Alexis de Tocqueville

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Alexis-Henri-Charles Clérel, comte de Tocqueville, généralement appelé par convenance Alexis de Tocqueville, né à Paris le et mort à Cannes le [1], est un philosophe politique, homme politique, historien, précurseur de la sociologie et écrivain français. Il est célèbre pour ses analyses de la Révolution française, de la démocratie américaine et de l'évolution des démocraties occidentales en général.

Raymond Aron et Raymond Boudon entre autres, ont mis en évidence son apport à la sociologie[2],[3]. François Furet, quant à lui, a mis en avant la pertinence de son analyse de la Révolution française[4]. Son œuvre a eu une influence considérable sur le libéralisme et la pensée politique, au même titre que celles de Hobbes, Montesquieu, et Rousseau[5].

Biographie

Caricature par Honoré Daumier (1849).

Enfance

Né à Paris le 29 juillet 1805 dans une famille légitimiste de la noblesse normande, Alexis de Tocqueville compte plusieurs aïeux illustres. Il est par sa mère arrière-petit-fils de Malesherbes et neveu par alliance de Jean-Baptiste de Chateaubriand, frère aîné de l'écrivain François-René de Chateaubriand (Malesherbes et Jean-Baptiste de Chateaubriand seront tous deux guillotinés pendant la Terreur)[6],[7]. En outre, il descend de Saint-Louis par sa grand-mère paternelle[8]. Il est le cadet de la famille : ses deux frères, Hippolyte (1797-1877) et Édouard (1800-1874)[9]embrasseront tous deux une carrière militaire puis politique.

Ses parents, Hervé Clérel de Tocqueville, comte de Tocqueville, soldat de la Garde constitutionnelle du Roi Louis XVI, et Louise Madeleine Le Peletier de Rosanbo, évitent la guillotine in extremis grâce à la chute de Robespierre (le 9 Thermidor An II soit le ) intervenue la veille de la date prévue pour leur exécution. Cette histoire familiale explique pour beaucoup l'horreur que manifestera Alexis de Tocqueville pour toute révolution violente[10].

Hervé de Tocqueville s'installe d'abord à Malesherbes puis au château de Verneuil-sur-Seine, « héritage d'échafaud » qui avait appartenu à madame de Sénozan, sœur de Malesherbes, exécutée en même temps que lui. Il est le tuteur des enfants de Jean-Baptiste de Chateaubriand qu'il élève avec les siens[11],[12]. Le 10 septembre 1804, il est nommé maire de la ville[13]. À la Restauration, il entame une carrière préfectorale favorisée par sa proximité avec le parti ultra-royaliste (préfet de la Côte-d'Or le 31 janvier 1816) qui s'achève en 1828. Il occupe alors la préfecture prestigieuse de Versailles qu'il doit quitter en janvier lorsqu'il devient pair de France[14].

Son père ayant été nommé préfet de la Moselle en 1817, Alexis fréquente le collège des Jésuites de Metz. Il y poursuit ses études jusqu'à l'obtention de son baccalauréat en 1823. À dix-sept ans, il a un enfant naturel avec la couturière de la préfecture[15].

Alexis Charles Henry de Tocqueville, Représentant du Peuple par Théodore Chassériau.

Bachelier en 1823, licencié en droit en 1826, assistant assidûment aux conférences de François Guizot de 1828 à 1830[16], Alexis de Tocqueville est nommé juge auditeur le 5 avril 1827 au tribunal de Versailles, où il rencontre Gustave de Beaumont, substitut, qui collaborera à plusieurs de ses ouvrages. Après avoir prêté à contre-cœur serment comme magistrat au nouveau régime[17], tous deux sont envoyés aux États-Unis en 1831 pour y étudier le système pénitentiaire américain (séjour du 11 avril 1831 au 20 février 1832), d'où ils reviennent avec Du système pénitentiaire aux États-Unis et de son application (1832)[18]. Tocqueville s'inscrit ensuite comme avocat. Il rencontre le procureur général de l'État de Louisiane, Étienne Mazureau, qui lui fournit un grand nombre d'informations sur le plan juridique, mais également sociologique, démographique et linguistique. Alexis de Tocqueville publiera en 1835 le premier tome de son ouvrage De la démocratie en Amérique (le second en 1840), œuvre fondatrice de sa pensée politique. En 1835, il se marie à une roturière anglaise émigrée en France, Marie Motley[19], et est reçu en Angleterre par son ami John Stuart Mill, et publie son essai L'État social et politique de la France avant et depuis 1789 qui formera ses grandes bases de réflexions sur l'Ancien Régime et la Révolution. Grâce à son succès, il est nommé chevalier de la Légion d'honneur (1837) et est élu à l'Académie des sciences morales et politiques (1838), puis à l'Académie française (1841).

Carrière politique

À la même époque, il entame une carrière politique, en devenant en 1839 député de la Manche (Valognes), siège qu'il conserve jusqu'en 1851. Se positionnant initialement à gauche[20] il défendra au Parlement ses positions anti-esclavagiste et libre-échangiste, et s'interrogera sur la colonisation, en particulier en Algérie[21]. Ce « libéral-conservateur »[22] se fera aussi témoin du « rapetissement universel » emporté par la promotion au pouvoir d'une classe moyenne « ne songeant guère aux affaires publiques que pour les faire tourner au profit de ses affaires privées » (Souvenirs)[23]. Il fit en outre partie de la Société d'Économie Charitable, réunion de députés catholiques sociaux, pour la plupart légitimistes.

En 1842, il est élu conseiller général de la Manche par le canton jumelé de Montebourg/Sainte-Mère-Église, qu'il représente jusqu'en 1852. En 1846 il participe à la création du groupe de la Jeune Gauche en rédigeant la partie économique et sociale du programme[24]. Ce groupe représente un mouvement réformiste de la Monarchie de Juillet qui avortera. Le il est élu au second tour de scrutin (par 24 voix sur 44 votants) président du conseil général[25], fonction qu'il occupe jusqu'en 1851[26].

Dans ses Souvenirs, il rappelle le discours qu’il tint devant les députés le 29 janvier 1848 afin de les alerter sur le climat délétère : « Est-ce que vous ne ressentez pas, par une sorte d'intuition instinctive qui ne peut pas s'analyser, mais qui est certaine, que le sol tremble de nouveau en Europe ? Est-ce que vous ne sentez pas... que dirais-je ?... un vent de révolution qui est dans l'air ? […] Je parle ici sans amertume, je vous parle, je crois, même sans esprit de parti ; j'attaque des hommes contre lesquels je n'ai pas de colère, mais enfin, je suis obligé de dire à mon pays ce qui est ma conviction profonde et arrêtée. Eh bien ! ma conviction profonde et arrêtée, c'est que les mœurs publiques se dégradent ; c'est que la dégradation des mœurs publiques vous amènera dans un temps court, prochain peut-être, à des révolutions nouvelles. Est-ce donc que la vie des rois tient à des fils plus fermes et plus difficiles à briser que celle des autres hommes [27]? »

Après la chute de la Monarchie de Juillet, il est élu à l'Assemblée constituante de 1848. C'est une personnalité éminente du parti de l'Ordre, un parti pourtant résolument conservateur. Prenant conscience du poids de la classe ouvrière et de l'émergence du socialisme avec la Révolution française de 1848, qu'il considère comme une trahison de la révolution de 1789, il approuvera la répression des Journées de Juin.

Il est membre de la Commission chargée de la rédaction de la Constitution française de 1848. Il y défend surtout les institutions libérales, le bicamérisme, l'élection du président de la République au suffrage universel, et la décentralisation. Il est élu en 1849 à l'Assemblée législative, dont il devient vice-président.

Hostile à la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République, lui préférant Cavaignac, il accepte cependant le ministère des Affaires étrangères entre juin et octobre 1849 au sein du deuxième gouvernement Odilon Barrot. Opposé au Coup d'État du 2 décembre 1851, il fait partie des parlementaires (dont Berryer et Lanjuinais) qui se réunissent à la mairie du mairie du Xe arrondissement et votent la déchéance du président de la République. Incarcéré à Vincennes, puis relâché, il quitte la vie politique. Le 14 janvier 1852, il n'en adresse pas moins une lettre au « comte de Chambord », lui conseillant de devenir, face au césarisme renaissant, le champion des libertés. Retiré en son château de Tocqueville, il entame l'écriture de L'Ancien Régime et la Révolution, paru en 1856, dont le sujet porte sur le centralisme français. La seconde partie reste inachevée, quand il meurt en convalescence à la Villa Montfleury de Cannes le 16 avril 1859, où il s'était retiré six mois plus tôt avec sa femme pour soigner sa tuberculose. Il est enterré au cimetière de Tocqueville.

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