Économie (discipline)

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Article connexe : Sciences économiques.

L'économie (du grec ancien οἰκονομία / oikonomía : « administration d'un foyer ») est une discipline qui étudie l' économie en tant qu'activité humaine qui consiste en la production, la distribution, l'échange et la consommation de biens et de services.

A partir du e siècle l'économie, la richesse économique, devient un élément de plus en plus important de la vie des Etats et des personnes. Aussi on va considérer qu'on ne peut plus s'en tenir à l'économie familiale, mais qu'il convient de s'intéresser au vaste champ qui s'étend au-delà qui va être appelé dans un premier temps économie politique. Toutefois le terme économie politique posant des problèmes du fait des rapports qu'il induit entre la politique et l'économique, la profession à la suite d' Alfred Marshall [1], [2] préfère opter pour le mot anglais economics. La traduction française économique n'aura pas de succès et la France comme les pays latins désignera longtemps la discipline économique, science économique pour bien insister sur le caractère scientifique. Ce terme, du fait de son insistance même, donne lieu à de multiples controverses.

Si l’économie (discipline) est le concept étudié par les sciences économiques, celles-ci prenant appui sur des théories économiques, et sur la gestion, son sceptre est plus large et s'étend de la philosophie économique aux réflexions et études sur les politiques économiques. Elle commence à s'imposer à partir des mercantilistes et développe à partir d' Adam Smith un important corpus analytique qui est généralement scindé en deux grandes branches : la microéconomie ou étude des comportements individuels, et la macroéconomie qui émerge dans l' entre-deux-guerres, avec l'ouvrage majeur de John Maynard Keynes, intitulé Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie [3], [4], [5]. Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, ce corpus a été étendu à l'analyse et à la gestion de nombreuses organisations humaines (puissance publique, entreprises privées, coopératives, etc.) et de certains domaines : international, finance, développement des pays, environnement, marché du travail, culture, agriculture, etc.

Histoire de la pensée économique

Article détaillé : histoire de la pensée économique.

Pour une histoire du développement de l'activité économique des hommes voir les articles, Chronologie des faits économiques, Histoire de l'économie et aussi Histoire économique.

L'économie de l'Antiquité à la fin du XVIIIe siècle

L'économie de l'Antiquité

La pensée économique remonte aux civilisations mésopotamienne, grecque, romaine, indienne, chinoise (voir Qin Shi Huang), perse et arabe.

Civilisations mésopotamiennes

À partir de la fin du VIe millénaire VIe millénaire av. J.‑C. les Cités-États de Sumer ont développé leurs commerces et leurs économies à partir des marchés de matières premières. Les premiers codes de loi de Sumer pourraient être considérés comme les premiers écrits économiques, dont de nombreux attributs sont encore en usage dans la valorisation des prix d'aujourd'hui tels les montants codifiés d'échange d'argent lors des échanges commerciaux ( taux d'intérêt), amendes, règles d'héritage, lois concernant la façon dont la propriété privée doit être imposée ou divisée, etc. [6]. Les Babyloniens et les Cités-États voisines développèrent le premier système économique utilisant une métrique de produits divers, tel que le «  shekel », mesure basée sur le poids de l'orge, qui était fixée par un code juridique [7].

En Mésopotamie, de nombreuses tablettes trouvées notamment à Kanish, en Anatolie, ou à Assur démontrent une intense activité commerciale [N 1].

Monde grec

Économique est un mot grec qui apparaît comme titre de deux traités, l'un de Xénophon, l'autre d' Aristote, dont l'objet est la connaissance et la formulation des lois (« nomos ») permettant d'optimiser l'utilisation des biens d'une maison (« oikos »), considérée comme unité collective de production d'une famille élargie ou d'un clan. La richesse est considérée du point de vue de l'abondance des biens produits et de leur utilité, non de l'accumulation de monnaie par l'usure ou le négoce dont les procédés font l'objet d'une autre discipline qu'Aristote appelle chrématistique (de khréma (la richesse) et -atos (degré superlatif)) et qu'il considère comme des activités stériles, voire déshonorantes dans l' Éthique à Nicomaque). L'Économique est explicitement distingué de la Politique, laquelle fait l'objet d'un autre traité d'Aristote et vise à établir l'harmonie et la justice entre les différentes classes de personnes et de familles qui constituent la cité.

Inde

Un auteur, L. K. Jha, voit dans la pensée du philosophe indien Chânakya (340-293 av. J.-C.), antérieure à celle d' Ibn Khaldoun d'un millénaire et demi, des aspects qu'on retrouve plus tard dans l'économie moderne [8]. Conseiller auprès du trône de l' empire Maurya de l'ancienne Inde, auteur prolifique, notamment en économie politique, son magnum opus est le Arthashastra (La Science des richesses et du bien-être) [9], [N 2].

Moyen Âge

Les penseurs économiques du Moyen Âge sont avant tout des théologiens. Parmi les écrivains notables du Moyen Âge, nous pouvons citer Thomas d'Aquin et Ibn Khaldoun. Dans sa Somme théologique, Thomas d'Aquin examine de nombreuses questions de nature économique, dont la justification de la propriété privée, du commerce et du profit.

Joseph Schumpeter a d'abord considéré les scolastiques de la fin du e siècle au e siècle comme les fondateurs les plus proches de la science économique. Raisonnant dans le cadre du droit naturel ils préfigurent l'économie moderne dans le domaine de la politique monétaire, de l' intérêt, et la théorie de la valeur dans le cadre du droit naturel [10]. Après avoir découvert le Muqaddima, Schumpeter vit en Ibn Khaldoun le plus proche précurseur de l'économie moderne [11], même si la plupart de ses théories économiques ne furent connues en Europe qu'à une époque relativement récente [12].

Les débuts de l'économie moderne : le mercantilisme (1450-1750)

Article détaillé : mercantilisme.
Jean-Baptiste Colbert
Jean-Baptiste Colbert, la grande figure du mercantilisme en France

Les historiens circonscrivent le mercantilisme à la période allant de 1450 jusque vers 1750 [13]. Il naît au moment où émerge la notion d' État qui doit s'imposer sur deux fronts : à l'extérieur face au pouvoir papal, et à l'intérieur pour unifier le territoire [14]. Les penseurs mercantilistes prônent le développement économique par l'enrichissement des nations au moyen du commerce extérieur qui permet de dégager un excédent de la balance commerciale grâce à l'investissement dans des activités économiques à rendement croissant, comme l'avait identifié l'économiste italien Antonio Serra dès 1613.

L' État a un rôle primordial dans le développement de la richesse nationale, en adoptant des politiques protectionnistes établissant notamment des barrières tarifaires et encourageant les exportations. Le mercantilisme est protectionniste à l'extérieur mais à l'intérieur, au contraire, il vise à l'unification du marché national. Cette doctrine économique connaît son apogée du e siècle au e siècle, propagée par une littérature prolifique de pamphlets de commerçants ou d'États. Elle estime que la richesse d'une nation dépend de l'importance de sa population et de l'accumulation d'or et d'argent. Les nations qui n'ont pas accès aux mines peuvent obtenir l'or et l'argent en favorisant leur outil productif et en stimulant leurs exportations. Pour ce faire ils vont à la fois limiter les importations de produits finis et pousser aux importations de matières premières destinées à être manufacturées et exportées avec profit [15], [16].

En France, apparaissent les premiers ouvrages qui analysent le fonctionnement économique de l'État et proposent des actions au gouvernement pour améliorer son fonctionnement, en particulier le Traité d’économie politique [17], d' Antoine de Montchrestien (1615) ; Le Détail de la France, la cause de la diminution de ses biens et la facilité du remède en fournissant en un mois tout l’argent dont le Roi a besoin et enrichissant tout le monde, de Pierre Le Pesant de Boisguilbert (1695) ; ou encore La Dîme royale, de Vauban en 1700.

Le mercantilisme est loin d'être un courant de pensée uniforme. On peut distinguer le bullionisme portugais ou espagnol, le mercantilisme industriel français dont Jean-Baptiste Colbert est la figure de proue, le mercantilisme commercial anglais et le caméralisme allemand qui se considère comme une science des choses de l' État [18]. Les mercantilistes accordent une place très forte à la monnaie et en particulier à la balance commerciale, ce que leur reprocheront plus tard David Hume et Adam Smith. Mais les penseurs économiques alors sont loin de s'intéresser uniquement aux caisses de l'État. Si William Petty anticipe sur des notions telles que la masse monétaire, ou la vitesse de circulation de la monnaie, il insiste aussi sur l'intérêt du plein emploi pour la richesse de tous [19]. Au Xxe siècle, beaucoup d'économistes sont revenus sur les critiques faites à l'encontre du mercantilisme et ont reconnu l'exactitude de certains points de leurs théories. Entre autres, John Maynard Keynes a soutenu certains principes mercantilistes [Lesquels ?].

La naissance de l'économie classique 1750-1776 : les physiocrates et Adam Smith

Richesse des Nations par Adam Smith, édition Blanqui de 1843

La publication par Adam Smith de Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations [20] en 1776, est souvent vue comme marquant la naissance de l' économie classique et la consacrant comme une discipline digne d'étude à part entière [21]. Cette publication propose une synthèse cohérente des connaissances économiques de cette époque. Si Adam Smith est aujourd’hui surtout connu en tant qu’économiste, il se considérait avant tout comme professeur de philosophie morale (qu’il avait enseignée à Glasgow). Ainsi, la Richesse des nations ne traite pas seulement d’ économie (au sens moderne), mais aussi d’ économie politique, de droit, de morale, de psychologie, de politique, d’ histoire, ainsi que de l’interaction et de l’interdépendance entre toutes ces disciplines. L’ouvrage, centré sur la notion d’ intérêt personnel, forme un ensemble avec la Théorie des sentiments moraux, où il avait exposé la sympathie inhérente à la nature humaine [N 3].

Les physiocrates constituent un groupe de penseurs français du milieu du e siècle tels que François Quesnay (médecin de métier) avec qui Adam Smith eut de nombreux échanges. À l'image des découvertes spectaculaires des lois de gravitation par Isaac Newton, les physiocrates s'attachent à la recherche des lois naturelles qui régissent les activités des hommes. Ils ont notamment schématisé l'économie comme un flux de revenus et de dépenses améliorant le modèle de Boisguilbert [22], [N 4]. En opposition aux idées mercantilistes, les physiocrates considèrent que la richesse d'un pays consiste en la richesse de tous ses habitants et non seulement celle de l' État. Inspirés en particulier par des ouvrages comme celui de Essai sur la nature du commerce en général, 1755, les physiocrates considèrent que la seule activité réellement productive est l' agriculture. La terre multiplie les biens : une graine semée produit plusieurs graines. Au bout du compte, la terre laisse un produit net ou surplus. L' industrie et le commerce sont considérés comme des activités stériles car elles se contentent de transformer les matières premières produites par l'agriculture. L'organisation politique de cette époque, où les nobles ne travaillent pas et sont les grands propriétaires terriens, est certainement un facteur expliquant cette aberration surestimant l'importance du travail de la terre. Ainsi ils préconisaient le remplacement administrativement coûteux du recouvrement de l'impôt par une taxe unique sur les revenus des propriétaires fonciers. Les variations d'un tel impôt foncier ont été ultérieurement reprises par certains économistes (y compris par Henry George un siècle plus tard) du fait de la relative faiblesse de distorsion de cette source de recettes fiscales. En réaction contre l'abondante réglementation du commerce par les politiques mercantilistes des États, les physiocrates préconisaient une politique de «  laissez-faire », qui proposait l'intervention minimale du gouvernement dans l'économie [23].

Adam Smith reproche aux physiocrates leur dogmatisme sur l'agriculture qu'il explique par une réaction excessive à la politique mercantiliste de Colbert qui avait privilégié les activités industrielles des villes [N 5], [N 6]. En analysant l’origine de la prospérité récente de certains pays, comme l’ Angleterre ou les Pays-Bas, Adam Smith développe des théories économiques sur la division du travail, le marché, la monnaie, la nature de la richesse, le « prix des marchandises en travail », les salaires, les profits et l’accumulation du capital. Il examine différents systèmes d’économie politique, en particulier le mercantilisme et la physiocratie. De l'analyse de ces systèmes économiques il développe le « système de la liberté naturelle » [24], qui privilégie l’ intérêt individuel, le jeu de la libre entreprise, de la libre concurrence et de la liberté des échanges postulant que la liberté de ces activités contribuent efficacement à la richesse de la société de façon indirecte. Cette liberté ne peut exister qu'au sein d'un État souverain garant de la paix, de la justice et d'un service public [24]. Une autre expression célèbre d'Adam Smith, souvent utilisée pour illustrer sa pensée, est la notion de la main invisible [25]. Cette expression n'apparait qu'une fois dans le livre d'Adam Smith et s'applique non au marché mais à un individu qui, travaillant à faire fructifier son capital, défend indirectement les intérêts de la société à laquelle il appartient

Contrairement à une idée répandue, la formule de laissez-faire ne se trouve ni dans les écrits d'Adam Smith ni dans ceux de David Ricardo ou de Thomas Malthus [26]. Pour Keynes, ce sont celles des vulgarisateurs du e siècle comme Harriet Martineau ou Mrs Marcet, des Easy Lessons for the Use of Young People (1850) ou encore de l'archevêque Whately qui fut le premier professeur d'économie à l' Université d'Oxford (1829). C'est par eux que le dogme est « devenu une maxime de cahier d'écolier » [27]. De même, la plupart des chercheurs ayant travaillé sur l'œuvre d'Adam Smith [Note 1] pensent que cette version ne traduit pas de façon correcte la pensée d'Adam Smith. Même si, entre eux, des différences existent, il est possible de dégager de grands points d'accords. D'une part, comme l'a montré Jacob Viner dans le système de la liberté naturelle de Smith, les pouvoirs publics interviennent beaucoup plus qu'on ne l'imagine usuellement. D'autre part, la main invisible ne signifie pas qu'il y ait automatiquement harmonisation des intérêts, mais que les actes ont des conséquences inattendues, parfois positives, parfois négatives [28]. Enfin, en lien avec la remarque que Smith faisait aux physiocrates, ils estiment que le libéralisme économique de Smith « prône le perfectionnement intentionnel d'un ordre suboptimal non intentionnel » [29].

L'économie de 1800 à nos jours

L'économie politique classique, Malthus et Ricardo

Thomas Malthus
Malthus préconisait un contrôle de la population car il craignait que les ressources naturelles ne soient infiniment exploitables.

Pour Adam Smith, augmentation de la population est synonyme d'augmentation de la richesse. Thomas Malthus, pasteur chargé de l'aide aux pauvres dans sa commune, est frappé par la misère engendrée par les mauvaises récoltes de 1794 à 1800. Il s'intéresse alors aux problématiques du progrès, de la croissance de la population et de la richesse. Son ouvrage principal, Essai sur le principe de population [30], connait une grande popularité et conduit à un des premiers recensements de la Grande-Bretagne. Si ses thèses et pronostics se sont révélés en partie fausses, ses problématiques restent d'actualité [31].

Avec la publication Des principes de l'économie politique et de l'impôt [32], David Ricardo développe et enrichit les thèses de la valeur, du libre-échange popularisées par Adam Smith. Pour Daniel Villey, « les bases essentielles du système ricardien — la loi de la population, la loi des rendements décroissants, la théorie de la rente — viennent de Malthus » [33]. Pour Malthus [N 7], la population a tendance à augmenter géométriquement alors que la production de denrées alimentaires ne s'accroît que de manière arithmétique. Pour rétablir l'équilibre, la Nature dresse des obstacles efficaces (famines, épidémies etc.) mais inhumains [34]. Pour Malthus, un pasteur, il conviendrait plutôt de limiter la reproduction par des moyens artificiels [34]. Il y a chez lui un certain pessimisme sur les capacités d'augmenter la production du fait de la Loi des rendements décroissants. Malthus conteste également qu'une économie de marché conduise automatiquement au plein emploi comme le fera également Keynes plus tard.

Alors qu'Adam Smith s'intéressait à la production de revenus, David Ricardo [N 8] axe ses recherches sur la distribution des revenus entre les propriétaires fonciers qui perçoivent des rentes, les travailleurs qui reçoivent des salaires (qui sont liés au minimum nécessaire pour subsister et donc au prix du blé) et les capitalistes dont les revenus sont constitués par les profits [35]. Au centre de la problématique ricardienne se trouve le problème de la rente foncière (pour lui, la croissance de la population et des capitaux se heurte à une offre inchangée de terre qui pousse la rente foncière vers le haut et entraîne une baisse des salaires et des profits [36]. L'œuvre de Ricardo se situe dans le contexte de l'abolition des corn laws qui favorisent les propriétaires terriens et de la conversion de l' Angleterre au libre-échange dont Ricardo avec la loi des avantages comparatifs est l'un des grands théoriciens.

À la fin de la tradition classique, John Stuart Mill se distingue des économistes antérieurs de cette école sur la question de la redistribution des revenus produits par le marché. Il attribue deux rôles au marché : une capacité à répartir des ressources et une capacité à répartir les revenus. Si le marché est efficace dans l'allocation des ressources, il l'est moins dans la distribution des revenus, ce qui oblige la société à intervenir [N 9].

La théorie de la valeur est un concept important la théorie classique. Smith écrit que le prix réel de chaque chose est le labeur et la peine de l'acquérir sous influence de sa rareté. Il soutient que, avec les rentes et les profits, les frais autres que les salaires entrent aussi dans le prix d'un produit [37]. David Ricardo a systématisé et simplifié cet aspect de la pensée smithienne en élaborant ce qui a été appelé la «  théorie de la valeur travail » qui a été plus tard reprise par Karl Marx alors que les néo-classiques lui ont substitué la théorie de l'utilité marginale.

Le marxisme

Pour aller plus loin : voir le Portail du Marxisme.
Karl Marx
Karl Marx reprend le problème des rendements décroissants du capitalisme.

L'économie vue par les marxistes résulte des travaux de Karl Marx (notamment des trois livres constituant Das Kapital, publiés en 1867, 1885 et 1894) et de Friedrich Engels. Sur un plan général, l'économie n'est pas dans cette optique une science complètement séparée de la sociologie, de l' histoire, ou de l' anthropologie [38]. Au contraire le matérialisme historique vise à unifier toutes les sciences sociales dans une science de la société [38]. Par ailleurs, trois points essentiels caractérisent ainsi l'économie du point de vue marxiste [39] : le travail salarié, l'exploitation du prolétariat et les crises liées à l'accumulation de capital.

Si Marx reprend la théorie de la valeur travail de Ricardo, il reproche à cet auteur de ne pas avoir analysé comment le système capitaliste avait émergé et comment cela avait donné aux capitalistes le pouvoir et la capacité d'exploiter les travailleurs qui n'ont que leur force de travail à vendre [39]. Les crises s'inscrivent dans le cadre des lois de l'évolution du mode de production capitaliste.

Au niveau global, selon l'approche marxiste de l'économie, il y aurait des lois de l'évolution du capitalisme [40] telles que : la propension des capitalistes à accumuler, la tendance à des révolutions technologiques constantes, la soif inextinguible des capitalistes pour la plus-value, la tendance à la concentration, la tendance du capital à devenir de plus en plus « organique » (c'est-à-dire à moins recourir au capital variable qu'est la force de travail), la tendance au déclin du taux de profit, la lutte des classes, la tendance à une polarisation sociale croissante, la tendance à ce que les salariés soient employés dans des entreprises de plus en plus grandes et enfin, l'inéluctabilité des crises dans le système capitaliste [41]. Les crises sont dans ce cadre toujours des crises de surproduction alors que les crises précapitalistes étaient des crises de sous-production. Les crises sont vues par les marxistes comme un moyen pour le capitalisme de se renouveler [42].

La révolution marginaliste

La révolution marginaliste survient vers 1870-1871 quand William Stanley Jevons, Léon Walras et Carl Menger introduisent le concept d' utilité marginale centré sur la valeur pour le consommateur et récusent la valeur travail [43]. Toutefois, entre les trois fondateurs du marginalisme, il est possible de relever de fortes différences.

Léon Walras, qui a préparé le concours à l' École polytechnique, est marqué par le rationalisme français, ce qui le conduit à une approche hypothético-déductive et à un système d' équilibre général très abstrait. S'il est considéré comme le fondateur de l' école de Lausanne, il a de son temps peu d'influence en France où la discipline peine à prendre son autonomie vis-à-vis du droit. Une économie mathématisée commencera à s'imposer de façon cohérente dans ce pays lorsque Clément Colson deviendra, en 1918, professeur d'économie à l'École polytechnique. Toutefois, ce sont John Hicks et Paul Samuelson qui réellement contribueront à forger sa célébrité.

Stanley Jevons, tout comme Léon Walras, veut également mathématiser l'économie mais il est plus inductif, il veut partir de l'étude des faits, des réalités, en raisonnant dans un cadre qui reste utilitariste (raisonnement sur le plan du plaisir et de la peine ou des avantages et inconvénients). Cette démarche aura une forte influence sur l'économie notamment aux débuts du vingtième siècle et marque toute l'économie appliquée actuelle.

Carl Menger, le fondateur de l' école autrichienne, rejette l’usage des mathématiques et considère l’utilisation d’équations simultanées « à la Walras » comme incapable de mettre en lumière les relations causales ainsi que de rendre compte de la fugacité des échanges. Il trouve qu'il y a quelque chose de collectiviste chez le fondateur de l' école de Lausanne [44] ; ce que cherche Menger, c’est une science capable de rendre compte du comportement des agents, de saisir l’essence des phénomènes économiques [44].

La révolution keynésienne

John Maynard Keynes montre l'importance de l'investissement public pour certaines nations.

Pour Keynes, une économie de marché ne possède pas de mécanismes qui la conduisent de façon automatique vers le plein emploi de ses ressources, d'où la possibilité d'un chômage involontaire qui rend nécessaire une intervention extérieure au marché. Keynes raisonne d'emblée sous l'angle macroéconomique d'offre globale et de demande globale. Dans son cadre macroéconomique, la production, et donc l'emploi, dépend des dépenses. Si la demande n'est pas suffisante, les entreprises ne produiront pas assez et n'emploieront pas tous les salariés d'où la nécessité pour le gouvernement de conduire des politiques de soutien à la demande, c'est-à-dire de soutien à la consommation et/ou à l'investissement. Keynes insiste particulièrement sur l'investissement.

Au cœur de la révolution keynésienne se trouve la réfutation de la loi de Jean-Baptiste Say qui énonce que l'offre crée sa propre demande. Cette loi fonde ou plutôt exprime l'optimisme et aussi le naturalisme de l'économie classique qui veut qu'il ne puisse y avoir de crise de surproduction durable. Si Keynes insiste sur ce point, c'est parce qu'il a motivé les refus par les autorités de toutes ses propositions de politique économique durant les années 1920.

Le livre est postérieur à la crise de 1929 où, d'une certaine façon, les dirigeants ont fait du keynésianisme sans le savoir [45], [46].

Le keynésianisme de Keynes a eu trois successeurs. Les post-keynésiens, souvent associés à l'université de Cambridge et à Joan Robinson, mettent l'accent sur les rigidités macroéconomiques et d'ajustement [47]. Les keynésiens de la synthèse néoclassique ont dominé la période des Trente Glorieuses et de nos jours la nouvelle économie keynésienne met davantage l'accent sur les comportements humains et les imperfections des marchés. Au niveau des théories de la croissance, ils utilisent des modèles de croissance endogènes.

Les courants hétérodoxes

Article détaillé : École de pensée économique.

La première école qui s'est voulue hétérodoxe, ou plutôt dont certains membres comme Hale Walton Hamilton se sont revendiqué hétérodoxes, sont les institutionnalistes américains. Pourtant le cas n'est pas si évident que cela pour deux raisons. D'une part les économistes américains jusqu'à la Seconde Guerre mondiale étaient à la fois orthodoxes et hétérodoxes, d'autre part, les institutionnalistes américains ont été influents dans des think tanks aussi importants que le NBER ou la Brookings Institution ou encore à la London School of Economics. De manière analogue de nos jours la nouvelle économie institutionnelle, bien qu'hétérodoxe, a une profonde influence sur une grande part de l'orthodoxie constituée par l' école néoclassique. Quand on s'interroge sur ce qui différencie l'orthodoxie de l'hétérodoxie, en général, on considère que la première privilégie la trilogie équilibre-rationalité-individualisme tandis que la seconde est plus orientée sur la trilogie structure sociale-institutions-histoire [48].

Parmi les autres écoles hétérodoxes, les plus souvent citées sont l' école autrichienne (qui n'est pas sans avoir influencé les néoclassiques notamment dans les années 1980-2008), le marxisme, le post-keynésianisme, un des courants les plus influents, mais aussi les féministes [49], l'économie évolutionniste, la théorie de la dépendance, l'économie structuraliste, la théorie des systèmes mondiaux [50], ou encore l' école de la décroissance, et certains secteurs de l' altermondialiste.

L'économie hétérodoxe actuelle a une démarche théorique « empiriquement enracinée dans l'explication des modalités du processus social dans le contexte du capitalisme » [51]. Leur économie politique est basée sur l'éthique, sur la dignité humaine et tient plus compte des classes, des hiérarchies et des inégalités [49].

L'économie néoclassique : des keynésiens à l'école de Chicago

La London School of Economics un des grands centres de l'enseignement de l'économie mainstream.

L'école néoclassique représente le « mainstream » c'est-à-dire le corpus enseigné dans les grandes universités américaines et d'autres comme la London School of Economics ou, semble-t-il, en France l' école d'économie de Paris et l' école d'économie de Toulouse et mis en œuvre dans les grandes institutions économiques mondiales (banques centrales, FMI, Banque mondiale, OCDE etc.)

Si le premier à utiliser le mot néo-classique fut Thorstein Veblen en 1900 pour désigner l'économie marshallienne, son usage s'est imposé à travers la redécouverte de Walras par Hicks, un article de George Stigler de 1941 et surtout par l'emploi de ce terme par Samuelson dans son manuel d'économie qui était alors le plus répandu au monde [52]. Les historiens de la pensée économique se sont demandé pourquoi le courant keynésien majeur avait adopté cette appellation. Plusieurs raisons sont avancées [53] : recourir à des techniques d'expertise objectives permettait de satisfaire les patrons des universités qui recherchaient des économistes politiquement corrects, par ailleurs, le recours à des techniques sophistiquées faisaient que le débat était réservé aux insiders et de fait les débats économiques des années cinquante-soixante-technique tel que la controverse des deux Cambridge (en clair une opposition entre néo-keynésien et post-keynésien) est relativement ésotérique.

À partir des années 1970 et de travaux de Kenneth Arrow sur l'équilibre général, le néoclassicisme se fait plus libéral classique, d'autant que l' école de Chicago attaque les néo-keynésiens sur trois points : les changes fixes, la courbe de Phillips et l'intérêt de politiques budgétaires actives. Au contraire, ils vont montrer l'intérêt du contrôle de la masse monétaire pour limiter l'inflation. L'école néo-classique prend une tonalité plus libérale classique et subit également l'influence de Friedrich Hayek. Avec la crise économique de 2008-2010, elle semble redevenir plus keynésienne avec la nomination de certains de ses membres au FMI. L'économie néoclassique a recours de manière systématique au mécanisme d' offre et de demande pour déterminer les quantités et les prix à l'équilibre et pour étudier comment cela affecte la répartition de la production et la redistribution des revenus. Les marginalistes refusent la théorie de la valeur-travail héritée de l'économie classique et lui substituent l' utilité marginale [54].

Par la microéconomie, l'économie néoclassique présente les incitations et les coûts comme jouant un rôle omniprésent dans l'élaboration de la prise de décision. Par exemple, la théorie du consommateur et la demande individuelle isolent la façon dont les prix (les coûts) et le revenu touchent la quantité demandée. En macroéconomie, ceci se traduit par une rapide et durable synthèse néoclassique [55], [56].

L'économie moderne s'appuie beaucoup sur l'économie néoclassique, mais avec de nombreuses améliorations que ce soient des compléments, ou des généralisations de l'analyse antérieure, telles que par l' économétrie, la théorie des jeux, l'analyse des défaillances du marché et la concurrence imparfaite, et le modèle néoclassique de la croissance économique pour l'analyse des variables à long terme qui affectent le revenu national.

Actuellement l'école néoclassique commence à s'intéresser aussi aux problèmes du développement durable avec notamment les travaux de Nicholas Stern.

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