Alfred North Whitehead

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Alfred North Whitehead
Alfred North Whitehead - cropped.jpg

Photographie d'Alfred North Whitehead.

Naissance
Décès
Nationalité
Formation
Principaux intérêts
Idées remarquables
Œuvres principales
Principia MathematicaProcès et réalitéLe Concept de nature
Influencé par
A influencé
Fratrie
Henry Whitehead (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfant
Thomas North Whitehead (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinctions
signature d'Alfred North Whitehead

signature

Alfred North Whitehead, né le 15 février 1861 à Ramsgate et mort le 30 décembre 1947 à Cambridge (Massachusetts), est un philosophe, logicien et mathématicien britannique. Il est le fondateur de l'école philosophique connue sous le nom de la philosophie du processus, un courant influent dans toute une série de disciplines : l'écologie, la théologie, l'éducation, la physique, la biologie, l'économie et la psychologie.

Au début de sa carrière, Whitehead écrit principalement sur les mathématiques, la logique et la physique. Son premier grand ouvrage A Treatise of Universal Algebra (1898) porte sur l'algèbre qu'il se propose d'unifier tout comme David Hilbert l'a fait avec les géométries non euclidiennes. Son œuvre la plus remarquable dans ces domaines demeure les Principia Mathematica (1910-1913), en trois volumes, œuvre majeure écrite en collaboration avec son ancien étudiant Bertrand Russell. Les Principia Mathematica sont considérés comme l'une des œuvres les plus importantes du XXe siècle en logique mathématique.

Durant la période allant de la fin des années 1910 au début des années 1920, Whitehead s'est progressivement tourné vers la philosophie des sciences et la métaphysique. Peu à peu il s'éloigne du logicisme et s'oriente vers la philosophie de la nature dans ses œuvres An Inquiry concerning the Principles of Natural Knowledge (1919) et The Concept of Nature (1920). Dans The Principles of Relativity (1922), il discute et critique la théorie einsteinienne de la relativité. Sa pensée, partie des mathématiques, s'oriente vers une métaphysique dans laquelle l'idée de « process », parfois traduite en français par « procès »[n 1], tient une place prépondérante. Il a développé un système de métaphysique complet, radicalement nouveau dans la philosophie occidentale. Aujourd'hui, les travaux philosophiques de Whitehead — notamment Procès et réalité (Process and Reality, 1929) — sont considérés comme les textes fondateurs de la philosophie du process.

Sa métaphysique est centrée sur les notions de préhensions (un mot qu'il crée pour indiquer qu'une perception consciente ou inconsciente incorpore certains aspects de la chose perçue) et de relations. Le fait qu'il ne cherche pas les conditions de possibilité d'une connaissance, mais comment rendre compte de l'expérience, constitue une différence forte entre les métaphysiques de Kant et de Whitehead. Par rapport à Aristote et à Leibniz, chez lui l'harmonie de l'ordre du monde n'est pas donnée une fois pour toutes, mais doit évoluer pour répondre aux changements du monde. Dans cette optique, la notion de créativité occupe une place clé. Concernant sa théologie, elle est centrée sur une double nature de Dieu : sa nature primordiale et sa nature conséquente. La première est immuable alors que la seconde en lien avec le monde est muable. L'ordre du monde est fondé sur des relations entre ces deux natures et le monde qui, d'une certaine façon, coopère avec Dieu.

La process de Whitehead insiste sur le fait qu'« il est urgent de voir le monde comme un réseau de processus interdépendants dont nous sommes partie intégrante, et que tous nos choix et nos actions ont des conséquences sur le monde qui nous entoure »[1]. Pour cette raison, l'une des applications les plus prometteuses de sa pensée au cours des années 2000 concerne l'écologie, notamment l'éthique de l'environnement de John B. Cobb, Jr.

Biographie

Vue sur un immeuble ancien
La Cour nord de Whewell au Trinity College, Cambridge. Whitehead a passé trente ans à Trinity, cinq en tant qu'étudiant, et vingt-cinq en tant que maître de conférences.

Alfred North Whitehead est né à Ramsgate, dans le Kent en Angleterre, en 1861, d'après son biographe Victor Lowe[2]. Son père, Alfred Whitehead, est à la fois pasteur et enseignant de la Chatham House Grammar School, une école pour garçons fondée par Thomas Whitehead, le grand-père d'Alfred North[3]. Whitehead n'est apparemment pas particulièrement proche de sa mère, Maria Sarah Whitehead, née Buckmaster, qu'il ne mentionne dans aucun de ses livres et dont il semble avoir eu une piètre opinion[4].

Whitehead fait son cursus scolaire à la Sherborne School, dans le Dorset, alors considérée comme l'un des meilleurs établissements privés du pays[5]. Son enfance a été très protégée[6]. À l'école, il excelle en sport et en mathématiques[7].

En 1880, il entre au Trinity College de Cambridge et devient membre des Cambridge Apostles, une société secrète d'étudiants[8]. Dans cette université, il étudie les mathématiques[9] sous la direction d'Edward Routh[10] et obtient son BA de Trinity en 1884 avec mention (quatrième wrangler[11]). Élu fellow du Trinity en 1884, Whitehead enseigne les mathématiques et la physique dans cet établissement jusqu'en 1910. De 1890 à 1898, il écrit son Treatise on Universal Algebra (1898). Dans les années 1900, il écrit en collaboration avec son ancien élève, Bertrand Russell, les Principia Mathematica, ouvrage majeur dans l'histoire des mathématiques du XXe siècle.

En 1890, Whitehead épouse Evelyn Wade, une Irlandaise élevée en France dont il a une fille, Jessie Whitehead, et deux fils, Thomas North Whitehead et Eric Whitehead. Ce dernier meurt alors qu'il sert dans le Royal Flying Corps pendant la Première Guerre mondiale, à l'âge de 19 ans[12].

Portait en noir et blanc d'un homme moustachu qui porte un veston
Bertrand Russell en 1907. Russell était un élève de Whitehead au Trinity College, un collaborateur de longue date et un ami.

En 1910, Whitehead démissionne du Trinity College et emménage à Londres[13]. Comme il démissionne sans avoir trouvé préalablement un autre emploi, il connaît un an de chômage avant d'obtenir un poste de maître de conférences en mathématiques et mécanique appliquée à l'University College London[14].

En 1914, Whitehead est nommé professeur de mathématiques appliquées à l'Imperial College de Londres, où son vieil ami Andrew Forsyth vient d'être nommé responsable du département de mathématiques[15]. Fin 1918, Whitehead est élu doyen de la Faculté des sciences de l'université de Londres (un poste qu'il occupe pendant quatre ans), puis devient membre du Sénat de l'université en 1919 dont il devient président un an plus tard, poste qu'il occupe jusqu'à son départ pour l'Amérique en 1924. Whitehead s'est servi de son influence pour rendre l'université plus accessible aux étudiants les moins riches[16].

À partir de la fin des années 1910, il se tourne vers la philosophie. Bien qu'il n'ait eu aucune formation avancée dans ce domaine, son œuvre philosophique est rapidement estimée. En 1920, il publie The Concept of Nature, et devient président de la Société aristotélicienne de 1922 à 1923[17]. En 1924, Henry Osborn Taylor invite Whitehead, alors âgé de 63 ans, à se joindre au corps professoral de l'université Harvard, aux États-Unis, en tant que professeur de philosophie[18].

C'est durant sa période passée à Harvard que Whitehead produit ses contributions philosophiques les plus importantes. En 1925, il écrit Science and the Modern World, qui est immédiatement salué comme une alternative au dualisme, et spécialement au dualisme cartésien[19]. Quelques années plus tard, il publie son ouvrage Procès et réalité, qui a été comparé à la Critique de la raison pure de Kant. La famille Whitehead passe le reste de sa vie aux États-Unis. Alfred North prend sa retraite de Harvard en 1937 et reste à Cambridge au Massachusetts, jusqu'à sa mort le [20].

Si la biographie en deux volumes de Whitehead par Victor Lowe[21],[22] constitue la présentation la plus précise de la vie du philosophe mathématicien, de nombreux détails de sa vie restent néanmoins obscurs. En effet, à sa demande, sa famille a détruit tous ses papiers personnels après sa mort[23]. En outre, Whitehead était connu pour sa « croyance presque fanatique du droit à la vie privée », et aussi pour avoir écrit très peu de lettres personnelles qui permettraient de mieux comprendre sa vie, selon son biographe[23],[2].

À l'heure actuelle, il n'existe aucune édition critique des écrits de Whitehead, bien que le projet de recherche « Whitehead » du Center for Process Studies travaille sur une telle édition[24].

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