Constructivisme (épistémologie)

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Chantier de construction. Le constructivisme présente les connaissances humaines comme des constructions (par exemple : des « construits sociaux »), et non comme le reflet fidèle des faits (tel qu'envisagé par le positivisme).

Le constructivisme, en épistémologie, est une approche de la connaissance reposant sur l'idée que notre image de la réalité, ou les notions structurant cette image, sont le produit de l'esprit humain en interaction avec cette réalité, et non le reflet exact de la réalité elle-même. Pour Jean-Michel Besnier, le constructivisme désigne d'abord « la théorie issue de Kant selon laquelle la connaissance des phénomènes résulte d'une construction effectuée par le sujet[1] ». Ensuite il note qu'en un sens voisin « les travaux de Jean Piaget ont mis en lumière […] les opérations de l'intelligence dont résultent les représentations du monde ».

La conception constructiviste s'oppose à une certaine tradition dite réaliste, comme l'indique Ernst von Glasersfeld. Elle marque

« une rupture avec la notion traditionnelle selon laquelle toute connaissance humaine devrait ou pourrait s’approcher d’une représentation plus ou moins "vraie" d’une réalité indépendante ou "ontologique". Au lieu de prétendre que la connaissance puisse représenter un monde au-delà de notre expérience, toute connaissance est considérée comme un outil dans le domaine de l’expérience[2]. »

Il existe différents courants de pensée constructivistes, selon les disciplines auxquelles cette approche est appliquée et selon les perspectives envisagées.

Courants de pensée

Ian Hacking distingue trois grandes familles de constructivisme[3],[4], qui chacune engage des considérations épistémologiques particulières :

Selon Ian Hacking, ces trois constructivismes s'ignorent largement, mais tous ont en commun l'héritage de la pensée kantienne : « La plupart des constructionnistes n'ont jamais entendu parler du constructivisme en mathématiques. Les constructivistes, les constructionnistes et les constructionnalistes vivent dans des milieux intellectuels différents. Pourtant, les thèmes et les attitudes qui caractérisent chacun de ces "ismes" ne sont pas tellement différents. De tous trois, nous apprenons que les choses ne sont pas ce qu'elles semblent être[7]. » C'est en cela que tous ces constructivismes logent dans la « maison de Kant[7] », qui fut, toujours selon Ian Hacking, le « grand pionnier de la construction[8] », et dont tous les constructivismes, « y compris le constructionnisme social, semblent dériver[9] ».

Il existe par ailleurs une quatrième famille, ignorée de Ian Hacking, qui se réclame du constructivisme dans le champ de l'épistémologie : le constructivisme radical, développé notamment par Ernst von Glasersfeld à partir des travaux de cybernétique et de systémique, et repris en France par Jean-Louis Le Moigne sous le nom d'épistémologie constructiviste. On y croise notamment les travaux d'épistémologie génétique de Jean Piaget, qui présente les « épistémologies constructivistes » (au pluriel) en 1967 dans le fameux article de l'Encyclopédie de la Pléiade « Logique et Connaissance scientifique », ou encore les travaux d'épistémologie complexe d'Edgar Morin[10].