreinte digitale en fait un outil biométrique très utilisé en médecine légale et par la police scientifique pour l'identification des individus.

À partir de traces ou d'empreintes papillaires, des logiciels d'identification automatique permettent en 2013 de repérer de 150 à 200 points. À partir de traces palmaires — traces des paumes de la main, ces logiciels permettent de repérer 2 000 points en 2013. Une empreinte palmaire incomplète au neuf-dixième est ainsi susceptible de pouvoir être exploitée[3].

On parle par analogie d'empreinte vocale[4], authentifiée par des techniques de reconnaissance du locuteur (en).

Historique

Planche extraite d'Anatomia Humani Corporis du Néerlandais Govard Bidloo (1685). Gravure d'après un dessin de Gérard de Lairesse.

On observe déjà des empreintes de mains — positives ou négatives — sur les parois des cavernes paléolithiques. On relève sur des poteries préhistoriques des traces digitales qui servent de signature aux Babyloniens dès -5000, et aux Chinois dès -1900.

Étude anatomique des dermatoglyphes

Au XVIIe siècle, l'anatomiste Marcello Malpighi identifie les papilles dermiques et les pores exocrines des crêtes dermiques[5], tandis qu'elles sont représentées sur une planche d'un ouvrage d'anatomie de Govard Bidloo[6]. En 1678, le botaniste et morphologiste anglais Nehemiah Grew décrit scientifiquement les dessins formés par les crêtes et les plis dermiques dans son rapport pour les Philosophical Transactions de la Royal Society.

Le physiologiste tchèque Jan Evangelista Purkinje publie en 1823 une thèse[7] dans laquelle il classe ces dessins en neuf groupes, ce qui est très proche du système utilisé de nos jours.

Utilisation des traces et empreintes digitales

XIXe siècle : Herschel, Faulds, Galton, Vucetich et Henry

Empreintes digitales relevées par le Britannique William James Herschel. 1859-1860.

En 1877, aux Indes, le Britannique William James Herschel utilise les empreintes digitales pour éviter que les bénéficiaires de pension de l'armée ne la touchent plusieurs fois. À cette époque, elles servent aussi à identifier les marchands locaux qui refusent de remplir les termes de leurs contrats : Herschel fait apposer leurs empreintes digitales sur ces contrats[8].

L'Écossais Henri Faulds (1843–1930).

Le médecin écossais Henry Faulds (en), en poste au Japon, publie en 1880, dans la revue Nature un article[9] dans lequel il discute de l'utilité des empreintes pour l'identification notamment des criminels, et où il propose une méthode pour enregistrer celles-ci avec de l'encre d'imprimerie ; il indique qu'il a confondu ainsi deux cambrioleurs[10]. Il est aussi le premier à identifier des traces laissées sur un flacon. Il écrit à Charles Darwin pour lui expliquer sa méthode, mais le naturaliste, âgé et malade, transmet le courrier à son cousin Francis Galton, l'un des fondateurs de l'eugénisme et de la méthode statistique.

S'intéressant surtout à l'anthropologie, Francis Galton se penche à partir de 1888, à l'occasion d'une conférence qu'il est amené à faire à la Royal Society à propos de l'identification des individus et, en particulier, au sujet de la méthode Bertillon[11], sur l'étude des dermatoglyphes et publie en 1892 un ouvrage, Finger Prints (Empreintes digitales)[12], dans lequel il établit l'unicité et la permanence de ces figures cutanées. Il conçoit un système de classification détaillé et estime alors à 1 sur 64 milliards la probabilité que deux individus puissent laisser les mêmes traces. C'est à la suite des travaux de Galton qu'on redécouvre l'utilisation des empreintes digitales comme moyen d'identification.

En 1891, après avoir étudié les écrits de Galton, Juan Vucetich, fonctionnaire de police, crée en Argentine le premier fichier d'empreintes. Il sera, l'année suivante, le premier à identifier un criminel – en l'occurrence une criminelle – sur la base des empreintes digitales. L'utilisation du terme « méthode vuceticienne » pour désigner la dactyloscopie est toujours employée dans la police.

Caricature représentant sir Edward Henry (1850-1931), parue dans Vanity Fair, n° du 5 octobre 1905.

Deux années plus tard, Edward Henry (en), inspecteur britannique affecté au Bengale, met au point un système d'identification similaire à celui de Vucetich, système qui est toujours utilisé dans les pays anglophones. Ce « système Henry » définit des familles de dessins papillaires : boucles, arches, tourbillons… De retour à Londres, Henry fait adopter, dès 1897, cette technique par Scotland Yard. Il crée le premier fichier d'empreintes digitales en 1901 ; celui-ci vient alors compléter le bertillonnage.

XXe siècle, jusqu'aux années 1980

Le Français Alphonse Bertillon, créateur du bertillonnage. Il serait, malgré ses critiques concernant la méthode, le premier en France à avoir identifié un criminel grâce aux empreintes digitales.

En France, c'est à partir d'octobre 1902, après le ralliement tardif[13] du criminologiste Alphonse Bertillon, créateur, propagateur et ardent défenseur de sa propre méthode d'identification, que les empreintes digitales sont devenues l'une des principales preuves lors des enquêtes policières, après que l'étude des traces digitales a conduit à l'arrestation, pour le meurtre d'un jeune domestique, d'Henri-Léon Scheffer, déjà fiché pour vol et abus de confiance[14],[15].

En 1907, une commission de l'Académie des sciences conclut que la « valeur signalétique » des empreintes digitales « est au moins égale à celle de tout autre ensemble de caractères physiques », ce qui élève cette technique au rang de preuve. Dès lors, les services judiciaires de la police française établissent des fichiers décadactylaires (dix doigts[16]) et monodactylaires en 1904[17].

Edmond Locard, le « père de la police scientifique », complète en 1912 la dactyloscopie par la « poroscopie », c'est-à-dire l'étude des pores de la peau, en se basant sur le fait que les motifs formés par les pores sont aussi uniques que ceux des sillons[18]. Alphonse Bertillon, fondateur de l'anthropométrie judiciaire, suggère en 1914 aux artistes d'apposer une empreinte digitale sur leurs œuvres pour éviter toute contrefaçon.

Traitement informatique des données relatives aux empreintes digitales

La technologie de tomodensitométrie, développée dans les années 1980, permet d'identifier les empreintes latentes difficiles. La lophoscopie étudie les motifs trouvés le long de chaque sillon grâce au scanner d'empreinte ou à des fiches de qualité.

Jusque dans les années 1980, les policiers doivent recouper manuellement des milliers de fiches cartonnées réparties dans différents fichiers régionaux.

Ainsi, en France, pour l'affaire du juge Michel, il faut plusieurs mois pour trouver à qui appartiennent les traces laissées sur une moto. En 1987, lors de l'affaire Thierry Paulin, on s'aperçoit après l'arrestation de celui-ci que ses empreintes, bien que répertoriées dans un fichier de la police de Toulouse, n'avaient pas été comparées. C'est cette dernière affaire qui accélère la création du Fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) qui est institué par le décret du . Ce fichier est géré par la police scientifique. Depuis la loi d'orientation pour la sécurité intérieure de 2002, il s'étend aux empreintes palmaires. Ce fichier est issu du logiciel Morpho System de SAGEM[19], qui automatise les photographies, la numérisation, le traitement et la comparaison des empreintes digitales et palmaires. Le principe de reconnaissance d'empreinte palmaire reste identique : un logiciel quadrille la paume de la main en seize zones de la taille d'une empreinte digitale. Comme pour la reconnaissance des empreintes digitales, il faut, pour qu'un résultat soit jugé positif, qu'au moins douze points d'une trace correspondent parfaitement à ceux d'une empreinte recensée dans le FAED. Le , une première est réalisée par la police technique et scientifique : un voleur est démasqué par ses empreintes palmaires[20]. Autorisé le 28 octobre 2016 par décret, le Fichier des titres électroniques sécurisés (TES) inclut les empreintes digitales de tous les détenteurs d'une carte nationale d'identité ou d'un passeport français[21].

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